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Auteur Sujet: Comment faire entrer la notion de désescalade dans une tête de mule ?  (Lu 1812 fois)

26 avril 2019 à 10:16:54
Lu 1812 fois

Matagot


Besoin de vos conseils éclairés.

Dîner avec un ami : il me confie que son épouse (au demeurant sympathique et charmante) se prend régulièrement la tête au volant avec d’autres conducteurs. Plutôt que jouer l’apaisement elle met de l’huile sur le feu, et question désescalade elle serait plutôt du genre Patrick Edlinger.

Situation d’autant plus problématique qu’il apprend ça par la bande (ses enfants, qui sont donc témoins des altercations de leur mère).

Celle-ci est pourtant la cible idéale, parce que représentant un concentré de ce que détestent un certain nombre de gens voire de populations :
- une femme,
- blanche,
- blonde,
- d’Europe centrale ;
- au volant d’un gros 4X4, donc financièrement à l’aise ;
- et qui en plus la ramène...

Bref : le réceptacle de toute une série de haines culturelles, ethnique, sexuelles et de classe.

Comme l’écrit justement le Manitou de ces lieux, « à force d’avoir trop grandi dans un cocon de ouate parfumé, beaucoup trop de gens ont tendance à oublier « comment ça pourrait être »».
(http://blog.davidmanise.com/lettre-ouverte-a-cette-gentille-dame-qui-a-visiblement-eu-une-mauvaise-journee/)

Venant de l’ancien Bloc de l’Est, ce n’est pourtant pas son cas et elle a très tôt appris la survie en faisant la queue des heures à cinq heures du matin par moins dix pour pouvoir acheter deux bouteilles de lait. Mais le cocon, c’est maintenant qu’elle y est...

S’ajoute sans doute à cela un sentiment d’impunité et d’ « intouchabilité » alimenté dans les médias par les va-t-en-guerre d’un certain talibanisme féministe.

L’idée est donc d’aider mon ami à expliquer à sa chère et tendre « comment ça pourrait être » et comment éviter de s’y retrouver. Et vu la tête de mule que c’est, ce n’est pas gagné d’avance.

Je verrais bien des cours de self-protection (avec l’apprentissage de la désescalade plus que du pied dans les parties).

Avez-vous des expériences similaires ?

Les choses qui vont sans dire... je fais confiance aux participants du forum pour éviter les réponses social-darwiniennes du style : « bien fait pour sa gueule à cette c*nne, elle mérite de se prendre des claques ! » D’autant que lorsque on est pré-ado. (l’âge de ses enfants) voir sa mère se faire tabasser n’est jamais bon pour son développement et son équilibre personnel.  ;)
« Modifié: 26 avril 2019 à 21:08:26 par Matagot »

26 avril 2019 à 12:12:42
Réponse #1

bloodyfrog


Si la désescalade lui est difficile, peut être éviter l'escalade...

Qu'est ce qui provoque l'altercation au volant?
Est sa conduite qui provoque l'agacement des autres?
Ou la conduite d'autrui qui l'exaspère?

Est ce qu'elle s'attrape avec les gens tout le temps? Ou uniquement au volant?
Histoire d'isoler la cause...

Manu. :)

28 avril 2019 à 08:20:33
Réponse #2

Matagot


Merci Bloodyfrog pour ces pistes. Autant de questions que je vais poser à son mari. :)

29 avril 2019 à 01:22:50
Réponse #3

ofelas


Citer
S’ajoute sans doute à cela un sentiment d’impunité et d’ « intouchabilité »

Ça me semble ressembler à une surcompensation d'un manque de confiance en soi, donc peut être aussi
dire à cette personne qu'elle a de la valeur même quand elle n'affichent pas sa supériorité

Citer
Avez-vous des expériences similaires ?
Ce comportement me rappelle une femme avec qui j'ai fait un bout de chemin
Qui ne brillait que dans sa vie professionnelle, à travers son statut professionnel, dans lequel elle compensait son manque de confiance en elle
Quand sa vie personnelle n'était pas dans l'apparence sociale, c'était dans des états alcooliques répétitifs, voire des ts et seulement des ts qui ressemblaient à des appels à l'aide

01 mai 2019 à 19:28:31
Réponse #4

Matagot


Ça me semble ressembler à une surcompensation d'un manque de confiance en soi, donc peut être aussi
dire à cette personne qu'elle a de la valeur même quand elle n'affichent pas sa supériorité

C'est peut-être une piste : le fait que son français ne soit pas parfait l'emmènerait à "en rajouter" ? Sans doute aussi, plus simplement, que certains sont naturellement plus "grande gueule" que d'autres...

01 mai 2019 à 21:06:46
Réponse #5

Dutch


Bonsoir,

Pour avoir longtemps travaillé avec des slaves, j'ai pu observer qu'ils n'avaient pas le même "logiciel" que nous.
Des choses qui nous semblent insignifiantes les font passer en zone rouge à notre grande incompréhension et, parallèlement, ils supportent sans broncher ce qui nous parait inadmissible.

Il y a une certaine logique dans ce que tu décris, car les formatages culturels ressortent souvent en période de stress.

J'ai vécu des situations +/- similaires , aussi bien avec mes équipes en Afrique ou au Moyen Orient, qu'avec des coopérants étrangers venus en France pour leur instruction.

Quand les gens n'étaient pas assez flexibles pour s'adapter au contexte, la carte de la fermeté payait la plupart du temps.
Du genre: "Arrête immédiatement tes conneries, sinon ça va mal finir. Je suis au courant de ton comportement & ne compte pas sur moi pour te soutenir le jour où ça se terminera mal."

C'est évidemment plus délicat dans le cadre d'un couple, mais si ça évite à l'épouse de ton ami un billet pour l'hosto'...



En essayant continuellement, on fini par réussir.
Donc: plus ça rate, plus on a de chances que ça marche. (Devise Shadock)

05 mai 2019 à 22:04:01
Réponse #6

Le-Jerome



S’ajoute sans doute à cela un sentiment d’impunité et d’ « intouchabilité » alimenté dans les médias par les va-t-en-guerre d’un certain talibanisme féministe.


Salut

Heureusement il y a #MeToo  ;D

Une pratique de la self dans un bon club où elle aura le loisir de se mesurer fictivement à ce que pourrait donner le résultat de ses gesticulations verbales motorisées peut beaucoup l'aider à une prise de conscience certaine.

On a vu des gens redescendre sur terre en prenant conscience des risques, même simulés, mais pas toujours, encore faut il être intelligent et rationnel, ce qui n'est pas donné à tout le monde.

Tu peux aussi lui montrer des vidéos pédagogiques (chercher sur youtube) sur les conséquences parfois dramatiques voire fatales d'un "road rage" (terme consacré aux états unis) qui dégénèrent.

Sinon en cas d'échec je ne vois pas bien comment ce genre de personne peut être raisonnée, ces personnes là partent du principe qu'elles sont intouchables :

- Parce qu'on ne frappe pas une femme (dans leur univers à elles).
- Parce qu'elles sont aussi fortes que les hommes (parce que l'identité de genre est une construction culturelle du patriarcat blanc dominateur oppressif etc etc quoi...).
- Parce que la voiture les protège et constitue un prolongement inconscient du corps, voire un substitut phallique.
- Parce que si jamais quelqu'un s'en prend à elles, gare aux plaintes et aux suites judiciaires se disent elles (ce qui fait une belle jambe quand on est mort ou en vrac à l’hôpital).

Comme écrit plus haut, il faut voir si ces comportements ne se produisent qu'en voiture, que lorsque elle conduit et en quelle occasion.
Mais aussi quel regard critique porte elle sur ses propres comportements : a t'elle conscience du problème ? veut elle y remédier ?
Et finalement à défaut accepter qu'on ne peut pas aider tout le monde et qu'il existe des gens qui ne changeront pas, quoi que l'on fasse, et ne voudront jamais rien entendre, par bêtise, immaturité, vanité, obstination, problème psychologique, impulsivité ou manque d'éducation (souvent d'ailleurs un mélange de différentes choses).

Tu peux tendre la main, suggérer proposer, mais à un moment c'est à toi de laisser les autres à leur propre destin et à leurs risques et périls.

Ce que je dis souvent :

- il est déjà difficile de prendre charge sérieusement sa sécurité personnelle par une solide démarche de SP/SD.
- c'est absolument génial si on arrive à faire intégrer quelque chose de bien au petit nombre d'êtres les plus chers et les plus proches
- Pour les autres, après avoir éventuellement tenté une courte et simple démarche (surtout de sa propre initiative) il faut laisser tomber, cela ne sert d'expérience jamais d'insister, au contraire, certains y resteront définitivement totalement réfractaires par obstination irresponsable, paresse, dénégation ou au contraire angélisme exagéré et mal placé.

bien à toi
jérôme



« Modifié: 05 mai 2019 à 22:31:44 par Le-Jerome »
un héros, c'est un abruti qui a eu de la chance

06 mai 2019 à 15:11:29
Réponse #7

Matagot


@Dutch et Jerome : Merci à tous deux pour vos réponses.

J’ai eu l’occasion de dîner avec mon pote après lui avoir fait lire les réponses obtenues ici mais également sur le forum de Kwoon où j’ai également posté.

En préalable : son épouse ne conduit pas comme un pied. Elle a juste un caractère de cochon un sacré caractère  ;). Donc sa tendance  à  la ramener n’est pas liée à la voiture. Le problème vient de son impossibilité à évaluer les risques et imaginer les conséquences de ce comportement compte tenu d’un certain nombre de facteurs très bien évoqué par Jerome.

Voici une tentative de synthèse des réponses obtenues ici et sur Kwoon  :

- Pourquoi et dans quelles circonstances escalade-t-elle ?
- Plutôt que de désescalader, mieux vaut ne pas escalader.
- Si elle ne le fait pas pour elle, qu’elle le fasse pour ses enfants (instinct maternel, culpabilisation).
- D’où la nécessité d’un prise de conscience de la dangerosité de son comportement et de l’illusion de son « intouchabilité » (sa « grande gueule » pouvant peut-être fonctionner dans certaines situations et avec certaines personnes mais être un accélérateur de violence dans et avec d’autres).
- Une mise en situation contrôlée (visionnage de vidéos d’agression puis cours de self) peut contribuer à cette prise de conscience.
- En partant du postulat qu’une femme de 40/45 ans n’ayant jamais été confrontée à la violence de rue et n’ayant jamais pratiqué le moindre AM/SDC a peu de chance d’avoir la science infuse en matière de castagne.

D’autres pistes ? D’autres idées ?

En tous les cas un grand merci à tous.

06 mai 2019 à 21:45:46
Réponse #8

Le-Jerome


@Dutch et Jerome : Merci à tous deux pour vos réponses.


- D’où la nécessité d’un prise de conscience de la dangerosité de son comportement et de l’illusion de son « intouchabilité » (sa « grande gueule » pouvant peut-être fonctionner dans certaines situations et avec certaines personnes mais être un accélérateur de violence dans et avec d’autres).
- Une mise en situation contrôlée (visionnage de vidéos d’agression puis cours de self) peut contribuer à cette prise de conscience.

Plutôt que de désescalader, mieux vaut ne pas escalader.

D’autres pistes ? D’autres idées ?

En tous les cas un grand merci à tous.

De rien  :)

Tu peux toujours lui montrer ceci (et surtout lui commenter) mais c'est parfois mieux si on comprend l'anglais :
https://www.youtube.com/watch?v=SeVDuSNW8_E
https://www.youtube.com/watch?v=IjSN8-Ekiew
https://activeselfprotection.com/road-rage-escalates-to-murder/
https://www.youtube.com/watch?v=gDP5FZBrMis

Et en effet, faute de dés-escalader (ce qui peut s'avérer être un art très périlleux et sans garantie aucune, surtout pour une personne lambda impliquée directement dans une altercation, et qui est à mon humble avis une compétence à part entière, entrainable dans l'absolu), il vaut mieux d'abord et surtout de ce fait comprendre la nécessité, autant que faire se peut, déjà de ne pas escalader.

De toute façon en continuant comme ça, à un moment ou à un autre elle va au minimum se faire une grosse frayeur.

Jérôme
« Modifié: 06 mai 2019 à 21:54:55 par Le-Jerome »
un héros, c'est un abruti qui a eu de la chance

07 mai 2019 à 12:14:28
Réponse #9

Kilbith


quelques réflexions...

Il est noté plus haut que cette jeune femme a peut être des difficultés à s'exprimer en Français. Cela peut être une cause d'escalade : une confrontation c'est un échange, quand on ne peut échanger par des mots....on a tendance à s'exprimer par des émotions et des gestes. C'est de suite moins subtil et gradué.

Si elle vient d'un pays moins développé ou différemment développé que le notre elle peut être aussi victime d'un biais culturel.
Dans de nombreux endroits le plus riche c'est le plus fort socialement dans le cadre d'un contrôle social assez simple.
En gros : "tu touches à la meuf qui roule en gros 4X4, tu touches à la femme du Boss,donc tu touches au Boss, donc tu touches à ta vie et à celles de tes proches".

Chez nous la hiérarchie sociale est moins claire, moins facilement visible et le contrôle social est plus subtil. Une personne venant d'un autre contexte social peut avoir du mal à le saisir et commettre des impairs.
 


- Si elle ne le fait pas pour elle, qu’elle le fasse pour ses enfants (instinct maternel, culpabilisation).


Je ne pense pas que le mécanisme sous-jacent de l'efficacité du procédé soit la culpabilisation. C'est plutôt une utilisation habile de la norme groupale.

A te lire dans la tête de cette jeune femme c'est : "je ne suis pas quelqu'un qui se laisse faire". Elle applique une "norme groupale" qui correspond à son groupe social de référence, par exemple, "les femmes qui ne se laissent pas marcher sur les pieds".

Plus tu vas t'opposer à cette norme pour la convaincre, plus elle prendra appuie dessus. Il ne faut donc pas la pousser à changer, mais plutôt l'amener à changer.

Probablement qu'elle a aussi comme norme groupale "je suis indispensable à mes enfants". Partant de là et en prenant appuie sur cette autre norme groupale tu peux formuler un argument qui aura la forme de la phrase suivante :

"Ok, tu ne te laisses pas faire et ça c'est bien, en même temps revanche tu pourrais peut être faire l'effort de laisser couler parfois, car si tu es dans une embrouille judiciaire ou a l'hosto cela sera un problème pour tes enfants. Or tu es indispensable pour eux.  Cela vaut peut être le coup de prendre parfois sur toi."


Là dessus,  un petit travail de debriefing/mise en situation pourrait peut être permettre à cette personne de visualiser ces situations et de modifier ses futurs comportements.



« Modifié: 07 mai 2019 à 12:23:35 par Kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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