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Auteur Sujet: faites vos chaussures et réparez les... comme vos ancêtres  (Lu 102023 fois)

07 avril 2008 à 19:07:05
Lu 102023 fois

Berhthramm


Voici un petit "pas à pas" peut-être un peu déplacer sur ce forum mais c'est du travail du cuir et certains trucs sont transférables et puis les chasseurs à l'arc ou ceux qui recherchent une chaussure sensitive et silencieuse seront peut-être interessés... aprés si cela semble trop HS pas de soucis pour la supression du post...

Voici donc un  "pas à pas" dans la réalisation d'une paire de type III (chaussure typées 11ième siécle) réalisées en cousu-retourné.

Le patron a été établi quelques mesures prise avec le futur propriétaire (un périmètre de pied, une mesure au niveau du coup de pied)...

Mais établir un patron pour soi quand on a pas l’habitude est assez simple, il suffit d’avoir :

-   une paire de chaussettes sacrifiables
-   un rouleau de scotch d’emballage (éviter l’elastoplaste c’est élastique et c’est gênant ici)
-   une paire de ciseaux à bout rond (capables de couper le scotch
-   1 gros marqueur
-   Eventuellement 1 bon copain, 1 épouse, 1 gamin ou n’importe qui capable de marquer des traits alors qu’on est debout.

Le modus operandi est le suivant :

-   enfilage de la chaussette (des deux si on est pas symetrique des pieds)
-   emballage du pied « chaussetté » avec le scotch d’emballage
-   tracé des futures pièces en direct (si possible en charge car le pied à tendance à s’affaisser)
-   découpe selon les lignes avec les ciseaux…

Vous avez votre patron perso, il n’y a plus qu’à reporter sur une peau en tenant compte d’une petite marge de couture est de retournement… Si vous êtes d’un naturel prudent vous pouvez faire un « blanc » en utilisant une vieille toile cirée un peu épaisse à la place du cuir…

Pour trouver des patrons, un petit tour par ici (il y a aussi tout un tas de trucs techniques j’ai quasi tout appris là) :

http://www.personal.utulsa.edu/~marc-carlson/shoe/SHOEHOME.HTM

La page patrons est dans la partie shoes design. Je vous conseille de plutôt commencer par un truc simple comme le type III des fouilles de York :

http://www.personal.utulsa.edu/~marc-carlson/shoe/SHOES/SHOE5.HTM

Le type IV est pas mal mais tiens moins bien au pied je trouve…

Passons à la phase cuir maintenant.

Un petit inventaire du matériel standard sera fait au fur et à mesure...

Le patron est donc rapporté sur les différentes pièces de cuir, il faut un crayon papier gras ou une pointe sèche et il faut mieux éviter le feutre ou le bic qui sont bien pratiques mais laissent souvent des marques qu'on aurait pas souhaiter (surtout en reconstit puisque il y a toujours un gus (moi le premier éventuellement) pour regarder dans une chaussures et déplorer la trace  de stylo à bille ou de feutre)...

Les pièces sont découpées (un cutter ou un couteau de savetier pour ma part et une bonne planche à découper et éventuellement une bonne protection du plan de travail (ça évite de saloper la table de la cuisine lors d'un rippage de lame (vécu))), ici le cuir de semelle fait 6-7 mm en bovin (du buffle ou du taureau à l'odeur) et l'empeigne fait 1,8 (du veau la je suis sûr de mon coup)...

Je vérifie brièvement la conformité des pièces entre elles et je prends quelques point de repères (pas facile à expliquer sur le net par écrit).

Puis les pièces vont à la trempette dans l'eau froide...et je teinte en fonction des envie (je suis dans les essai de teinture en ce moment (teinture moderne cependant (l'histo teinture pur jus ce sera pour plus tard)). Je teinte aussi le futur lacet (découpé dans la même peau pour des soucis d'homogénéité de teinte).



Les deux bandes latérales sont pas de la même longueur mais c'est pas important pour l'instant...

Je fais ensuite une rainure dans la semelle avec une petite gouge (mais avant de l'avoir un compas à pointes séches un peu aiguisé faisait bien la farce) puis je perce ma semelle pour les futures coutures d'assemblage, on perce donc en utilisant une forte alène et comme le montage est un cousu retourné on prend bien soin de percer avec un angle de telle sorte que le trou de sortie sit par la tranche.

J'ai pris la mauvaise habitude de travailler en coinçant mes pièce de cuir entre mes genoux, quand l’allène rippe elle finit plantée dans ma cuisse (avant je travaillais un peu différemment et je me la collais dans la main)... un avantage ça réveille.... Il y a moyen de percer en utilisant un martyr comme support... j'aime pas. et puis ma façon de faire on la retrouve sur l'iconographie montrant des savetiers au travail.

le perçage :



l'allène en place dans un trou :



et en gros plan (où l'on voit bien que ça ressort par la tranche et pas par la face inférieure) :



Ensuite vient la couture et d'abord le montage de l'aiguillée :

on enfile :



on passe le fil dans le fil :



on tire et hop le fil est bien bloqué sur l'aiguille il risque pas de se souver (et ça ne gène pas la couture) :



et on refait la même chose à l'autre extrémité du fil pour avoir une aiguille à chaque bout :



en suite on aligne les pièces (il faut penser à comment sera la chaussure au final) :



Puis je démarre ma couture en me servant des repères d'alignement... Je perce à l'allène mon empeigne en me guidant sur les trou de la semelle (comme ça tout est bien aligné), bien sûr tout est monté à l'envers, on retournera aprés...



et la couture se fait donc à deux aiguilles en point sellier, voici un petit film

FILM

on fini par obtenir ça (il y a un excèdent mais c'était prévu et comme dans beaucoup de cas il vaut mieux être long que court) :



on rabat l'excèdent à l'intérieur pour pouvoir prendre des marques et le couper :



Il existe une alternative élégante à l'aiguille (bien que celle-ci soit historiquement correcte) c'est le ligneul réalisé avec en lieu d'aiguille une soie de sanglier....



Je réussis à monter les miens et ils sont maintenant relativement fiable, mais j'ai quand même du mal à coudre sur des grandes distances avec... donc je leur préfére encore l'aiguille de sellier (une aiguille de sellier n'a pas de pointe).

Je passe ensuite toute les coutures (généreusement) à la cire d'abeille liquide, au pinceau...



en insistant sur la semelle et la jonction empeigne semelle.... si ça se trouve cela ne sert à rien mais je pense que ça protège le fil et que ça améliore le confort point de vue humidité.



Je perce mes trous pour la couture finale, comme je la réalise en "bord à bord" je procède comme pour la semelle et je ressort donc mon allène dans la tranche du cuir (on voit assez mal là) :



et pas vraiment mieux là :



Je préfère avant de tourner mais on peut aussi le faire après, dans ce dernier cas c'est mal pratique pour percer, dans ma façon de faire on retrouve parfois pas le trou...

:)

Bon ça a déjà maintenant une tête de chaussure mais les coutures sont à l'extérieur et ça ne ferait pas long feu.... Il faut donc les retourner.

On passe donc à la trempette (dans l'eau la plus froide possible pour moi, j'ai toujours trouvé le cuir moins beau après avoir trempé dans l'eau chaude)



Pendant ce petit bain j'en profite pour masser le cuir dans tous les sens (doit être une déformation pro) et pour monter les aiguillées qui vont me servir pour la couture latérale.

Puis retournement, j'utilise un manche à balais et je commence par l'arrière de la chaussure... c'est parfois long et pénible (pour cette paire j'en ai baver avec du cuir de 6-7) mais ça se retourne, pas de découragement, pas non plus de brutalité sous peine de déchirer les coutures qui à ce moment là sont hyper tendues (une raison pour laquelle je fait pas de noeuds à tous les points, le fil peut comme ça jouer un peu et la tension s'équilibre au fur et à mesure de la progression).

voici la chaussure en cours de retournement sur son manche à balais :



On retourne ça bêtement comme une chaussette en fait (sauf que c'est plus facile pour une chaussette).

Voici la vidéo faite pour une autre paire :

http://s24.photobucket.com/albums/c27/berbove/gougou%20le%20making%20off/?action=view&current=retournementchauss1.flv

http://s24.photobucket.com/albums/c27/berbove/gougou%20le%20making%20off/?action=view&current=retournement2.flv

Une fois retourné, on passe à la couture finale :









Puis je perce les tunnels pour le passage du lacet (ce n'est pas mes doigts qui font contre appui sous la lame, je tiens un martyr en bois que l'on voit pas bien sur la photo) :



Essayage pour voir si tout est ok... (même si elle sont pas pour moi en final, la taille du futur porteur est pas loin de la mienne et ça ça aide beaucoup) :



Voilà c'est quasi finit, elles vont finir de sécher sur forme (c'est mieux) et j'attaquerais les finitions) :



Et voilà le produit fini :









La méthode de réalisation est historiquement correcte...

C'est globalement trés confortable, surtout si vous avez l'habitude de marcher pieds nus... J'ai déjà fait des randos de 25 km avec les miennes sans soucis cutanés ou autres...

Mais les chaussures finissent quand même par s’user et là pas trop de soucis pour les réparer….

Mes godasses persos ont des petits soucis aprés un an de loyaux services : 2 Ost en marche (1 vingtaine de km à chaque fois), Hastings, une saison humide (très), des entraînements d’escrime tous les lundi soirs sur un sol moderne, plus certains week-end sur le goudron... Après la semaine passée à Eu, ou je les ai porté en permanence, je les ai un peu oublié, humides, dans un coin... dehors...

Voici les dégats (les deux sont exactement dans le même état et symétriques) :
- cuir en piteux état
- coutures lachées en latérales et par endroits dessous
- trous dans la semelle








Une petite réparation s'impose, j'aime ces chaussures et la tiges est bonne...

démontage (il suffit de mettre un coup de lame affutée dans le fil d'assemblage en faisant attention de ne toucher que le fil) et inspection des deux partie, si la semelle est à jeter, la tige est récupérable encore au mons une fois, peu de trous sont déchirés...

La nouvelle semelle est découpée selon l'ancienne en reportant celle-ci sur la peau, attention de bien penser à faire une droite et une gauche (rigoler pas je fais réguliérement la bourde et je suis pas le seul) puis percée(classiquement comme au dessus) grosso modo au pas de l'ancienne (ça tombe bien j’ai un pas de perçage à peu prés standart puisque avec l’habitude j’utilise des repères anatomiques perso (un petit demi travers de doigt), et accessoirement comme la forme est bonne pour moi j'en profite pour reporter le patron complet sur un carton fort que je stocke... comme ça pas de prise de tête au patronnage quand j’en referais des neuves complète…

;)



Trempette qui a l'avantage d'assouplir le cuir avant de le recoudre (sinon les plis sont trés marqués) et aussi de le nettoyer (frotte-frotte à la brosse)...



début de la couture selon la méthode classique du point sellier, ce trou est déchiré :



donc je reperce à l'alène un peu (pas trop) au dessus :



coutures inférieures terminées, il ya plus qu'à la retourner et à faire la couture de fermeture :





et hop aprés l'opération finale :





Cette nuit séchage sur forme, demain graissage-cirage... et les voilà reparties pour un an... :)

durée de l'opération 2 heures (1 heure par pompes, sans se presser, sans stresser), coût le cuir pour 2 semelles soit une dizaine d'euros...

Pourquoi s'en priver... :)

Y a pas mal de modèle possible j’en ai mis quelques uns sur ma zone webshots, n’hésitez pas à visiter, si vous avez des problème de visualisations je posterais quelques autres photos ici…

Lambda en fait aussi de très belles avec une autre expérience du terrain.

Actuellement je suis sur une paire de chaussures romaine (il faut que je forge les clou puisque eux en avez) et des bottes de Novgorod du XIIIième siècle… des chaussures XVième aussi qui seront mais premières à trépointe et double semelle…

Je suis prêt à échanger sur ce sujet ou à vous guidez du mieux que je pourrais si vous souhaitez vous lancez...
« Modifié: 07 avril 2008 à 19:20:38 par Berhthramm »

07 avril 2008 à 19:31:03
Réponse #1

kartoffel


Alors là, félicitations pour ces chaussures, et surtout MERCI d'avoir pris le temps de partager ça avec nous !  :akhbar:

07 avril 2008 à 19:54:50
Réponse #2

pimyboc




merci, vraiment excellent et complet.  :doubleup:  :doubleup:


Pierre

DEX AIE En Normandie, il n’y a qu’une chose qui peut être haute ou basse : C’est la mer.

07 avril 2008 à 20:07:29
Réponse #3

piedsnussurlaterresacrée



07 avril 2008 à 20:17:23
Réponse #4

** Serge **


"The quality of your life is a direct reflection of the quality of your communication with yourself and others." - Anthony Robbins
http://jahozafat.com/0029585851/MP3S/Movies/Pulp_Fiction/dicks.mp3
"Communications without intelligence is noise; Intelligence without communications is irrelevant." ~ Gen. Alfred. M. Gray, USMC

07 avril 2008 à 20:42:31
Réponse #5

Berhthramm


Merci, mais c'est juste l'application synthèse du travail d'autres personnes... :)

Sinon  j'ai oublié un point, parfois au premier essayage on sent une ou deux coutures il suffit de pousser un peu ave un baton rond l'interieur de la chaussure à l'endroit qui gène et si ça gène toujours on peut toujours mettre un petit bout de papier de verre sur le baton et poncer doucement l'endroit qui gène (par l'interieur toujours...


:)


07 avril 2008 à 20:54:24
Réponse #6

chris


Incroyable !!! Splendide tuto, merci beaucoup, et la réalisation, tout bonnement  impressionnante.  :doubleup:

Peut-être une précision quand à l'aiguille remplacée par une soie de sanglier? c'est suffisamment dur? car j'ai pas tout compris là.. :-[


Merci,


Chris

07 avril 2008 à 21:04:45
Réponse #7

Berhthramm


Faut pas hesiter à s'y mettre, en faisant un "blanc" en toile cirée c'est quasi sans risque.

Chris, les soies du sanglier sont naturellement fourchues, on monte le fil de lin préparé spécialement dans la fourche (j'avais un tuto sur le net mais le lien est mort) je refferai un truc au besoin. La racine de la soie et la soie elle même est trés raide, surtout si on a soin de prendre des soie de la crête, surtout sur les gros mâles... Aprés tu fait un trou à l'alène avant de passer ta soie, tu tires doucement et dès que tu peux attrapper le fil, tu tend ta couture... bien sûr c'est pas le genre de couture que u tires à la pince... :)

mais c'est la façon élégante et histo 100% pur fruits - pur sucre, on a retrouvé des aiguilles en feer dans les ateliers mais... il faut se souvenir d'une chose au MA : le fer est cher, les soies de sangliers non....

Certains bons bottiers cousent toujours ainsi..

Ce n'est pas seulement élégant et pour la beauté du geste, tu es sûr de pas coudre dans ton fil, sûr de pas en couper des brins en passant ta seconde aiguillé...

Sinonpour les réparations ça arrive qu'un point lache, si on a fait des noeuds d'arrêts un peu réguliers surtout aux endroits ou ça craint, ce n'est jamais grave et on peut réparer de l'extérieur sans avoir a tout reprendre.

Au Ma la réparation et le commerce de chaussures d'occasion est un métier, celui de savetier (pas pareil que cordonniers), c'est donc surement qu'il y a une nécessité de réparation assez ourrante, mais aussi une volonté de faire durer les choses...

07 avril 2008 à 21:06:54
Réponse #8

bloodyfrog


Excellent, bravo et merci pour ce post très construit! :)

Manu.

Note: Ou t'approvisionnes tu en cuir, notamment le plus épais?

07 avril 2008 à 21:14:39
Réponse #9

bledios



07 avril 2008 à 21:16:04
Réponse #10

chris


Euh oui....ça y est j'ai compris  ;D  j'avais loupé une étape ::)

Merci Berhthramm et J.Phil.

Chris.

07 avril 2008 à 21:20:23
Réponse #11

Berhthramm


Je prends mon cuir chez Chadefaux, rue Taylor à paris, la qualité y est excellente et l'acceuil sympa (si on respecte les peaux entreposées contrairement à certains qui posent dessus leur sac à dos mouillés (vu dans la vraie vie)), vous pouvez y aller de ma part, demander dominique ou Jean-Pierre et dites que vous venez de la part de "la murène" (rapport à ma ressemblance fortuite d'aprés Dominique avec une personnage de Spirou)... pour le plus épais celui des semelles, je m'approvisionne en Ariège chez Ramballur (je recherche l'Email) ce n'est pas hyper cher, le port est raisonnable, la qualité acceptable pour des semelles, par contre comme je disais à Lambda en privé, je suis pas sûr de continuer avec ce type de cuir pour mes semelles (le 4,5 est pas mal et s'il n'y a pas de différence significative avec le 6-7 j'y reviendrai). Il y a aussi Drean à Ivry dont certains disent beaucoup de bien et juste en face de Chadefaux les cuirs RR (nettement moins de choix pour les peaux mais du matos sympa et une bonne alternative si il y a une rupture de stock en face).
« Modifié: 15 mai 2008 à 15:18:50 par Berhthramm »

07 avril 2008 à 23:04:07
Réponse #12

lambda


C est super Berhthramm! je le connaissais deja, ton tuto, de chez GMA, mais je m en lasse jamais !  :D :doubleup: :doubleup: :doubleup:
Pour le cuir aussi, merci de l info du fournisseur, je me suis fourni chez lui une fois en collet de vache 3,5. c est avec ca que j avais tente ma paire de groles, du coup par rapport a ce que je t avais demande, je savais pas qu il faisait du 7 mm. merci du tuyau...
a+,
Lambda
"I want to live in a society where people are intoxicated with the joy of making things." William S. Coperthwaite

07 avril 2008 à 23:10:23
Réponse #13

Berhthramm


Voici l'adresse de Ramballur, il répond rapidement et clairement au mail.

ramballur(at)gmail.com

08 avril 2008 à 08:44:57
Réponse #14

DavidManise


Salut !!!

Alors euh...  MERCI !!!  :doubleup:

C'est un super boulot de partage de bonnes infos, et le résultat est... :love:

J'ai bien envie de tester le concept.

Question : d'expérience avec des mocassins je trouve que ça glisse pas mal sur terrain humide et pentu.  Même si c'est pas du tout historiquement correct, y'aurait pas moyen d'améliorer l'adhérence (et éventuellement la durabilité de la semelle) tout en gardant le contact avec le sol ?  A ton avis ?  Chuis sûr que t'as déjà gambergé à la question ;)

Ciao ;)

David
"Grand, gros, lourd, sale, fort et bête" ;)

Stages survie CEETS

08 avril 2008 à 08:53:07
Réponse #15

Diesel


Alors là  :akhbar: :akhbar: :akhbar: :akhbar:
Voilà un sujet magnifique et très intéressant.  :love:

08 avril 2008 à 08:56:12
Réponse #16

basic


Magnifique ! Une question : pour la semelle, n'est-il pas possible (moins joli évidemment) de remplacer le cuir par une semelle découpée dans un pneu, méthode récup' ?

08 avril 2008 à 09:42:32
Réponse #17

Berhthramm


La semelle est effectivement toujours un point d'interrogation pour deux ou trois raison évoquées ici...

le confort :

On sent bien le sol et si on attaque le pas comme une section de jeunes recrues ça sonne... Je crois que là la solution est juste d'apprendre à marcher avec et de ce que j'ai lu ici sur la marche pieds nus, c'est assez approchant, on attaque moins par le talon (pas par l'avant pied non plus c'est carrément anti-physiologique est potentiellement source de soucis othopédiques à moyen terme), on pose doucement et on transfert l'appui, le cycle de marche est donc transformé, ça necessite de s'acclimater et de les porter souvent... On sent bien le sol aussi (c'est ce que j'adore avec ces pompes) donc si on pose brutalement sur un cailloux pointus...aïe... mais justement on doit poser doucement et analyser sur quoi on est, et dans la marche l'oeil est aussi entrainné à l'analyse du terrain mais du terrain des 3 à 5 m devant soi avec enregistrement par le cerveau des obstacles et des voies de passages, le cerveau fait alors sont analyse et selectionne la trajectoire en fonction des paramétres prioritaires... Un petit exemple si vous êtes dans votre beau costume de marriage, pas pressé et sans danger vous ne traverserez pas un fossé en mettant les pied dedans, alors qu'eventuellement en tenue sale avec une necessité d'aller au plus vite ça ne sera pas le même topo... Donc là aussi necessiter d'éduquer le cerveau pour faire entrer le paramétre "chaussures med" dans l'analyse.

La solidité et usure de la semelle :

Là il faut dire que c'est pas fait pour les sols abrasifs, le goudrons bien granuleux ou le ciment de gymnase ça pardonne pas.... mais comme je dirais ailleurs cepahisto donc autant les éviter...si possible. Reste qu'il y a aussi des moyen de faire durer ses semelles : les roder doucement sur du sol souple pour tasser les fibre du cuir (effet obtenu par martellage en tannerie sur certaines peaux ou sur le cuir à semelle moderne (pas bon à utiliser ça), évitez de marcher avec une semelle humide non rodée sur du goudron (là c'est assez expéditif). Perso je les porte un peu chez moi avant de sortir avec.

La glissade :

C'est un fait certaines personnes se tappent de bonnes glissades avec ce type de chaussures et d'autres quasiment pas et trés exeptionnellement... Le pire est l'herbe mouillée, les feuilles et le top c'est une souche moussue humide... Je dirais que pour la glissade pareil que pour le paragraphe du confot, l'ensemble est intégré dans la qualité proprioceptive de l'individu et donc partiellement (parfois enormement) éducable... C'est un paramétres que l'on a pas pieds nus par contre, on glisse peu car le pied s'adapte au sol (adaptation articulaire, position et contraction sur les orteils, etc...)... Par contre l'épaisseur de la semelle est là à prendre en compte, je pense qu'une grosse semelle assez raide (comme le cuir de 6-7 dont je suis moyen content) pertube pas mal l'adaptation mécanique du pied au sol et donc favorise l'effet glissade... Pour mon expérience j'ai jamais glissé en situation de combat, à Hastings pourtant c'est toujours humide, trés herbu et assez agité (un peu plus de 3000 combattants en 2006 dans la meule quand ça arrive au contact ça bouge)... Par contre à Eu j'ai pris une grosse gamelle en allant chercher du bois... comme quoi.

Essayons maintenant de faire une courte revue des "remèdes" proposés :

La semelle elastomére recollée par dessus la semelle cuir... Certains fabricant pro le proposent, perso je n'aime pas, je ne trouve pas ça beau et je trouve ça dommage, d'autres part je pense que même si ça résoud le phénomène usure et glissade ce n'est peut-être pas la meilleures solution. Le pneu proposé par Basic, j'ai pas trop de réponse, je pense que c'est le même topo que l'elastomére des cordonnier, ça va aussi clairement te compliquer la tâche pour retourner et si tu colles aprés retournement je suis moins persuadé que tu puisse faire un collage durable.

Les clous que l'on retrouve sur les calligae romaines, je n'aime pas du tout... autant porter des brodequins, adieu discretion, confort et toucher de sol.

Des barrettes anti glisse en cuir cousu ou collée en travers du sens de la marche, comme des crampons sont peut-être une bonne solution adopté par certains mais je lui amène deux bémol : l'esthétique  et l'eventuelle emmerdement provoqué par un décollage... D'une manière générale je préfére coudre que coller, une aiguille et un peu de fil poissé prends pas de place dans ma besace, si j'ai un fil qui lache et trois points qui sautent ça me prends 5 minutes à une pause pour réparer, avec un crampon décollé surtout partiellement c'est un autre topo... On peut coudre ces crampons sur une trépointe (une piece intercallée entre l'empeigne et la semelle (apparait au mileiu du XIIième)) mais ça devient beaucoup plus compliquée on peut coudre les crampons à travers la semelle mais ça devient beaucoup plus humide....

Pour ma part je suis vraiment un fervent partisans de l'aclimatation à ce type de chaussures, l'intégration par le cerveau dans les automatismes (de marche, de combat ou autre) de ce paramétre...

J'ai oublié de préciser un point dans mon topo parceque ça couler de source dans le contexte reconstit mais pas forcément ailleurs : n'utiliser jamais de cuir tané chrome... en contact direct avec la peau c'est toxique (et maintenant interdit dans l'indistrie de la chaussures si il y a contact direct entre le porteur et ce cuir (donc généralement les fabricants doivent mettre une doublure si ils utilisent ça)...

Pour ce que je porte à l'intérieur de mes chaussures (ça joue peut-être sur la proprioception) : soit mes chausses à pieds (comme des chaussettes en laine donc) soit des chaussettes russes (ma solution préférée), perso je ne remets pas de semelles en interne mais certains mettent du feutre et un bon amis mets du foin (juste au fond) aprés avoir retiré bien sûr toutes les épines.

PS : pour certains point s j'ai peut-être pas été clair mais la marche et les phénomènes de proprioception c'est un de mes dadas professionnels alors je peux expliquer autrement si ça va pas.

:)

08 avril 2008 à 11:18:45
Réponse #18

basic


Merci encore de toutes ces explications si finement détaillées. Effectivement ce n'est pas la même chose si on attend de ce type de chaussure une forme de rééducation sensorielle. Pour ce qui est d'une semelle intérieure, le feutre me parait idéal : ça absorbe bien l'humidité du pied, ça ne sent pas, et c'est facile à fabriquer

08 avril 2008 à 15:24:34
Réponse #19

bloodyfrog


Je me permets d'enrichir le sujet (j'espère que Berhthramm ne m'en voudra pas de m'éloigner du MA... :)) avec cette excellent tuto sur la fabrication de mocassins, style nord-américain.

Le tuto montre des mocassins avec une tige haute, mais on peut sur ce modèle en faire des plus bas sans problème, puisque la partie haute (les "uppers") est cousue sur le chausson.



Le tuto est en anglais, mais très illustré et à la portée de tous.

Le forum PaleoPlanet devrait de plus plaire à pas mal d'entre vous (des tonnes d'infos "old style"... :up:), si vous ne le connaissez pas déjà...

http://paleoplanet69529.yuku.com/topic/15249

Manu. :)

08 avril 2008 à 15:35:09
Réponse #20

Berhthramm



08 avril 2008 à 16:34:18
Réponse #21

shrek


Alors là  :akhbar: :akhbar: :akhbar:

Merci beaucoup pour ce tuto Berhthramm  :love:


hakuna matata

08 avril 2008 à 17:38:22
Réponse #22

angelo


Salut Jim...

11 avril 2008 à 22:42:07
Réponse #23

Nävis


Le tuto montre des mocassins avec une tige haute, mais on peut sur ce modèle en faire des plus bas sans problème, puisque la partie haute (les "uppers") est cousue sur le chausson.

 ::)
J'avais un livre sur les indiens quand j'étais gamine, avec le patron des mocassins, et je m'en étais fait une paire avec la "peau de chamois" de la voiture des parents (qui n'ont pas du tout admiré, mais le pire c'est quand j'ai appris que ce n'était pas du chamois... :( ).
Mais il n'y avait pas la tige! Là j'ai vraiment envie de ré-essayer, c'est fabuleusement beau! Merci à Berhthramm pour le tuto et à Bloodyfrog pour ce superbe lien.  :love:


11 avril 2008 à 22:52:52
Réponse #24

Kilbith


Salut,

super topo  :up:

J'ai lu il y quelques temps un livre sur les chaussures et le tannage du cuir chez les romains....si cela t'intéresse j'essayerai de remettre la main dessus pour te donner la réf..
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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