Waouh ! Un sujet sur la météo, et même sur Météo-France, et critique en plus ! Je sens que mon clavier va encore virer au rouge

...
Alors d'abord, en mode [Humour ON], c'est normal que les prévis merdent depuis quelques semaines, j'étais pas là

, cherchez pas plus loin !!! Ben oui, plus d'un mois d'absence (pour la mauvaise cause, pépins de santé, opération, convalo contrariée par un p'tit accident, léger trauma crânien, etc - au passage, çà explique mon silence radio depuis longtemps), et mes collègues étaient perdus sans moi, z'ont fait n'importe quoi

mode [Humour OFF)
Bon, vous avez compris que je déconnais, et maintenant ... je vais apporter quelques éléments d'information à vos différentes réflexions. Pour la plupart parfaitement pertinentes.
Préambule : les
météorologues (les vrais, pas leurs pdg et ministres de tutelle - ben oui, on est sous tutelle à Météo-France, c'est vous dire l'importance qu'on nous accorde dans les hautes sphères) n'ont jamais prétendu que la Météorologie était une science exacte. Les baratineurs du 20h, peut-être, mais nous, non.
1.
objectivement, je n'ai pas remarqué de dérive particulière dans la "qualité" de nos prévisions depuis quelques semaines.
Ni pires, ni malheureusement meilleures qu'avant. Mais là, je parle à un niveau global, en "supervisant" plusieurs départements ou régions. Nonobstant, cela n'interdit pas que plus localement, il y ait de réels problèmes. David, je n'ai pas de compétence particulière pour le Sud-Est de la France, je n'y travaille pas, je me garderai donc du moindre commentaire sur le travail de mes collègues de là-bas. Mais je ne crois pas qu'ils soient passés subitement de "globalement bons" à "systématiquement mauvais". Je sais, ce n'est pas ta perception, mais généralement, on ne retient que les prévis fausses, pas les autres, et mis bout à bout dans notre mémoire, çà entraîne ce genre d'opinions.
Ceci dit, rien ne t'empêche de contacter, par mail, TPH, courrier ou de visu (çà les impressionnera

) les collègues de Montélimar, ou leur Chef de Centre, et de leur exposer concrètement tes remarques, notes circonstanciées et datées à l'appui : c'est tout à fait normal qu'un usager critique la qualité d'un service, çà ne peut que l'améliorer. Je ne te dis pas qu'ils t'accueilleront sous une pluie de pétales, mais ce serait une démarche constructive. En tous les cas, dans mon propre CDM, tu aurais une écoute attentive.
2. 25 ans de métier de prévisionniste, et s'il y a un truc que j'ai bien compris, c'est que la perception du temps est 100 % variable selon les interlocuteurs. Et même pour un seul interlocuteur, selon ses activités, centres d'intérêt ou occupations du moment. Par exemple, le citadin qui 300 jours par an (ou plus

) vit dans le béton, et n'accorde qu'une importance toute relative au temps prévu ou qu'il fait, va subitement se transformer en accro-météo dès son 1er jour de congés à la plage ou en montagne. Normal. Mais si par malchance (pour lui comme pour les météos) la prévi est incorrecte dès ce 1er jour, inutile de vous dire ce qu'il pensera de Météo-France. Même si les 300 autres jours ont été bien prévus.
Mais objectivement, ce n'est pas parce qu'un jour la prévi est fausse, qu'elle est fausse tout le temps. J'aimerais bien que les critiqueurs relativisent davantage leurs critiques.
3. Une prévision fausse, çà arrive, mais c'est quoi pour vous ? Un grand soleil en lieu et place du temps couvert annoncé ? Cà, c'est carrément une prévision fausse, dont acte, c'est pour notre pomme. Mais si c'est une petite averse qui se produit au lieu des 8 huitièmes de Cb avec orages dantesques annoncés, alors prudence avant de tirer sur l'ambulance : peut-être que vos voisins du canton d'à côté, ou du département limitrophe, sont sous la flotte ...
Concrètement, un décalage chronologique de quelques heures, ou géographique de quelques dizaines de km, c'est bien peu pour un phénomène naturel qui peut avoir 8 à 10 km d'épaisseur (cas de l'orage sous nos latitudes), ou un millier de km de longueur (pour une perturbation océanique) : je veux dire par là, sachons raison garder, tout écart par rapport à ce que vous avez retenu de la prévision (pesez bien le sens de ces mots) n'est pas forcément une prévision totalement fausse, elle peut n'être qu'imparfaite.
4. Juste au passage (et je ne dis pas çà pour David, dont je sais à titre perso qu'il est plutôt dans le camp des défenseurs du Service Public, et qu'il "se sert" chez Météo-France), combien de fois ai-je entendu des critiques sur la météo en général, au motif de prévisions fausses, mais obtenues non pas chez nous, mais par d'autres moyens. JE NE PORTE AUCUN JUGEMENT DE VALEUR SUR LA CONCURRENCE, elle existe, c'est un fait, et elle a certainement des qualités, je dis simplement qu'un maçon accepterait difficilement de se faire engueuler pour le mauvais boulot d'un concurrent ...
Et je ne parle pas du rôle primordial des medias intermédiaires (vous savez, un peu comme le rôle de la grande distribution par rapport aux producteurs de fruits, de légumes, de lait, de viande, etc.) : perso, mes yeux savourent la prestation télégénique de certaines présentatrices météo de Canal+, mais j'ai encore assez de raison pour ne pas accorder le moindre crédit à une info météo achetée à l'étranger à des officines privées, diffusée en 12 secondes chrono pour la France entière, par une jolie fille certainement très douée, mais pas forcément pour la météo...
5. Revenons à Météo-France. Certains d'entre vous ont posé la bonne question : que se passe-t'il en interne ? Moins de moyens ? OUI ! Et çà plombe
immédiatement,
inévitablement et
irrémédiablement l'investissement et la recherche, donc les prévis de demain.
Moins de motivation aussi, certainement. Je ne pense pas que çà amène un collègue à mal faire son boulot, mais vous, usagers, devez quand même être informés que notre Etat-Major et son Ministère de tutelle mettent en place actuellement la casse organisée de notre service public. Que d'ici 2012-2013 (demain !), 30 départements perdront leur centre météo (liste présentée le 23 juin). Et ce n'est que la 1ère charrette. On parle de survie sur ce forum, non ?
Quant à ceux qui ne ferment pas (encore), n'allez pas croire qu'ils conserveront leurs compétences, non, non ! Officiellement, on réduit de 3 à 2 les niveaux de prévision : le national & le régional sont conservés, le départemental passe à la trappe ...
Perso, météo ou pas, je fais partie de ceux qui croient à l'utilité, à la nécessité, du Service Public. A la lecture de nombreux fils, je sais que je ne suis pas le seul sur ce forum, inutile de rouvrir le débat sur la santé, l'éducation, la sécurité, etc. Et qu'
en ce domaine, les économies (politiciennes) à court terme sont le terreau des catastrophes de demain.
Mais çà y est, c'est décidé, c'est en route, et donc dans le cas de Météo-France, on va très bientôt fermer des centres départementaux. Et ainsi se priver de l'expertise locale des collègues concernés. Je rassure les anti-fonctionnaires, çà n'empêchera pas le monde de tourner, ni les financiers de faire des bénéfices, ouf ! Mais qu'on ne vienne pas me raconter que çà améliorera la qualité des prévis météo.
6. Au sujet du nouveau modèle de prévision, qui répond au joli nom d'
AROME. Là, je vais un peu m'asseoir sur mon devoir de réserve, et vous livrer une réflexion qui n'engage que moi (et les autres prévisionnistes qui sont de mon avis ...). Ce nouveau modèle est théoriquement beaucoup plus performant que ses devanciers, C'EST VRAI. D'ailleurs, croyez-moi, il suscite la convoitise (pas toujours honnête) de nombreux SMN (services météorologiques nationaux) - on a ainsi "intercepté" quelques "étudiants" ... asiatiques, photographes et informaticiens, il y a quelques mois, à la Météopole toulousaine

.
Seulement voilà, au lieu d'attendre qu'il soit vraiment prêt, opérationnel, certains décideurs ont voulu accélérer sa mise en service. Pourquoi ? Pas pour VOUS en faire profiter plus tôt, désolé, mais tout simplement parce que c'était l'un des principaux arguments pour justifier la fermeture des CDM, la suppression d'un des 3 échelons de prévision : d'après le lénifiant discours de nos zélés directeurs, "avec ce nouveau modèle ultra-génial, plus besoin d'avoir des météos partout, quelques cadors à Toulouse et en régions, çà suffira". Vous pensez si ce n'est pas tombé dans l'oreille de sourds, du côté des énarques du ministère ...
Bref, ce modèle sera certainement un progrès (quand il sera au point), mais
primo ce n'est pas encore le cas,
secundo, ce n'est qu'un
modèle, donc
il ne peut pas (ou plutôt, il ne devrait pas)
remplacer l'expertise humaine, il devrait s'y ajouter.
7. Enfin, un dernier point : même si la météorologie est souvent un sujet de conversation "bateau", voire d'amusement, n'allez pas croire que les météos soient moins motivés par leur job que vous. Chez nous comme dans chacune de vos professions, il y a des feignants, des cossards et des incompétents, c'est vrai, mais ni plus ni moins qu'ailleurs ! En fait, peut-être un tout petit moins qu'ailleurs même, because on ne devient pas météo par hasard, mais par vocation (et il en faut, croyez-moi, pour continuer à y croire dans les conditions actuelles). Comme un Sapeur-Pompier, un urgentiste ou un prof de ZEP.
Tout çà pour dire que quels que soient vos griefs vis-à-vis des prévisions,
- d'abord, vérifiez qu'elles proviennent bien de chez nous (info : la moitié des quotidiens régionaux ou nationaux achète à l'étranger, parfois très loin ...),
- ensuite analysez objectivement l'écart entre le prévu et l'observé (nuances chronologiques, géographiques, ou vrai plantage total) en prenant un peu de hauteur (ce n'est pas parce que l'orage a épargné votre commune qu'il a épargné tout le département, et nos prévis sont - pour l'instant encore ! - DÉPARTEMENTALES),
- et enfin, gardez présent à l'esprit que si c'est bien un météo (ou plutôt, la chaîne de prévision) qui s'est planté, ce n'est pas du j'menfoutisme ou de l'amateurisme : quand on fait une prévi, on fait des choix, de très nombreux choix, en fonction des éléments en notre possession, des choix souvent difficiles (la météo, c'est pas du binaire, 0 ou 1, c'est plutôt du "pictural", de gris très clair à gris très foncé, avec des dizaines d'intermédiaires), et quand on se gourre (on le sait, çà arrive), on n'avait pas d'autre moyen de faire mieux.
Et quand on ne se gourre pas, personne ne nous en parle, comme les trains qui arrivent à l'heure

...
... On dit parfois que derrière chaque Français se cache un sélectionneur de l'équipe nationale de foot. Et bien sur le sujet de la météo, je dirais qu'en France, il y a 60 millions de météorologues capables de prévoir le temps
a posteriori. Mais seulement quelques dizaines essayant du mieux possible de le faire
a priori.
Allez, sans rancune, même si vous égratignez Météo-France, je vous aime quand même

!
Et j'aime mon métier, de + en + difficile avec des interlocuteurs de + en + exigeants ...
Et j'essaierai d'en rester là (déjà très bavard), voulant couper court à tout début d'ébauche d'esquisse de polémique entre les anti et les pro Service Public.