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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Nous y sommes de Fred Vargas.  (Lu 6706 fois)

30 mars 2011 à 14:21:42
Lu 6706 fois

Ishi


Un petit texte à lire:

Nous y sommes
  Par Fred Vargas
 
  Nous y voilà, nous y sommes.
  Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
  Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal.
  Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance, nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
  On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s'est marrés.
  Franchement on a bien profité.
  Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
  Certes.
  Mais nous y sommes.
  A la Troisième Révolution.
  Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
  « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
  Oui.
  On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
  Sauvez-moi ou crevez avec moi
 
  Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
  Peine perdue.
  Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
  Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille
  récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
  S'efforcer.
  Réfléchir, même.
  Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
  Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
  Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
  Pas d'échappatoire, allons-y.
  Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
  A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
   ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
  A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
 
  Fred Vargas
  Archéologue et écrivain
La terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre.

30 mars 2011 à 14:40:08
Réponse #1

soyot


Un petit texte à lire:

Nous y sommes
  Par Fred Vargas

     (...)
  On n'a pas le choix,
     (...)

  Fred Vargas
  Archéologue et écrivain


Bonjour Ishi,

merci pour ce texte.

Je ne sais pas si c'est parce que j'y fais plus attention mais il me semble ne jamais avoir autant entendu cette expression : "on n'a pas le choix", quelle que soit d'ailleurs l'option défendue, lorsqu'il est justement question de choix concernant notre monde.

Pourquoi ?

30 mars 2011 à 15:11:52
Réponse #2

Ishi


Bonjour Ishi,

merci pour ce texte.

Je ne sais pas si c'est parce que j'y fais plus attention mais il me semble ne jamais avoir autant entendu cette expression : "on n'a pas le choix", quelle que soit d'ailleurs l'option défendue, lorsqu'il est justement question de choix concernant notre monde.

Pourquoi ?

Je t'avoue que je n'ai pas trop fait attention à l'utilisation de plus en plus fréquente de cette phrase et je ne saurai donc pas apporter une réponse satisfaisante à ta question.
Je pense quand même que l'humanité (enfin, pardon, à peine 25% des habitants de notre planète et 25% dont je fais parti) a un peu trop profité des ressources de notre planète et que faute de modification de notre manière de vivre, le retour de baton risque de faire très mal.
Par contre, j'invite vraiment tous ceux qui s'inquiètent sur l'avenir de notre planète et par là même de l'avenir de nos enfants à lire le livre suivant:
"Prospérité sans croissance: La transition vers une économie durable" de Tim Jackson.
Il s'agit d'une étude qui me semble sérieuse.
Steph
La terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre.

30 mars 2011 à 15:30:24
Réponse #3

DavidManise


J'aime bien Fred Vargas... :love:

Elle a raison.

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

Mon PATREON -
Stages survie CEETS - Page de liens a moi que j'aimeu

30 mars 2011 à 15:36:00
Réponse #4

mazel


expression : "on n'a pas le choix", ... Pourquoi ?

 Fred Vargas, archéologue parle des différentes époques/âges de la Préhistoire, Protohistoire et de l'âge dit Moderne. En grande visionnaire et compétente, elle sent poindre un nouvel âge dans le domaine archéologique que seul confirmera l'archéologie du futur. Quand nous y sommes contemporains, ce passage de l'un à l'autre (révolution archéologique) est effectivement difficile à cerner, certaines de ces révolutions ayant duré quelques milliers d"années.
 C'est donc du sens de l'histoire dont elle parle, qui coule son chemin comme le temps qui défile, nous n'y pouvons rien changer. Donc nous n'avons pas de choix.

 JL mazel
« Modifié: 30 mars 2011 à 16:28:22 par mazel »

30 mars 2011 à 16:16:25
Réponse #5

Thanos


archéozoologue même, c'est dire si elle connaît le sujet !

L'inavisé         
Croit qu'il vivra toujours        
S'il se garde de combattre,
Mais vieillesse ne lui
Laisse aucun répit,
Les lances lui en eussent-elles donné.

Hávámál

A vaincre sans péril, on gagne !             http://www.dailymotion.com/video/x61nne_frankland-vs-excalibur_webcam
Le courage, c'est pour les morts.           http://www.frankland.fr

TACTICAL GEAR: If I Hear One More Tactical Gear Manufacturer say “Our Gear is Used by Special Forces” I am Going to Kick a Kitten in the Head

30 mars 2011 à 16:30:36
Réponse #6

jbc


moi aussi j'aime bien fred vargas !
jolie texte

" A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore"

30 mars 2011 à 17:16:25
Réponse #7

Bobzdar


Plus le choix? Pourquoi?

Et bien je dirais que simplement notre mode de vie n'est pas soutenable.
Que les ressources nécessaires au fonctionnement de la machine techno-industrielle sont trop importantes pour que la terre seule puisse le supporter (c'est là, une des raisons).
Nous ne nous contentons pas de puiser dans les ressources, nous consommons également le "capital" nécessaire au renouvellement de ces dites ressources.

Des études expliquent que pour pouvoir continuer éternellement ce que nous avons commencé, il nous faudrait pas moins de 3 ou 4 planètes Terre... sans croissance...

Nous en sommes arrivés à un stade où la seule solution à notre survie consiste à unir nos forces pour une transition vers un mode de vie plus durable, moins suicidaire.

Le problème principal est que quand la méga-machine cessera de fonctionner, elle emportera avec elle toutes celles et ceux qui en sont dépendants.
Et cela englobe bien plus que les 25% de coupables.
« Modifié: 30 mars 2011 à 17:24:25 par Bobzdar »
"Nul n'est plus désespérément esclave que ceux faussement convaincus d'être libres" (Goethe)

30 mars 2011 à 17:33:34
Réponse #8

ulysse


bon ok pour la cigale et la fourmie. J'aime beaucoup Fred Vargas mais je vois pas trop ce que ce texte apporte de novateur par rapport aux idées qui peuvent circuler ici et là. Depuis toujours l'homme regarde le ciel, en revant d'aller poser un pied sur la Lune. Et il l'a fait aussi. Il a inventé les bottes de 7 lieues, il
volé comme les oiseaux, etc etc... . Cette idée de decroissance correspond à cet éveil des conscience par rapport à l'impact que nous avons sur notre écosysteme, elle est mieux véhiculée par l'angoisse des catastrophes à venir que par empathie pour toutes les formes de vies qui disparaissent ou la volonté de vivre en harmonie avec notre environnement, du moins chez les occidentaux. Meme si il y a forcément corrélation entre les deux. Danser autrement est une idée à developper, à imaginer, j'aurais préferé qu'elle insiste sur ce coté là. Les perspectives à investir. On doit changer de direction mais je crois pas que ce soit la nature humaine de revenir en arriere.

30 mars 2011 à 18:21:36
Réponse #9

gmaz87


Bsr,
J'aime bien également ce qu'elle écrit, mais c'est un autre sujet  ;D
Je suis de son avis, va falloir changer de mode de vie, simplement parce que nous avons sérieusement tiré sur la corde, moi le premier. :(
Quand je lis dans les news les futures augmentations qui s'annoncent, tant pour la nourriture de base que pour l'énergie et autres et le fait que rapidement la ressource en eau va faire défaut en certains endroits, je pense que contraints et forcés nous allons devoir revoir nos modes de vie.
Je ne sais pas si comme d'aucuns le pensent ce sera un retour en arrière, ou simplement une vie plus en phase avec ce qui nos entoure et peut être enfin la perception du coût des choses, mais clairement nous sommes à une époque de transition.
Merci pour le texte ISHI.
A+
Gérard
Quand le débutant est conscient de ses besoins, il finit par être plus intelligent que le sage distrait.»
(Lao Tseu)

L'ennui naquit un jour de l'uniformité

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

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