Quiconque conduit depuis un minimum de temps a forcément eu la désagréable expérience d'avoir failli renverser un cycliste ou un piéton alors qu'il conduit un véhicule. Même en conduisant calmement et correctement. En cette saison, le risque est manifestement multiplié par un paquet de facteurs, comme j'en fais souvent le matin l'expérience, et ça me met un peu en rogne. J'explique, d'abord par deux cas concrets, puis je développe un peu, sans prétention, ce que j'en ai tiré, parce que c'est à mon avis un vrai problème de survie, en ville, particulièrement pour des gamins, autant que les agressions. J'enfonce surement des portes ouvertes, mais ce truc me titille depuis un bout de temps.
1 - les situations
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J'emmène chaque matin mes enfants à l'école. Aux alentours du collège, il y a pléthore de monde.
Cas 1 :
Date, Heure : Novembre, 7h45
Luminosité : Nuit + éclairage public.
Météo : pluie.
Je roule à 30-35 dans une petite rue. 2 minutes plus tôt, je me suis fait doubler par un énervé à 70, 2 pâtés de maison plus loin. Je vois d'extrême justesse une gamine en vélo, au travers des essuies-glace. Pas de lumière. Un gilet fluo... passé sous son sac à dos "Eastpack" réglementaire cette année chez tous les collégiens. Résultat, le gilet est presque invisible. Un moment d'inattention, un bouton sur la radio, un de mes mômes qui me parlait, ça pouvait sans souci faire boum. Je sermonne gentiment la gamine par la fenêtre, lui expliquant le souci, et lui disant de dire à ses parents de lui payer une lumière, etc. Heureusement qu'elle n'a pas croisé l'énervé.
Cas 2 :
Date, Heure : Janvier, 7h45
Luminosité : Nuit + éclairage public.
Météo : sec.
Je roule sur une rue très large mais peu passante, 45 km/h. L'éclairage public est ici très, très limite (je sais de quoi je cause, c'est ma boite qui gère ces trucs là sur le département. J'ai engueulé l'ingénieur responsable du secteur après

). Courbe. Sortie de courbe, mon œil capte brusquement une interruption momentanée, très brève, anormale, de la ligne blanche, juste derrière la limite de portée des feux de croisement. Je lève le pied. Un gamin en train de traverser, nonchalamment, en pleine nuit, vêtu de sombre, casque de zik sur les oreilles, hors des clous, évidemment. Je pile, il continue à traverser coooooool. Je m'arrête, il continue, ce con ne m'a pas vu. Je fulmine, ma fille à l'avant gueule "mais quel con!!". Je m'arrête à coté de lui, et là, je fais pas dans la psychologie, je le pourri, tout en lui expliquant qu'il est invisible et qu'il a rien à foutre là; on n'est pas passé loin. Il me regarde avec des yeux de merlan qui n'a pas vu la mer depuis longtemps, l'air con et hébété du môme shooté aux décibels. J'ai une put**n d'envie de descendre et de le claquer... Il hausse les épaules. Repart, toujours aussi con et inconscient. Darwin, fait ton boulot, mais si possible pas avec mon capot.
Bref. 2 cas limites. Je précise, je n'ai aucun souci ophtalmo, et je suis du genre "cooooool" sur la route. 20 ans de moto ont calmé mes ardeurs, et je hais les fangio.
2 - les facteurs
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- la luminosité très faible, évidemment.
- l'alternance de lumière et de zones sombres, déstabilisante pour l’œil. La pupille s'ouvre, se ferme, sans arrêt, la persistance rétinienne fait le reste. En résumé, les facultés visuelles du conducteur, même bonnes à la base, sont sévèrement diminuées.
- Le mouvement du véhicule rend la compréhension de son environnement, déjà altérée par les facteurs précédents, plus complexe, c'est pas nouveau. Dans le cas du piéton qui traverse, je n'avais pas identifié une forme humaine, c'est seulement la rupture d'un truc normalement continu qui m'a fait tiquer.
- le mouvement des cyclistes. Un piéton, par rapport à un véhicule, se déplace lentement. Un cycliste, c'est 4 à 5 fois plus rapide, c'est une vitesse intermédiaire chiante dans un contexte mal éclairé. De plus, le contour de cette forme cycliste+vélo n'est pas vraiment ancré dans nos réflexes de prédateurs, bref, c'est un peu un ovni. Du moins c'est comme ça que je le comprends.
- l'état du véhicule. Mieux vaut avoir un pare-brise propre! La moindre crasse, buée, dans ce contexte d'éclairage, devient une zone blanche, on ne voit rien derrière. Idem pour les essuie-glace.
- sa structure. Dans la voiture, zéro son de l'extérieur, hormis les plus forts. On n'entendra pas le bruit d'un pédalier, rien. De plus, ces putains de montants latéraux au pare-brise ont vite fait de cacher un piéton situé à environ 45° de l'axe du regard du conducteur. Le jour où on arrivera à en faire des transparents costauds, on aura fait un sacré progrès.
- l'habillement des piétons. Je peste contre les gens qui envoient leurs gosses en hiver en sombre, à pied! M*rde, c'est pas compliqué, sans forcément lui mettre un gilet si c'est pas fashion, de lui filer un nitestik, ou un miniled, ou de lui coller un bandeau réfléchissant sur le sac! Pour les piétons adultes, ils n'ont pas d'excuse à se trimballer complètement en sombre ET à ne pas faire attention.
On en vient à un autre souci, c'est que souvent, les piétons croient que parce que eux voient, on les voit. Ne font pas le distinguo entre les deux situations. C'est comme le type qui roule sans ses feux. Lui, il voit (en ville, en tout cas). Les autres le découvrent au dernier moment. Il y a une grosse différence entre voir et être vu. Peu s'en rendent compte, ou trop tard. L'ado avec son mp3, lui, il voyait dans la rue. Il était dans le noir depuis plusieurs minutes, pour lui, il faisait sombre, mais assez clair pour se déplacer doucement. Et d'une certaine façon, je pense que le monde se réduisait à ce qu'il voyait. Ajoutons à ça la musique et un niveau cérébral proche de l'amibe alcoolisée... Mais le problème est que je suis persuadé qu'il pensait qu'on le voyait.
3 - Quoi faire
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- Dans les conditions décrites plus haut, rouler cool. Encore plus cool que d'habitude. 50 km/h, dans ces cas-là, c'est beaucoup trop.
- Voiture en bon état.
- A l'instar des cours de la RAF disant que le Hun qui vous aura est celui que vous n'avez pas vu, le piéton que vous shooterez est celui que vous n'avez pas vu.
- Expliquez à vos gosses. Emmenez les en voiture pour qu'ils pigent le problème.
- Équipez les un minimum. Bande réfléchissante, un vêtement clair si possible dans l'ensemble, quitte à l'enlever ensuite.
- Virez leurs putains de lecteurs mp3. En plus d'une génération de proies potentielles, ça les rend sourds et cons.
Voilà. Encore une fois, j'ai bien conscience de ne faire que répéter des trucs de bons sens. Pourtant... Quand je vois le pourcentage de gens qui laissent leur mômes se trimballer noir sur noir, je me dis que ce n'est pas si évident pour tout le monde. Et je déteste compter sur le destin pour m'éviter les problèmes. "Mektoub!", c'est pas mon truc.