Salut à toi et bravo à tous pour la constructivité de ce fil

Je vais essayer de la faire en version light pour éviter de (trop) déballer ma vie qui n'est pas le sujet qui nous intéresse ici

. Bon après relecture c'est pas très light, pourtant j'ai fait un effort pour ne pas "délayer"

Une des grandes questions qui me trottent dans la tête en ce moment c'est celle de l'investissement dans le boulot : je suis capable de me donner à fond dans travail qui me plait, mais est-ce que je suis prêt à passer à côté de la "3ème mi-temps" ? Pour préciser le contexte, je suis en dernière années d'études d'ingénieur mécanique. Donc quoi qu'il arrive, trouver du travail ne devrait pas être un problème (j'ai de quoi faire la différence dans mes "intérêts personnes" et expériences pro passées), et le salaire non plus. Mais quand j'entends des témoignages d'ingénieurs qui ont raté la jeunesse de leurs gosses, perdu leurs plus belles années, ça me fait flipper. Travailler 11 ou 12h par jour ne me gène pas tant que je suis jeune et sans "famille" (à charge j'entends), mais je me vois pas faire ça toute ma vie, et je sais que le salaire ne sera pas une source de bonheur justifiant de tels sacrifices.
Mon père au contraire (technicien), a fait ses 39h toute sa vie, a gagné suffisamment pour vivre tranquillement, sans luxe mais sans souci, son boulot ne le passionne pas mais ne l'emmerde pas non plus, et il a vu grandir ses gosses et eu le temps de retaper sa maison, d'avoir des passions.
J'en suis venu à me demander si j'avais fait le bon choix. Au final, au lieu de chercher à tout prix un boulot qui me passionne, est-ce que c'est pas plus épanouissant de faire un boulot qui me plait mais moins prenant, et de chercher la passion hors du boulot ?
Finalement, après 4 ans d'études qui m'ont pas passionné (formation trop théorique dans mon département), mais où j'ai trouvé l'éclate dans l'extrascolaire tout en assurant de bons résultats, puis 6 mois de cours à l'étranger où j'apprends plein de trucs super intéressants, vraiment appliqués, je regrette pas mon choix. Pendant que je suis jeune, que ma copine est coincée dans ses études de pharma, je vais pouvoir bosser un max, pour le moment il n'est pas question de parler de famille de toute façon. Comme je vis assez simplement, je vais pouvoir mettre des sous de côté, comme ça quand elle terminera ses études il y aura de quoi démarrer du bon pied, éventuellement tout lacher pendant 1 an ou 2, partir à l'autre bout du monde, puis se poser quelque part avec une autre vision de la vie. Avec pourquoi pas de nouvelles idées de boulot : en indépendant, ou petite équipe ? Reprise d'études de design ou d'architecture pour combiner des domaines complémentaires dans un boulot sur mesure ? Pourquoi pas aller vers l'enseignement, vu les antécédents familiaux et mon expérience j'ai la fibre pour ça, et à ce moment j'aurai suffisamment d'expérience pour pouvoir apporter un enseignement réellement intéressant et pas juste "académique".
Là où je voulais en venir par rapport à ton questionnement en te racontant ça : si le boulot qui colle exactement à tes rêves n'existe pas, tu peux trouver un boulot qui te plait sans nécessairement être ultra-intéressant, je ne parle pas de choix par défaut, comme l'a dit Lily c'est le meilleur moyen d'être malheureux, mais d'un boulot qui correspond à ton idéal. Et t'éclater dans la vie "sociale" : enseignement bénévole de kung-fu par exemple, un bon moyen de te sentir utile quand tu arrives à aider des gosses à sortir le meilleur d'eux-mêmes. Pompier volontaire pourquoi pas, ou réserviste dans l'armée si ça correspond aussi à ton idéal (pas de débat sur le militarisme ou l'antimilitarisme dans ma suggestion, je suis un mec ouvert). Je ne connais pas du tout les procédures pour y entrer, mais c'est compatible avec un travail "normal".
Tu dis que tu ne sais rien faire, que sur le forum tu n'apportes rien. Grosse erreur, savoir poser des questions, écouter les réponses, c'est une preuve de curiosité, et d'une faculté d'apprentissage au-dessus de la moyenne. Et à te lire, tu es loin d'être un idiot. Quelle proportion de la population est capable, quand quelque chose l'intéresse, d'aller comme toi, moi ou d'autres, creuser, poser des questions, apprendre des plus expérimentés, jusqu'à en 6 moins, 1 an, 2 ans, maitriser le domaine et être à son tour capable "d'enseigner" aux nouveaux curieux ? Commencer le kung-fu étant ado jusqu'à devenir capable de l'enseigner (dans l'idée de ton stage longue durée), c'est pas donné à tout le monde, et c'est un bel exemple de détermination pour un recruteur.
J'aime penser que face à un interlocuteur censé et suffisamment ouvert, toute expérience de vie peut être développée et montrée quelque chose de positif. Pour un recruteur borné, 1 an de "trou" dans le CV c'est un branleur qui a pris une année sabbatique. Pour un mec qui réfléchit, c'est 1 an à grandir, apprendre à se connaitre, approfondir une passion. L'important est de ne pas le montrer comme une fuite mais au contraire comme un pas en avant. Si le mec est trop fermé pour comprendre ça, de toute façon je n'ai pas envie de bosser avec lui/pour lui. Plusieurs recruteurs, lors d'interventions à l'école, nous ont confirmé l'importance des "intérêts personnels" (ne pas JAMAIS appeler cette catégorie "divers" !). Ce n'est pas du remplissage, c'est ce qui va permettre au recruteur de te cerner, de donner quelque chose de remarquable à ton CV qui sinon serait assez proche de celui des étudiants de même formation. J'en suis un bon exemple puisqu'une seule ligne dans ce CV, à la base envoyé pour un job d'été "alimentaire" dans un magasin de bricolage, m'a permis de me faire une belle expérience pro à la frontière entre l'ingénierie et le design industriel, en attirant l'attention du mari de la directrice du magasin, gérant d'une petite boite.
Pour reprendre mes exemples, un gars qui enseigne le kung-fu, qui est pompier volontaire ou réserviste, pour un recruteur c'est un mec qui a la "gniake", c'est pas un traine savates. S'il est compétent professionnellement et humainement intelligent (ce qui est visiblement ton cas vu tes messages), c'est un élément très intéressant dans une équipe.
Pour conclure, concernant ton voyage, je ne peux que t'encourager, j'ai énormément appris sur moi lors de mon stage au Cambodge (très beau pays) et de mon semestre de cours en Italie. Mais ton père et les membres du forum ont raison, pour que ça soit profitable, il faut que tu partes en sachant ce que tu veux faire en rentrant : ce n'est pas quand tu seras dans la jungle, avec peu de moyens d'information et largement occupé par les entrainements, que tu pourras te concentrer sur ce genre de détails "administratifs". Aussi bien, quand tu vas rentrer, tu auras changé complètement de plans, mais tout ça sera en connaissance de cause, donc un choix mûr et réfléchi, pas un choix "par défaut parce qu'il fallait choisir quelque chose". Partir en se disant "on verra au retour" est un piège, j'ai failli en faire les frais (gros coup de spleen début janvier justement à cause de ça). Au retour, déjà tu as le vide de changer de vie du tout au tout pour revenir à une vie "normale", si en plus tu ne sais pas quoi faire de ta vie "normale" c'est un coup à se payer une grosse déprime, comme le complexe du "workaholic" qui a toujours vécu par et pour son boulot, et qui le jour de la retraite, se rend compte que d'un coup sa vie est vide.
Voila, j'espère que ça peut t'aider dans ton cheminement, bon vent

!