Suite à une discussion privée avec Rouri, je vous propose ici un de mes anciens textes sur le travail en scénario...
Premièrement, lors du travail en scénario, la préparation et le débriefing sont sans doutes aussi important que la partie physique elle-même... En effet, le déroulement peut parfois être confus et il est également nécessaire d'avoir au moins un spectateur qui pourra décrire l'action.
La préparation:
Une situation de base est définie: endroit, nombre d'intervenants, contexte
Par exemple, dans un bar vous êtes en train de prendre un verre avec un pote ou vous êtes dans la rue avec votre copine/femme. La personne réalisant le scénario sait juste qui est avec elle mais ne connaît pas nécessairement sa/leurs réaction(s)
Les éléments suivants sont déterminés en l'absence de la personne qui réalisera le scénario (dans un cours civil, on travail plus rarement les techniques de groupe):
- Le départ de l'embrouille (regard mal perçu, agression gratuite, vol...)
- Certaines étapes (l'agresseur se dégonfle ou fait semblant de se dégonfler, l'accompagnateur intervient en paniquant ou en étant agressif, d'autres personnes interviennent en tant que témoins ou prennent part à l'action...)
- Une conclusion (l'agresseur fait semblant d'être KO au premier coup ou au contraire engage une arme, accepte les excuses si elles sont présentées...)
La personne revient et le scénario démarre...
Au débriefing, on tentera de voir le pourquoi de certains choix tactiques, on discutera avec les divers participants de leur ressenti face au déroulement de l'action, on donnera éventuellement des conseils sur ce qui peut être amélioré vu de l'extérieur... Il ne s'agit pas tant d'un travail technique que conceptuel.
En ce qui concerne le travail des réactions psychologiques aussi bien au niveau de l'agresseur que de l'agressé, le plus facile est de commencer par ce que Richard Dimitri appelle "Emotional Evocation Drill" (vous traduirez comme vous voudrez...). On commence par préciser à chacun que ce travail à pour but de mettre l'agressé dans un état d'émotion intense (peur/colère), qu'il s'agit avant tout d'un travail technique et donc que rien ne devra être pris comme personnel et enfin que même si il peut y avoir un degré de contact physique (poussée, baffe légère...), il n'y aura pas de coup dur donc la personne ne doit pas répliquer.
Le travail pour l'agresseur est le suivant: mettre à bout l'agressé. Selon la différence de gabarit, on tentera d'impressionner ou d'énerver l'agressé. Pour ce faire et selon le caractère de celui-ci, on emploiera diverses stratégies: poussées, claques, insultes, ton de la voix, expression corporelle. On se retrouve alors face à deux types de personnes:
- les gens naturellement à l'aise qui vont insulter leur partenaire sans problème et avec beaucoup de réalisme
- des gens plus timorés qui auront du mal à démarrer, pour ceux-ci, on leur conseillera de se souvenir d'une situation les ayant particulièrement contrarié et de reproduire les émotions ressenties
Après un certain temps, il se créera une dynamique où chacun cherchera à être le plus gros enfoiré pour énerver l'autre (car on veillera bien sûr à faire alterner agresseur et agressé et à faire varier les partenaires). On se rendra également compte que contrairement à ce qu'on pourrait croire, plus les gens se connaissent et plus ils savent ce qui les contrarient les uns les autres et apprennent à en jouer (perso, je suis quelqu'un de très calme et il n'y a quasi que quelqu'un me connaissant bien qui arrive à réellement me démonter).
De plus, chacun se rendra compte que ce travail sur les émotions est aussi bénéfique quelque soit le rôle joué. Se retrouver dans le rôle de la personne qui se fait agresser permet d'apprendre à gérer ses émotions (qu'il s'agisse de la peur comme de la tendance à frapper trop vite). A ce sujet, au début, on peut prévoir un sac de frappe ou une personne à côté de chaque duo avec des paos pour libérer l'énergie en cas de gros stress (il serait dommage de fraiser son partenaire). Mais se retrouver dans la peau de l'agresseur permet de saisir la manière de procéder de celui-ci.
Après un période d'accoutumance, on passera à un travail de dialogue l'agressé devant tenter de calmer verbalement l'agresseur.
A long terme ce travail permet deux choses fondamentales, à apprendre à lire à travers l'agressivité de la personne en face qui le plus souvent défoule sur vous une énergie qui ne vous était pas destinée (contrariété au boulot, à la maison voir même problèmes psychologiques liés à son parcours) et à la désamorcer par le dialogue (ce qui permet de se sortir de la majorité des situations de stress de la vie courante). La communication (verbale/non-verbale) est un aspect fondamental du travail puisqu'elle est à l'origine de la plupart des situations de crise et en est également souvent la solution (on ne peut décemment passer à un stade physique que lorsque toutes les options de négociation ont été épuisées).
Pour ce qui est du travail de Richard Dimitri, il est, selon mon opinion (pour ce qu'elle vaut

), le meilleur instructeur de protection personnelle pour les civils et les personnes de petit gabarit (et évidemment, si ça marche pour eux, ça marchera pour les autres) en ce qui concerne le travail de la psychologie de l'agression et des stratégies concernant celle-ci. Son travail technique n'a rien de spectaculaire car les bases deviennent les mêmes pour tous lorsqu'on se rapproche de la réalité et j'ai rencontré des gens ayant son niveau de compréhension mais il est le premier à ma connaissance à avoir si bien mis les choses en place sous forme d'applications réalistes. En ce qui concerne le "Shredder" ou le Déchiqueteur, il est simplement le reflet de sa réflexion globale et il est impossible de l'apprécier à sa juste valeur sans avoir participer à un de ses stages (ou éventuellement de se le faire appliquer par quelqu'un le maîtrisant). A titre d'exemple, j'ai un ami aussi intéressé que moi par son travail mais qui possède juste la matière théorique (vidéo/livre) car il n'a jamais pu suivre un stage avec Rich. Je lui en ai fait la démonstration en 30 secondes (et je ne suis pas un "expert") et il y a vu un monde de différence (comme tout ceux à qui je l'ai fait). Rich ne prétend pas que le Shredder est la technique ultime mais juste un outil de plus qui s'applique au clinch qui est la distance la plus courante de l'agression.
Perso, je trouve que son site est un des moins racoleurs du courant RBSD: pas d'uniforme, pas de camouflage, beaucoup de philo et son forum est un des plus convivial du net...
Bien à vous,
Rod