Je shoppe donc je suispar Catherine Morand - le 13 juin 2009
Extrait de Le Matin Dimanche
Armée de sa douzaine de cartes de crédit, une jeune New-Yorkaise écume les boutiques de Manhattan. Et a beaucoup de peine à résister aux vertiges du shopping et à l'appel vibrant des soldes des grandes marques, qui lui procurent des sensations de bien-être et de bonheur à nulle autre pareille.
«On se sent tellement vivante, on se sent exister», clame l'héroïne du film «Confessions d'une accro du shopping», actuellement sur les écrans. Chaussures, accessoires, maquillages ou fringues sublimes... Rien ne peut contenir sa fièvre acheteuse, pas même son gigantesque découvert, ni sa cure de désintoxication au sein d'un groupe de soutien pour shopaholics.
Avant d'être un film qui fait un carton auprès des jeunes filles en fleur et de leurs amis, qui s'y reconnaissent «à fond», la fièvre acheteuse de Becky se décline en plusieurs volumes: «L'accro du shopping à Manhattan, dit oui, fait un bébé, a une soeur». Suite logique en quelque sorte des «Martine à la plage, fait du camping, ses courses» dans une société où acheter est devenu une obsession, un moyen de décompresser, un passe-temps, un plaisir. Voire un ordre ou un acte patriotique: au lendemain des attentats du 11 septembre, George Bush exhortait ses compatriotes à aller faire du shopping pour éviter l'effondrement de l'économie américaine après celui des tours jumelles.
Le message n'est guère différent aujourd'hui: nous sommes tous priés de consommer d'abondance, comme si de rien n'était, si nous voulons être des citoyens responsables qui ont à coeur de faire tourner la machine économique. Reste que, dans le contexte actuel, le film «Confessions d'une accro du shopping» a des allures de paradis perdu. Ou encore de conte allégorique: les démêlés de Becky, surendettée, qui a épuisé la totalité des crédits de ses innombrables cartes, traquée par un agent de recouvrement, raconte mieux que de subtiles analyses la crise de l'endettement qui plombe les Etats-Unis et, dans la foulée, l'économie mondiale.
Après des années de consommation débridée et insouciante, le retour sur terre est parfois difficile. Aux States, des coaches de la vie quotidienne apprennent à des personnes qui ont toujours vécu à l'aide d'une carte de crédit à dépenser uniquement leur argent réel. Voire à déchirer leur Visa ou leur American Express, acte quasi révolutionnaire dans un pays qui vit à crédit. Même les fringues neuves n'ont plus la cote. A preuve: les frénétiques du shopping font la tournée des vide-dressings, très à la mode, ou des dépôts-ventes qui fleurissent dans les villes. Bientôt sur grand écran?
Source:http://www.lematin.ch/tendances/societe/shoppe-132340***
Bref, faut-il toujours acheter pour exister dans notre société??? 