Bonjour à tous,
Certain ici connaissent ma position face au handicap et mon engagement pour leur intégration et la reconnaissance de leurs dons. Ils ne seront donc pas surpris par ce fil de discussion.
Voici mon dernier coup de coeur pour une association dans laquelle je suis investi depuis quelques mois et pour un "véhicule", la joëlette, qui est extraordinaire.
Certains connaissent peut être déjà cette association ou cet engin bizarre que vous avez peut être déjà croisé sur un chemin de randonnée.
Je souhaite en parler ici car je pense que cela peux intéresser certains. Je vais vous présenter l'association ainsi que la joëlette et ensuite j'apporterai mon témoignage qui pourra être suivi de celui d'autres membres et je l'espère donner envie à certains.
Handi Cap Evasion:Association loi 1901 à but non lucratif d’intérêt général, est née dans les Hautes-Alpes en 1988. Son objectif est de permettre à des personnes handicapées physiques et à des personnes valides de partager une activité de randonnée pédestre en pleine nature et en montagne, grâce à un fauteuil roulant tout terrain : la Joëlette. L’association est affiliée à la Fédération Française de Randonnée Pédestre, car elle s’inscrit dans le cadre de la randonnée sportive réunissant personnes valides et handicapées. Son activité et son audience dépassent aujourd’hui les frontières de l’Hexagone (des adhérents organisent notamment des randonnées en Belgique), et de nombreuses randonnées se sont déroulées à l’étranger (Italie, Espagne, Maroc, Turquie, Pérou, Népal).
Lien site officiel HCELes activités:Handi Cap Evasion propose des randonnées en montagne à des groupes de 14 à 20 personnes maximum, dont 4 personnes handicapées à mobilité réduite et 1 ou 2 personnes ayant un handicap type sensoriel. Les personnes handicapées n’ayant pas la faculté de marcher utilisent la “ Joëlette ”, fauteuil spécial tout terrain, mono roue, comportant des brancards avant et arrière, une suspension et un frein. Adaptée à tous types de handicaps, même très lourds (on peut adapter un corset sur le fauteuil). Certaines Joëlettes sont dotées d’un pédalier manuel, permettant à la personne transportée de participer activement au déplacement de son engin. Grâce à des accompagnateurs bénévoles, la Joëlette peut se faufiler sur tous les sentiers, même les plus escarpés.
L’association propose deux sortes d’activités :
- Des sorties d’un à deux jours, le week-end, par le biais des associations et antennes locales. Consultez la rubrique des associations et antennes locales pour voir leur programme. (voir lien site officiel plus haut)
- Des séjours d’une semaine ou plus, dans les principaux massifs montagneux français. Consultez la rubrique "Les séjours" pour plus d’information sur les séjours au programme cette année. (voir lien site officiel plus haut)
Source www.hce.asso.frLa Joëlette:L’invention de la Joëlette revient à un accompagnateur en montagne, Joël Claudel, qui voulait pouvoir continuer à emmener en balade Stéphane, son neveu myopathe.

Cet appareil de transport ne comporte qu’une seule roue et ce qui lui permet de se faufiler dans les sentiers même les plus étroits. Le siège, à adapter en fonction du handicap, est placé au dessus de la roue. Des brancards à l’avant et à l’arrière permettent de faire rouler l’engin et de le porter si nécessaire. Une suspension, un système pour régler la hauteur des brancards en fonction de la pente et un frein complètent l’équipement.
Qui fabrique la Joëlette ?
A l’origine la Joëlette était fabriquée de manière artisanale, mais un modèle industriel un peu différent de la Joëlette artisanale que fabriquait Joël Claudel a été mis au point par la société CDRD. Aujourd’hui, cette socièté a été reprise par une entreprise stéphanoise : FERRIOL-MATRAT qui s’efforce d’améliorer le produit :
« La joëlette a été entièrement revue : poids diminué de 11kg et solidité fortement accrue. Devenue pliable pour faciliter le transport, les opérations de montage/démontage sont désormais simplifiées. Depuis peu la nouvelle version de joëlette à bras avant pliables facilite encore plus vos déplacements » (extrait du journal de l’entreprise Ferriol-Matrat)
Et voici un petit aperçu du dernier modèle présenté au salon Handica de Lyon en juin 2007 :
Source www.hce.asso.frIl existe donc trois modèles de Joëlettes. Tout les trois comportes des différences qui sont parfois avantageuse et parfois non. Il faut reconnaître le travail de l’entreprise Ferriol-Matrat sur certains points. Le confort du passager à été bien pris en compte dans leurs améliorations mais néanmoins certaines ne sont pas très bien vues. Par exemple, leur modèle est plus long et plus large (les brancards avant ont étés rallongés et les brancards arrières élargis). C'est plus confortable pour la conduite sur terrain roulant et facile mais par contre elle sont beaucoup moins maniable dans les passages étroits. C'est une des raisons pour lesquels durant les séjours de Handi Cap Evasion seules les joëlettes artisanales sont utilisées.
Quelques photos en action et commentaires de ma part

Un équipage de Joëlette se compose de quatre personnes (ou plus). Le passager évidement... sans lui les autres ne servirait à rien

. Une personne à l'avant qui assure la motricité et la direction, il est "attaché" à la joelette via une sangle sur les épaules ou un harnais ce qui permet d'utiliser toute la puissance du corps pour tracter l'engin. La personne à l'arrière quant à elle gère les freins et l'équilibre. La Joëlette ne comportant qu'une seule roue il y a deux axes d'équilibre à gérer, avant/arrière pour que la Joëlette reste horizontale et droite/gauche pour éviter qu'elle ne se couche sur le coté. Ce poste demande une bonne technique mais est moins physique que les autres car lorsque la Joëlette est bien équilibrée sur son centre de gravité cela demande très peu d'effort pour la maintenir. Dans les montées difficiles une autre personne peux venir aider au tractage à l'aide d'une corde (comme vous pouvez le voir sur la photos.

Comme vous pouvez le voir dans certains passages techniques ou difficile une ou deux personnes peuvent venir aider sur les cotés pour faire avancer la Joëlette ou la soulever pour passer une marche ou la retenir pour descendre une marche.

En fonction de la pente le brancard arrière est réglable en hauteur comme vous pouvez le voir ici dans sa position la plus haute. Cela permet de garder la joëlette en équilibre.



La joëlette passe partout ou presque !
Voici une vidéo que j'ai sélectionnée parmi toutes celles qu'on peux trouver sur le net. Elle illustre assez bien les possibilités de la Joëlette en terrain difficile mais n'est pas le meilleur exemple de conduite et d'utilisation de la joëlette. Sur cette vidéo la personne à l'avant n'utilise pas de sangle. D'une part elle doit se fatiguer d'avantage car elle tire avec ses bras et d'autre part la sangle est un élément de sécurité car elle empêche la joëlette de basculer vers l'avant lorsque la roue rencontre un obstacle et au freinage.
D'autre part, cette vidéo permet de voir les possibilités de franchissement de la joëlette mais elle est très souvent portée à bout de bras. Dans le cas présent il y a quatre hommes qui ont l'air en très bonne condition physique lors d'une sortie à la journée probablement. En temps normal on ne décolle pas la roue du sol pour passer les obstacles sauf s'il n'y a pas le choix, on aide simplement la roue à monter ou descendre en douceur (pour le confort du passager). En descente, la plus part du temps le frein suffit pour passer les obstacles sans a coup .
http://www.dailymotion.com/swf/video/xg2xl9?theme=noneMon témoignageJ'ai connu l'association par le biais de Marti Castellano (AMM et MCF), mon formateur vélo dans le cadre de ma formation d'accompagnateur randonnée. Il a été lui même accompagnateur sur des séjours pendant plusieurs années au seins de HCE.
Cela fait quelques mois que je suis investi comme bénévole dans cette association au seins de l'antenne Gard/Hérault à raison d'une ou deux sorties par mois. En toute honnêteté je me suis au départ intéressé à cette association dans une optique professionnelle pour les séjours proposés au niveau national (cqfd: chaque séjour est encadré par un accompagnateur diplômé d'état). Au départ ma participation était donc un moyen de connaitre l'association et la joëlette avant d'envisager une optique professionnelle.
Ma première sortie était sur un weekend entier en décembre au lac du Salagou. C'est une randonnée un peu particulière car ils la font chaque année, un peu comme un rituel. Le premier jour se passe au Cirque de Mourèze, ceux qui connaissent comprendront à quel point la joëlette passe partout. Effectivement c'est un rando très techniques et physique avec beaucoup de seuils et des montées et descentes très abruptes.
J'ai rencontré ce weekend là une partie de la troupe de l'antenne HCE 30 34. Un groupe très dynamique ou se brasse des personnes de tous ages et tous milieux sociaux-professionnels. Ce qui les unis étant le milieu du handicap, la randonnée et forcément le goût des milieux naturels.
Ces deux jours (et la soirée en gîte) ont suffit pour que j'attrape le virus de la joëlette.
Qu'est-ce que j'y trouve et j'y apprécie:
Déjà j'aime le partage et les échanges qui se font au sein du groupe au delà des différences de chacun. La solidarité entre tous car elle est obligatoire pour avancer ensemble. Une ambiance particulièrement appréciable, bon enfant et joviale.
Il est clair que pour randonner je n'ai pas besoin d'eux. Je passe déjà le plus clair de mon temps en pleine nature et j'ai fait de la randonnée mon activité professionnelle. Le seul intérêt pour moi et d'être en groupe tous réuni autour des personnes en situation de handicap pour leur permettre d'avoir accès à la nature au même titre que les valides.
Il y a aussi pour moi le coté sportif. Je suis pas un grand athlète et j'ai pas le goût de l'effort à titre personnel. Je suis pas du genre à me poser des défis personnels juste pour la performance. Faut qu'il y ai un but sinon ça ne m'intéresse pas. Seul, j'ai plutôt tendance à me ménager même si parfois je pousse mon corps dans ses limites par nécessités ou juste pour entretenir ma condition physique. Quand je tire la joëlette je me dépasse presque en permanence pour la simple raison que je n'avance pas pour moi mais pour le passager. Et j'y prends beaucoup de plaisir car je suis assez efficace dans ce rôle de tracteur du fait de ma bonne condition physique.
Attention, pas besoin d'être super entrainé pour tracter une joëlette. Il faut préciser aussi que la joëlette à une très bonne inertie (principe de la roue) et que de ce fait sur terrain roulant où il n'y a pas d'obstacle elle avance presque toute seule même en faut plat montant cela demande très peu d'effort.
Dans les passages difficiles il y a toujours du monde pour aider, la différence dans mon cas c'est que je n'ai pas besoin d'être aidé et je profite de ces moments là pour libérer toute ma puissance et même aller au delà.
Vous l'aurez compris je préfère être à l'avant de la joëlette. Ce que j'aime beaucoup aussi c'est la sensation de pilotage. C'est un peu difficile au début car on est très en avant par rapport à la position de la roue (un bon mètre cinquante) ce qui oblige à dés-anticiper les trajectoires, un peu comme quand on conduit un véhicule avec une remorque. C'est difficile à expliquer comme ça. Une fois qu'on a pris le coup de main c'est très facile, on ne réfléchi même plus à ses trajectoires ça deviens naturel. J'y ai retrouvé pas mal de sensations qu'on peux avoir en VTT. Y'a réellement un plaisir de conduite particulier à la joëlette même si cela se rapproche d'autres véhicules comme le vélo.
A l'arrière c'est très différent, moins physique, plus technique. Plus on est aguerri plus c'est facile et moins on va forcer pour maintenir la joëlette en équilibre. Ça demande une forte concentration de chaque instant parce que la sécurité du passager est entre nos mains. Ça arrive parfois que la joëlette se renverse, c'est très rare et en plus de vingt ans au seins d'HCE il n'y a jamais eu de passager blessé lors d'une chute.
J'aime bien aussi être à l'arrière mais je manque d'entraînement et de confiance à ce poste. Je compense le manque de technique par le physique et en général je me fatigue plus qu'en étant devant.
Et le point le plus important probablement pour moi. J'aime le contact des personnes en situation de handicap. C'est parfois très difficile (soyons honnête) car leurs difficultés, leurs limites nous renvoient à nos propres difficultés et limites. Dans l'absolu on est tous handicapé dans un domaine ou un autre, chez eux c'est juste plus fort, plus marqué et ou plus visible. D'un autre coté c'est parfois très facile, quand on se donne aux autres tout est plus facile. Et quand on donne aux autres sans rien attendre en retour cela met de coté notre égo. Ils sont aussi de très bon maîtres dans plein de domaines comme l'acceptation de ses propres limites, l'humilité et la tolérance face à soi même et les autres, la volonté d'avancer dans la vie malgré toutes les difficultés qu'on peux rencontrer et tant d'autres choses... Ça me rappelle aussi que j'ai la chance d'être en bonne santé, en pleine possession de mes moyen physique et mentaux. La chance que j'ai et la grande liberté que m'a accordé la vie.
C'est très difficile pour moi de mettre des mots là dessus. C'est quelque chose que je porte en moi. Quelque chose de très profond lié à mon vécu. Un attrait pour ces personnes, une facilité à entrer en relation avec eux et un très grand plaisir à partager des instants de vie en leur compagnie.
Merci d'avoir pris le temps me lire,
Si j'ai créé ce fil ce n'est pas simplement pour informer les gens. Peut être que certains membres sont en situation de handicap ou ont dans leur entourages des personnes à mobilité réduite et de savoir que c'est possible de les emmener en pleine nature grâce à la joëlette leur ouvrira des possibilités. D'autre part Handi Cap Evasion reçoit beaucoup de demandes de personnes handicapés que ce soit au niveau des antennes locales ou pour les séjours mais manque cruellement d'accompagnateurs.
Je sais que cette activité ne correspond pas à tout le monde. Il faut aimer la randonnée et la pleine nature, à ce niveau la plus part des membres du forum adhère. D'un autre coté il faut avoir un attrait pour le handicap ou tout du moins être à l'aise avec celui-ci. Et enfin il faut aimer être en groupe. Cela fait beaucoup de conditions qui limites le nombre de personnes que ce fil pourra toucher et le nombre de personnes qui seront intéressé par cette activité. C'était tout de même important pour moi de parler de tout ça ici car cela fait parti de mon combat contre les inégalités entre les personnes, notamment les handicapés, leur intégration au sein de la société et le libre accès pour tous à la nature.
Très sincèrement,
Nicolas