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Auteur Sujet: Parents âgés, maintien a domicile , placement en Ehpad, et autre joyeusetés  (Lu 3334 fois)

27 mai 2020 à 16:36:31
Lu 3334 fois

raphael


Je sais pas où poster cela, je laisse les modos gérer

Désolé de paraître un peu "3615 my life", mais j'ai été brutalement confronté à cette problématique durant la période de confinement.

Le contexte : parents de 83 et 78 ans vivant en vase clos depuis des années (mea culpa n°1)
, mon père a progressivement coupé les ponts avec mon frère et moi (relations conflictuelles de son fait et on comprendra le pourquoi plus loin dans le récit). Mes parents ont toujours été solitaires et avec l'age cela ne s'est pas arrangé.
Je suis arrivé à maintenir un contact en pointillé avec eux afin de parer au plus urgent (factures, impayé, pb ménager, urgence plomberie,..) et j'ai pris beaucoup sur moi afin d'avoir toujours un accès a leur domicile. Il y a eu quelques épisodes que j'ai découvert plus tard où mon père a fait des siennes avec le voisinage (dégradation, insultes, menaces..)
Depuis des années mon père exerce une violence au moins psychologique sur ma mère et elle se trouvait en situation de stress et un jour je n'ai pas pu rentrer chez eux. Ma mère se trouvait enfermée a l’étage et a pu me signaler sa présence par le balcon. Ceci s'est passé pendant la seconde semaine de confinement, je passais leur amener de la nourriture et les tenais un minimum informé car la tv chez eux ne marchait plus (mon père était passé par là).
J'ai donc du faire intervenir la police et les pompiers pour rentrer chez mes parents. Bilan ma mère a du passer une nuit isolé à l'étage d'après ce qu'elle a dit mais elle était un peu perdue/ désorientée et mon père n'avais plus conscience de la situation et ne me reconnaissait plus.
Un rapide check up sur ma mère rassure et mon père part aux urgences pour un bilan complet. Ah oui mes parents n'ont plus aucun suivi médical depuis des années (mea culpa n°2)
Le service des urgences m’appelle dans la soirée et me demande de passer  car mon père n'est pas collaboratif et veut rentrer chez lui. Aucun examen n'est possible vu son comportement agressif. Je me retrouve avec lui dans un couloir suite a une brève discussion avec la responsable des urgences, et là je suis effectivement devant mon père mais ce n'est plus lui : il ne parle qu'espagnol (il est d'origine) alors qu il parle normalement et couramment français et évoque des événements familiaux que j'ai a peine connu. Mon père divague et je ne suis pas sur qu'il me reconnaisse. La responsable me propose de le sédater légèrement (gouttes dans un verre d'eau) afin que je puisse le laisser passer la nuit là et permettre de faire les examens.
Le lendemain on me contacte , il peut rentrer chez lui avec un traitement mais les résultats des examens montre que ce n'est pas psy c'est neurologique.
Il faut que je trouve en urgence un médecin traitant pour les deux, j'appelle l'ordre des médecins et quelqu'un se dévoue (merci). Je retourne chez mes parents pour attendre le retour de mon père et constate la situation de délabrement de la maison (ampoule en panne, chaudière éteinte, éviers bouchés, et je passe les détails sordides) (méa culpa n°3)
La médecin arrive et livre un jugement pas facile a entendre et considère que mon père ne peut pas rester au domicile. Il y a eu aussi un infirmier qui a été appelé pour assurer les premiers suivi de mes parents (j'avoue que la chronologie est pas forcément la bonne, j'ai moi même perdu un peu le fil des événements depuis). Mon père est complètement éteint et je l'aide a se coucher. Je repasse le lendemain matin , l'infirmier arrive pour une prise de sang pour ma mère et je lève mon pére et lui fait prendre son cachet.
L'infirmier revient le soir et m’appelle car mon père est sorti de sa léthargie et redevient agressif (il ne veut pas prendre ses cachets). Il me propose de rappeler les pompiers et de venir pour la prise en charge (responsabilité). L'intervention ne se passe pas trop bien, mon père a bien compris et ne se laisse pas faire.
De retour aux urgences et vois la même responsable, cette fois ci il y a bien prise en charge en gériatrie. On me contacte le surlendemain pour me faire un rapide pronostique
Voilà boum, mon père est atteint de démence sénile et accompagné de conséquences de légers avc. Prends ça dans les dents. Je comprends mieux son comportement récent et passé. Il reste dans le service et le retour au domicile n'est plus possible.
Ensuite l'assistante sociale de l’hôpital prend le relais et m'aide pour les démarches administratives (habilitation familiale, placement ehpad, demande APA..). Merci encore a elle, elle est parfaite et connait bien ce genre de contexte.
Je dois aussi contacter un plombier pour déboucher les éviers et je gère les petits soucis dans la maison (factures impayées, plus de téléphone, carte vitale nc,...) (méa culpa n°4).
Ensuite il faut que je m'occupe du maintient a domicile de ma mère (demande APA, aide ménagère, repas...) là aussi pleins de structure existantes et compétentes.
J'ai aussi du passer au commissariat pour l'intervention initiale et la gestion des mains courantes déposées contre mon père, la cellule qui gère les violences familiale m'a appelé pour faire un point et si il fallait donner une suite judiciaire.
Bref c'est de la survie familiale.
« Modifié: 27 mai 2020 à 20:57:03 par raphael »
Se connaitre et s'accepter


27 mai 2020 à 17:07:10
Réponse #1

bloodyfrog


Hello,
Pas sur de pouvoir aider, mais j'ai lu, ça me parle pas mal (un père âgé peu communicant, seul dans sa (trop grande) maison et qui "gère" assez mal son Parkinson)...

Je te souhaite du courage. La survie du quotidien prend plus de ressources qu'un trek extrême...

Manu. :calin:

27 mai 2020 à 17:26:29
Réponse #2

Kilbith


Même réponse que la grenouille, j’ai traversé le désert de la vieillesse des parents il y quelques temps et je m’associe à ta douleur.

 :closedeyes:
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

27 mai 2020 à 17:56:23
Réponse #3

raphael


merci les amis,  ;)

pour ce genre d'"urgence", il m'a fallut passer en mode gestion de crise et mettre l'affect de coté sinon c'est simplement pas gérable mais j'ai mal dormi et je suis fatigué. De plus le télétravail dans le contexte covid est pas simple donc grosse charge en terme de stress perso et pro.

Je m'oblige donc a faire des pauses "respiration/méditation (bien grand mot)" quotidienne et un minimum d'activités autres (jardinage, sport,...)
Se connaitre et s'accepter


27 mai 2020 à 20:39:50
Réponse #4

VieuxMora



27 mai 2020 à 20:53:23
Réponse #5

guillaume


Salut Raphael,

Ma femme travaille à domicile dans le domaine des soins. Si jamais tu as une question, besoin d'un avis ou d'un éclaircissement, n'hésites pas.

Courage :love:.

a+

27 mai 2020 à 21:02:44
Réponse #6

b@s


salut Raphaël,

mon père est en maison de retraite depuis quelques années déjà, suite à une amputation d'une partie de la jambe qui a été le coup de grace à une suite de mauvais choix de vie.
Je n'ai pour ainsi dire plus aucun contact, ou très sporadique.

tout ça pour dire que la culpabilité n'est pas un sentiment utile. si jamais tu veux en causer n'hésite pas.

27 mai 2020 à 21:22:20
Réponse #7

Hurgoz


Yo,

Bon courage à toi! J'ai une vague idée du bordel que peu représenter la gestion d'un trouble neuro, tout comme j'ai une idée de ce que c'est d'avoir un père qui refuse d'aller voir un toubib... -_-

Force et robustesse.....et...ne te culpabilise pas trop non plus!

Tcho
"Prenez soin de la méthode avec laquelle vous vous mettez des choses dans le crâne."

27 mai 2020 à 21:44:05
Réponse #8

raphael


sentiment de culpabilité : oui et non

oui car comme le mal de dent on espère que cela va s'arranger tout seul avec le temps et donc on laisse filer mais qu'aurais je pu faire ? mes parents ont toujours été indépendants et de caractère fort donc les" forcer" a voir un médecin ou a revenir a un mode de vie "normal" était peine perdue et j'ai plusieurs fois tenté, négocié des "avancées" sans beaucoup de réussite.

Faire intervenir des aides extérieures ? possiblement plus tôt : oui je pense, surtout qu il y a désormais prise de conscience de la détresse de ce genre de situation et donc les structures pour.

La situation de ma mère m'a fait bouger et pour cela je ne regrette pas d’être intervenu. Elle va mieux et reprend tout doucement sa vie.
Se connaitre et s'accepter


27 mai 2020 à 21:48:20
Réponse #9

Diesel


Salut Raphaël,

Bon courage à toi même si je sais que ça n'est qu'une toute petite goutte d'eau dans un flot de larmes.  :'(
Tu sais où nous trouver quand tu auras envie de te changer les idées ... Dans quelques temps.

Sincère amitié

27 mai 2020 à 22:04:29
Réponse #10

aliɔs



Rafael, je trouve que tu te débrouilles bien face à cette situation.
Mon père avait été atteint d'alzheimer et je sais combien c'est dur de gérer une situation surtout dans l'urgence.

28 mai 2020 à 07:34:06
Réponse #11

cosmikvratch


Ne t'en veux pas de ne pas l'avoir vu venir, on retrouve fréquemment des modifications du caractère et de la "personnalité" dans les années qui précèdent une démence, mais c'est le plus souvent rétrospectif, facile à dire après coup... mais c'est le syndrome de la grenouille qui ne s'échappe pas dans une eau qui se réchauffe lentement. Ca prouve justement que tu avais gardé un contact régulier.

C'est arrivé pour mon grand-père, avec le recul les symptômes avaient commencé facilement 5 ans avant le diagnostic... pourtant dans une famille supposément attentive, pleine de médecins dont un spécialisé en gériatrie!  >:(

Bravo pour ton intervention, bon courage à toi et ta mère!
Life's a bitch (and then you die)

28 mai 2020 à 08:37:58
Réponse #12

Draven


Bon courage à toi.
Il faut faire les choses étapes par étapes et ne pas hésiter a demander conseils a ceux qui savent.

Je peux pas aider plus, mes parents étant plus jeune, et mon père n'atteindra jamais cet age...
Version humaine de l'Ursus arctos middendorffi
FlickR

28 mai 2020 à 10:24:12
Réponse #13

Ani7


Salut bien, et courage.
Il y a un moment où c'est à nous de "prêter" la main à ceux qui nous ont amenés à ce que nous sommes.
Pas de reproche à se faire si on a conscience de ce moment.
Pas forcemment facile à accepter de la part des anciens.

28 mai 2020 à 10:31:25
Réponse #14

Sou


Simplement du courage et de la force pour encaisser tout ça.
Une fois la tempête passée ne te négliges pas, prends du temps pour toi.

"La dissidence n'est pas une fin, mais seulement un moyen, celui de faire à sa façon."

28 mai 2020 à 14:43:29
Réponse #15

Lamagiciennedauz


Situation hélas très fréquente, où on se dit après coup "j'aurais du bouger avant".
Je croise chaque jour au boulot des gens qui se retrouvent dans ta situation. Ce n'est donc pas que tu es défaillant, c'est juste que c'est très difficile à anticiper et que tu n'as eu aucun soutient pour t'aider à ouvrir les yeux avant.
Les décisions et les interventions que tu mets en œuvre me paraissent tout à fait adaptées de ma fenêtre, tu dis toi même que ta mère revit donc tu es sur la bonne voie !
Et oui c'est épuisant...

Ici quand j'étais ado (donc laissée tout à fait en dehors de la problématique), mon père et son frère n'ont compris la nécessité de placer leur père que quand ma grand-mère a évoqué le suicide.
Pour te dire à quel point ils ont laissé pourrir le truc, pas intentionnellement mais parce que ça s'est fait petit à petit.

Des wagons de courage !
C'est pas parce que c'est grave qu'il faut sombrer dans la gravité !

29 mai 2020 à 20:18:57
Réponse #16

fan


De mon expérience après les nombreux problèmes que tu as évoqués, Raphaêl, viennent les problèmes concernant la gestion des finances.
Je suis curatrice d'un de mes parents, et j'aurais apprécié d'avoir procuration sur son compte bancaire avant les "soucis"pour pouvoir gérer sans rajouter le coté pesant de la curatelle. J'aurais pu ne pas demander à être curatrice, mais ça aurait fait des frais supplémentaires (pour payer le curateur) et le budget pour un EHPAD spécialisé est important.
Tout ça pour dire qu'avoir procuration sur les comptes bancaires peut aider!
C'est mieux s'il n'y a pas d'embrouilles au niveau de la fratrie, sinon tu as vite fait d'être critiqué dans ta gestion , voire soupçonné d'abuser de ton parent. Et alors la curatelle voire la tutelle sont indispensables.
Bon courage!!
Une pomme par jour éloigne le médecin...à condition de bien viser!

30 mai 2020 à 08:40:23
Réponse #17

raphael


oui effectivement et l'assistante sociale m'a tout de suite expliqué que vu l’état de mon père il fallait prendre les décisions pour lui donc il y a un dossier d'habilitation familiale en cours (c'est entre la curatelle et tutelle). Le (peu) reste de la famille est d'accord.
Je dois passer devant un juge pour ce dossier et oui il faudra que je tienne des comptes pour les frais à venir.
On attend les réponses pour les places dispo en EHPAD.
Se connaitre et s'accepter


12 juin 2020 à 14:21:15
Réponse #18

raphael


quelques news: mon père rentre en Ehpad lundi cela fait des semaines que je ne l'ai pas vu, et le choc risque d’être rude

 je viens d'aller voir sa future chambre.

encore des démarches, des papiers a fournir, des organismes a joindre...

ma mère remonte la pente, elle a droit a un forfait 10 heures d'aide ménagère (c'est bon a savoir c'est pris en charge par les organismes).

Un simple conseil : soyez un minimum au courant de la situation (mutuelle, contrat dépendance, assurance vie, compte courant, impayé, contentieux..) de vos proches et surtout parents. Ça aide énormément quand ils ne souviennent plus eux mêmes de ce qu'ils ont comme protection et dossier personnel

Edit : sympa aussi le remplissage du questionnaire choix de fin de vie pour son père  ^-^
« Modifié: 12 juin 2020 à 17:46:28 par raphael »
Se connaitre et s'accepter


12 juin 2020 à 19:15:41
Réponse #19

Merlin06


Pas facile de se tenir au courant quand eux-mêmes ne savent plus où ils en sont.
Sois fort.
L'âme sûre ruse mal.
Le matin du grand soir il y aura de la confiture de bisounours au petit déjeuner.
Nous avons deux souverains, Dame Physique et Sire Temps.

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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