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Auteur Sujet: anticiper la "décompensation" pouvant faire suite à une grosse période de stress  (Lu 665 fois)

02 octobre 2018 à 21:43:19
Lu 665 fois

Claire


Bonsoir à tous

J'aurais besoin de conseil sur la manière d'anticiper au mieux la "décompensation" suite à un gros stress.

Je m'explique: je bosse dans l'humanitaire. J'ai vécu 18 mois à Kaboul, et bien entendu, il y a eu des hauts et aussi des bas pendant cette période, et à la fin de ma mission je n'en "pouvais plus". Mon retour en France s'est passé à merveille, pas de problème majeur de réadaptation (en mode "liberté retrouvée").
Rentrée depuis 6 mois donc, je refais régulièrement des missions de terrain pour des durées de 3 semaines-1 mois. Je précise: je suis ravie d'avoir l'occasion d'y retourner, je suis très attachée tant au pays qu'à mes collègues.
Or, ma dernière mission fut particulièrement compliquée à gérer tant à cause de la situation sécuritaire qu'à cause de problèmes purement professionnels.
J'ai plutôt bien géré sur place: prise de recul, relativisation. Un peu de méditation et des amis bien présents malgré la distance ont aidé. Aucun problème de sommeil, par exemple.
Par contre à mon retour, mon corps m'a clairement rappelée à l'ordre et j'ai enchaîné des infections sans gravité mais qui m'ont bien fait comprendre que j'avais trop tiré sur la corde.

Je serai amenée à y retourner. Auriez vous des conseils sur l'anticipation du départ et/ou du retour pour ne pas revivre la même expérience épuisante une fois rentrée?
Des conseils de lecture peut être ?

D'avance, merci!
« Modifié: 02 octobre 2018 à 22:47:12 par Claire »

03 octobre 2018 à 00:06:07
Réponse #1

Hurgoz


Yo,

Et bien, de ce que l'on apprend en formation que se soit en matière de secoure à la personne ou situation d'exception, avoir une bonne hygiène de vie, tant au niveau alimentaire, que l'exercice physique et le repos participent à retarder le stress du aux situations éprouvantes (ou en tout cas, faciliter sa gestion). Ce n'est biensûr pas magique et on ne se transforme pas en super héro: on a tous des limites ^^

Après, savoir reconnaitre et admettre les signes de stress, va permettre de prendre le recul nécessaire avant d'en arriver a des trucs plus lourds et compliqués à gérer, voir de mettre un terme à une mission avant que cela ne devienne un vrai problème (on est clairement plus opérationnels dans ce cas là, et si une aggravation soudaine et importante de la situation intervient (catastrophe naturelle par exemple) on devient carrément un handicape pour le groupe qui devra nous gérer).

Mes 2cts

Hugo
"Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression." DUDH

03 octobre 2018 à 12:05:03
Réponse #2

Arnaud


En préventif, mieux gérer son stress au quotidien par des exercices de relaxation (méditation, respiration, visualisation, ...) pour éviter d'être à fond 24/7, d'accumuler et d'arriver au trop plein.

Comme évoqué par Hugo, se ménager du temps pour soi au cours de la journée, faire de l'exercice, dormir suffisamment, faire attention à son alimentation et à son hydratation, rien de très original : essayer d'avoir la meilleure hygiène de vie possible.

Si malgré tout tu sens que tu vas y avoir droit... essayer de ne pas lever le pied trop brusquement et d'avoir un retour à la normale progressif pour ne pas envoyer des signaux trop fort, trop vite et déclencher le processus connu en maintenant "artificiellement" sur quelques jours des sollicitations physiques et psychiques au cours de la journée par le biais de l'exercice physique et l'étude.
« Everybody has a plan until they get punched in the mouth.»

03 octobre 2018 à 12:42:36
Réponse #3

cosmikvratch


Salut,

Sujet qui me touche de près!  :D Je vis des situation très similaires, et cette problématique est courante (pour ne pas dire systématique, à des degrés divers) dans le milieu humanitaire au retour d'un contexte intense.Pour ma part je tombe malade au retour 1 fois sur 2, parfois même dans l'avion du retour  ;D
il est complètement normal d'avoir un passage à vide au retour à la "vraie vie", un moment de grande fatigue/vulnérabilité. Et ce n'est pas forcément souhaitable de l'éviter totalement!
Il n'y a pas forcément de proportionnalité entre le danger/stress ressenti et le contre-coup, même s'il y a évidemment un lien. Le stress peut aussi avoir un effet cumulatif, avec le côté "goutte qui fait déborder le vase".
attention, cette fatigue est en partie physique, mais surtout mentale, et c'est la manière dont tu "décroches" de ta mission qui détermine l'intensité des symptomes (mais ce n'est pas une maladie)

-je rejoins Hurgoz sur le fait que la meilleure mesure est préventive: conserver une bonne hygiène de vie en mission, ne pas trop tirer sur la corde, et être capable de dire stop et de rentrer, même si le retour semble pourtant proche. J'ai payé très cher une mission difficile pour laquelle je ne suis resté "que" 3 semaines de trop, il y a quelques années... Dans ces cas là on a tendance à se croire indispensable, surtout à des postes de décision... mais la réalité c'est qu'une mission/un projet ne repose que très rarement sur une seule personne :)

-il faut avoir en tête aussi les raisons de ton départ: si c'est pour fuir quelque chose qui sera toujours là en rentrant... bien le retour sera moins simple, évidemment :-\

-tu dis que tu as des proches présents et disponibles, c'est super! Cultive ça! Un complément qui existe depuis peu dans mon ONG et auquel je participe, c'est un "support par les pairs": on contacte la personne au retour de mission après quelques semaines et on lui propose une rencontre avec un expat qui a un peu son profil professionnel, qui comprend ce qu'il vit en mission et au retour parce qu'il ont vécu des expériences similaires, quelqu'un de bienveillant mais avec lequel il n'y a pas de lien amical ni hiérarchique: c'est une occasion de vider ton sac sans médicaliser le truc, sans enjeu pro, ni risque d'"écraser" un proche avec tes problèmes, ou d'avoir besoin d'expliquer ton jargon et des problématiques pro trop en détail à un néophyte.
Si tu peux recréer ça de manière informelle, ça peut vraiment aider. (si tu n'as personne de ce genre et que ça t'intéresse contacte moi en MP et donnes moi plus de détail sur ton profil, je connais du monde qui est passé par l'afgha/pays similaires et peux essayer de te trouver quelqu'un)

quelques trucs qui marchent pour moi au retour (attention chacun sa méthode, chacun est différent, et c'est pour des mission assez longues):

-ne rien prévoir de trop précis pendant les 2-3 semaines qui suivent le retour, à part quelques nuits de plus de 12h de sommeil  ::)
-quelques jours consacrés à voir les proches "qui comptent" (parents/amis proches), mais juste pour dire bonjour, les rassurer et sans s'éterniser.
-puis 1 à 2 semaines "seul": je vois ça comme un sas de décompression. Perso mes 2 activités préférées pendant ce temps là: aller camper seul dans les bois (avec un proche qui sait où je suis bien-sûr), et bricoler (je fabrique des couteaux), rien de tel pour moi qu'un tâche manuelle un peu complexe (pour moi) qui occupe l'esprit, et sans enjeu véritable :)
-Avoir des proches qui s'en foutent un peu de mes missions: des gens avec qui je suis moi-même, mais avec des discussion non centrées sur ma mission/mon milieu pro, et avec qui je fais des choses plutôt que de refaire le match sans fin.
-ne pas repartir tant que je ne le sens pas: attention à la marque fatidique de la 3ème semaine, où tu commences à tourner en rond et où repartir semble la seule option: ça peut être une fuite en avant qui peut mal finir!

dans le même esprit: quelques erreurs que j'ai pu faire au retour, et que j'essaye de ne plus faire:
-passer trop de temps avec mes proches immédiatement au retour (trop obsédé par la mission, je finis par me sentir déconnecté)
-passer trop de temps seul, ou au contraire me forcer à rencontrer plein de monde immédiatement (fêtes et évènements)... tout est dans la mesure! ;)
-suivre de trop près le contexte du pays dont je rentre (d'habitude je me désabonne des fils d'infos du contexte sauf 1 ou 2), et rester trop en contact permanent avec les amis locaux
-au contraire, couper trop radicalement les ponts avec mes copains de mission
-repartir trop vite sans avoir digéré la précédente mission

Pour moi le fait que tu appréhendes la mission suivante est normal... si ce stress d'anticipation est trop fort par contre... alors peut-être qu'il faut laisser passer un peu plus de temps, ou aller dans un contexte différent?

Pour finir je dirais qu'il est possible d'amortir le choc du retour, mais pas de le faire disparaître. Il serait anormal de ne pas avoir de période de décompression du tout... voire même un peu inquiétant, car ça voudrait dire que tu ne décroches pas. ;)

Voilà désolé pour la tartine, j'ai pourtant l'impression d'avoir seulement effleuré le sujet, n'hésite pas si tu veux en discuter plus avant en mp (on peut s'échanger nos mails/ s'appeler si tu le souhaites)
« Modifié: 03 octobre 2018 à 12:54:01 par cosmikvratch »
Life's a bitch (and then you die)

03 octobre 2018 à 13:06:49
Réponse #4

cosmikvratch


à la fin de ma mission je n'en "pouvais plus". Mon retour en France s'est passé à merveille, pas de problème majeur de réadaptation (en mode "liberté retrouvée").

euh... à la relecture ce que tu dis pourrait illustrer mon propos, peut-être que tu n'as tout simplement pas "décroché" lors de ton premier retour... évidemment impossible à dire sans te connaître, mais c'est une possibilité, penses-y! :)
Life's a bitch (and then you die)

03 octobre 2018 à 15:44:27
Réponse #5

Claire


Merci à tous les trois pour vos réponses. Je lis tout ça, je relis, je médite la question...  ;)

Tout d'abord, pour ce qui est de la gestion du stress, je pense que justement, lors de cette dernière mission, j'ai réussi à faire preuve d'une remarquable gestion du stress, en partie grâce à une hygiène de vie aussi bonne que possible dans ce contexte, et grâce également aux amis. Pour moi le sommeil, la manière dont j'arrive à le trouver facilement ou non, est un excellent indicateur de comment j'arrive à gérer... sur le moment.

C'est vraiment au retour que j'ai été prise au dépourvu.
Contente de rentrer, contente de retrouver mes proches, mais le corps qui lâche (enfin, relativisons, disons que le corps a tiré comme il faut le signal d'alarme).
Le mot qui m'est alors venu à l'esprit c'est "décompression", comme pour la plongée!  :D

Alors du coup je me refais le film, et effectivement, j'ai certainement trop tiré sur la corde (et j'ai tout à fait conscience que l'origine du bug est davantage dans la surchage mentale que dans la fatigue physique pure):
 - rythme de dingue dans la semaine qui a suivi mon retour, avec un train tous les deux jours
 - rythme encore bien trop soutenu dans la semaine qui a suivi, avec boulot les WE
 - pas de "vrai" repos ni de "vraie" coupure avec le pays puisque je n'ai posé que 2 jours (pour voir des proches, pas pour prendre le temps de me poser seule) et que je continue à recevoir les alertes sécu sur mon téléphone...
 - et là, pschiiit! début des infections à répétition.
Hum... Je note ça dans le "à ne pas refaire".

Et comme je repartirai là bas, j'aimerais me mettre en tête deux ou trois trucs à tenter de mettre en oeuvre au moment du retour en France pour que ça se fasse davantage en douceur à ce moment là.
Arnaud, le "ne pas lever le pied trop vite", oui je note. Mais il faudra aussi que j'arrive un peu à lever le pied, dans mon cas!  :D
Cosmikvratch, je vois que tu connais très bien ce que j'ai traversé à ce moment là! Je t'envoie un MP pour des éléments plus "perso"

03 octobre 2018 à 15:53:05
Réponse #6

tarsonis


Hello,
Par contre à mon retour, mon corps m'a clairement rappelée à l'ordre et j'ai enchaîné des infections sans gravité mais qui m'ont bien fait comprendre que j'avais trop tiré sur la corde.

Je connais un peu ces conditions de stress et pays, mais je lis deux points distincts :
- tu es fatigué, physiquement et psychologiquement
- tu tombes malade lors du retour. C'est un peu lié au précédent point, mais peut être aussi parce que l'avion et les aéroports représentent une sacrée source de pathogènes (du bout du monde, résistants, etc). Il y a de fortes chances pour que ton système immunitaire rencontre pas mal de trucs inconnus.

J'avais chroniqué sur Olduvaï une étude qui montrait à quel point -par exemple- les bacs en plastique (ceux où l'on met les valises/godasses/effets perso) aux contrôles pouvaient être des vecteurs majeur concernant la transmission de la plupart des virus ORL....ainsi que les terminaux de paiement, les "fouilleurs", etc. Donc ça coïncide un peu avec ton retour de mission.
En gros, la parano de terrain doit être appliquée aussi -et surtout- à l'aéroport ;)

03 octobre 2018 à 19:06:47
Réponse #7

Claire


Tarsonis, c'est une hypothèse.... Mais je doute. :)
 - je suis tombée malade une petite dizaine de jours après mon retour, pas juste après
 - pour avoir parcouru tout un tas d'aéroports pas toujours salubres, je n'y ai jamais rien attrapé, alors y choper 4 saloperies distinctes au cours du même trajet, ce serait vraiment un comble!  ;)

Je tombe très rarement malade, d'où le fait que cet épisode ait vraiment attiré mon attention.
Je pense qu'à ce moment là, mes défenses immunitaires étaient au plus bas (ce qui est certainement lié à la fatigue), et toutes les vannes ouvertes pour que les bactéries se développent bien joyeusement.

04 octobre 2018 à 10:19:59
Réponse #8

Al Bundy


Bonsoir à tous

J'aurais besoin de conseil sur la manière d'anticiper au mieux la "décompensation" suite à un gros stress.

Je m'explique: je bosse dans l'humanitaire. J'ai vécu 18 mois à Kaboul, et bien entendu, il y a eu des hauts et aussi des bas pendant cette période, et à la fin de ma mission je n'en "pouvais plus". Mon retour en France s'est passé à merveille, pas de problème majeur de réadaptation (en mode "liberté retrouvée").
Rentrée depuis 6 mois donc, je refais régulièrement des missions de terrain pour des durées de 3 semaines-1 mois. Je précise: je suis ravie d'avoir l'occasion d'y retourner, je suis très attachée tant au pays qu'à mes collègues.
Or, ma dernière mission fut particulièrement compliquée à gérer tant à cause de la situation sécuritaire qu'à cause de problèmes purement professionnels.
J'ai plutôt bien géré sur place: prise de recul, relativisation. Un peu de méditation et des amis bien présents malgré la distance ont aidé. Aucun problème de sommeil, par exemple.
Par contre à mon retour, mon corps m'a clairement rappelée à l'ordre et j'ai enchaîné des infections sans gravité mais qui m'ont bien fait comprendre que j'avais trop tiré sur la corde.

Je serai amenée à y retourner. Auriez vous des conseils sur l'anticipation du départ et/ou du retour pour ne pas revivre la même expérience épuisante une fois rentrée?
Des conseils de lecture peut être ?

D'avance, merci!

Salut,

Aller voir un professionnel adapté au questionnement: Un psychologue
Autant dans le somatique les gens sont plus enclin à s’inquiéter d'une menace qu'ils peuvent visualiser  et sentir, autant dans le psychologique j'ai la sensation que c'est beaucoup moins le cas.
La nuance à apporter à mon propos est la question du degré: A quel point...? Toi seule peut savoir si ton soucis est de l'ordre de l'égratignure ou de la tumeur, et donc quelle type de réponse apporter.
De ce que je peux lire, ce n'est pas une égratignure, donc je suis réservé sur les solutions qu'on peut trouver spontanément sur des forums  ;)
Être libre consiste dans le fait de tirer du seul exercice de notre vie le sentiment de contentement. N.G.

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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