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Auteur Sujet: Construction du Inambari Raft.  (Lu 1181 fois)

28 avril 2018 à 12:07:12
Lu 1181 fois

Aleksi


Salut à tous,

Je souhaite partager la construction d’un raft, construit et utilisé quotidiennement sur le Rio Huari Huari / Inambari  au Pérou, part les habitants du pueblo Pampa Yanamayo.



Ils s’en servent pour approvisionner les communautés, mines d’or et laboratoires clandestins en aval, la rivière étant très forte avec des rapides en permanence, elle n’est pas navigable autrement.

Ce post est donc pour présenter un modèle de raft facile à construire, robuste, puis documenter un peu la vie de ces gens-là  :).
Ils sont appelé localement « Camaristas» ou « Boteros », descendent toutes les semaines la rivière chargeant  jusqu’à une tonne de matériel. C’est environ deux jours de descente jusqu’à la route la plus proche, en franchissant de nombreux rapides, certains très fort avec des virages à 90°, et quelques chutes d’eaux. Ils plient ensuite les chambres à air qu’ils rangent dans leur sac à dos fait à partir de vieux sac à gravats, et trois jours de route à travers les montagnes pour revenir dans leur pueblo, prendre une cuite monumentale, et repartir le lendemain matin à 7h. Des morts tous les ans. A Pampa Yanamayo, être Boteros est un statut particulier, respecté.
Pour la construction du raft, je vous donne la manière « traditionnelle » pour l’esprit de documenter le sujet. Clairement de nombreux points peuvent être améliorés, ou fait différemment. On peut en parler par la suite si le sujet intéresse.

Outils : Machete, scie, marteau, clous de 5" (c’était vendu au kilo et le kilo de clou était m’a suffit pour construire mon raft), fil de fer, tenaille.

Matériel : Deux chambre à air de camion, une très grande (arrière) une moyenne (avant). Des sacs à gravats. Environ 10 bâtons de 2 à 3m en fonction de la taille des chambres à air et épaisseur variant du bras à l’avant-bras voir pour certaines parties, largeur du poignet. Du Bambou. De la corde.

La forme générale de la structure est un trapèze dont vous adaptez les dimensions à la taille de vos chambres à air.

Pour les photos, je n'avais pas à la base l'idée de faire un post donc je compose avec ce que j'ai retrouvé des photos de ma compagne, entre la construction de notre raft et de celui d'autres Boteros. J'espère que ce sera assez clair, mais on pourra clarifier avec des questions / réponses ensuite si ça vous plait.

L’étape numéro une est donc de donner cette forme trapézoïdale avec les 5 troncs les plus droits et solides possible dans le sens de la longueur, la traverse la plus longue à l’arrière et la traverse la plus courte à l’avant (je répète, en fonction de la taille de vos chambre à air). Pour moi, c’était environ 1m50 à l’arrière et 50cm à l’avant. On commence avec les bâtons les plus à extérieurs, puis on cloue le reste à égale distance. Une photo en cours de construction :



Pour les traverses, elles sont coupées au raz de la structure pour que rien ne dépasse. Du coup pour éviter que le bois se fendent, on fait une petite incision de faible profondeur aux extremités à la scie, on entoure avec du fil de fer que l'on entortille avec une pince pour le resserer. Il est important que le tortillon soit positionné sur le dessous (pour éviter de percer les chambres à air par la suite).



Puis on continue à clouer toutes les traverses jusqu'à obtention de la structure suivante :



On retourne ensuite la structure pour plier tous les clous à plat.

L'étape suivante, c'est la pose du "sol", ou on entrepose l'équipement, les passagers, etc. C'est très simple, il suffit d'ouvrir des bambous et clouer des bâtons de la bonne longueur pour maintenir par pression en "sandwich" :



La structure terminée, prête à recevoir les chambres à air :



Il s'agit ensuite de protéger les chambres à air avec un matériaux qui s'achète au Pérou dans tous les magasins, même matériaux que nos sacs à gravats. C'est une protection à l'abrasion mais en aucun cas et contrairement à ce qu'ils soutiennent, au percement :



Pour boucher la valve, après gonflage, on utilise un bouchon de papier toilette que l'on chapotte avec un morceau de plastique bien ficelé. Ca parait un peu punk, mais très efficace et pratique, surtout sur les chambres à air d'occase dont les valves sont toujours foireuses et qui demandent toujours un certain nombre de réparations  ;) (prévoir les rustines).



Enfin, pour fixer les chambres à air sur la structure, j'ai du mal à y mettre des mots donc voici en photos à quoi cela ressemble. Ce sont des sacs à gravats coupés en "tubes" qui sont utilisés. N'hésitez pas avec vos questions :





La pagaie ne sert pas réellement de propulsion, mais à gouverner pour rester dans l'axe du courant et éviter les obstacles en anticipant depuis très loin en amont. Une certaine surface des pales est importante.
Il suffit d'un bâton fin mais extrêmement solide et léger, de la longueur de vos bras ouverts (de l’extrémité des doigts d'une main à l'autre) + bout des doigts au sternum. On utilise les côtés d'une caisse de bière pour les pales que l'on cloue :



Longue vie aux amigos Boteros du Alto Inambari !






Quand ma compagne et partenaire d'aventure se décide à publier quelques photos : http://eetiski.tumblr.com/

28 avril 2018 à 13:29:54
Réponse #1

VERDUG0


put**n Merci Aleksi !

Ca fait du bien de lire ca

28 avril 2018 à 13:52:52
Réponse #2

Outdoorsman


Super intéressant.
C'est étonnant de voir les organes de flottaison par dessus la structure rigide. Les radeaux ont en général une construction inverse !
"On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du coté de la forêt. " Ivan Tourgueniev
"Là où il y a une volonté, il y a un chemin" Edward Whimper
"Dégaine toi du rêve anxieux des bien-assis" Léo Ferré

28 avril 2018 à 14:05:05
Réponse #3

Aleksi


Salut les gars, merci pour vos réactions  :)

Outdoorsman, très bonne question je suis content qu'elle soit posée. Plusieurs raisons à cela :

La construction inverse (que je pensais faire à la base) est efficace pour des eaux calmes lorsqu'on veut garder le matos et l'équipage au sec en dérivant tranquillement. Dans ce cas, il ne ce passe pas 5 minutes sans franchissement d'un rapide et ce ne sont pas des petits rapides. C'est vraiment du rafting a proprement parlé, pendant 2 jours non stop.

La structure (lourde) sous les organes de flottaison permet de baisser le centre de gravité sous le niveau de l'eau (un peu comme la quille lesté d'un voilier) pour augmenter la stabilité, diminuer le risque de chavirer, ce qui arriverait immanquablement dans le cas inverse.
Aussi, on percute fréquemment des roches submergées dans les rapides, l'armature fait office de protection. Avec le montage inverse, le raft ne tiendrait pas une demi-heure, je le garantis.

Je me suis donc plié au design "traditionnelle" de ces gens là, pour voir, et aussi car c'est un design qui fonctionne depuis des dizaines d'années sur cette rivière.
Quand ma compagne et partenaire d'aventure se décide à publier quelques photos : http://eetiski.tumblr.com/

28 avril 2018 à 17:53:19
Réponse #4

Merlin06


J'avais vu ce genre de truc sur une base de contreplaqué dans le livre Copains des Bois quand j'étais ado'.
Le bambou c'est bien, plantez-en. ;)
L'âme sûre ruse mal. ;)

29 avril 2018 à 08:52:45
Réponse #5

bloodyfrog


Merci pour ce partage sympa.

Descendre les cours d'eau en pneu de tracteur, ça me rappelle des souvenirs d'enfance, même si nos rafts étaient moins optimisés (plus souvent retournés, mais ça faisait partie de la descente...)

Je retiens l'idée de stabiliser par le fond de l'esquif.

Manu.

29 avril 2018 à 09:56:08
Réponse #6

Aleksi


J'avais vu ce genre de truc sur une base de contreplaqué dans le livre Copains des Bois quand j'étais ado'.

Tout à fait, j'y ai pensé aussi.
La structure du Inambari est quand même plus fiable, et j'ai pas pu trouver de contreplaqué dans la jungle péruvienne  :).
A noté, comme souvent, l'étape la plus longue de la construction est la collecte du matériel adéquat. Une fois cela fait, cela prend moins d'une demi journée pour construire le raft.
Quand ma compagne et partenaire d'aventure se décide à publier quelques photos : http://eetiski.tumblr.com/

30 avril 2018 à 02:28:22
Réponse #7

Raiderscout


 Super  :doubleup: ca rappelle des bons souvenirs  :love:

Tafdac pour la structure submergée. Une autre technique que j ai utilisé - mais cela dépend vraiment des cours d'eaux  - était de sous gonfler les pneus de tracteurs et de charger le radeau pour le tenir semi immerger. Cela réduisait l effet bouchon en maintenant la structure hors d eau. Le pendant, C'est qu en fonction du courant et de la profondeur on pouvait passer quelques heures a tremper à côté de l embarqua action pour l accompagner.

Sinon les cordes pour l assemblage nous bouffait les pneus, surtout en eau salee ou quand la boue chargée de silice se mettait dans les cordes.
Un truc pas mal pour l assemblage était de se servir d anneau découper dans les pneus. On attachait les pneus à la structure du radeau et aux uns aux autres en faisant un noeud de tete d alouette et en utilisant un martyr en bois. Super simple à monter et démonter mais pas facile à décrire ...

Idem pour les liens. C était surtout dû au fait que la corde était précieuse, mais l assemblage était fait de lanières découpées dans les pneus. Même  tendu à mort l assemblage gardait une certaine " souplesse" ou plutôt élasticité et le radeau absorbait bien les chocs.

Pas dit non plus que cela fasse serve pour l inambari mais pourquoi pas A d autres.

Merci pour ton partage super intéressant ;-)

Chris
"Be Prepared !"

30 avril 2018 à 12:04:57
Réponse #8

Aleksi


Salut Raidersout !

Oui c'est tout à fait le genre de modifs possibles que j'évoquais.
En ce qui concerne de sous-gonler, je suis d'accord et à priori ne vois pas d'inconvénient à cela du point de vue structurelle. Juste que dans ce cas avec la charge qu'ils transportent  :blink:, ce n'est même pas une option.
En revanche comme tu vois sur les photos, ils assemblent le raft avec des "lanières" découpées dans des sacs à gravats, en réalité des sacs à gravats coupé en tube. Assez peu de cordage est utilisé. Toujours un cordage de 50 mètres à la proue en revanche, pour passer "à pied" un rapide particulièrement mauvais.

Pour les liens sur la structure à la place des clous, idem c'est une modif possible et ils utilisent également des liens en pneu. Mais c'est seulement pour les raft courtes distance qu'ils utilisent ca, autrement à force de chocs les liens finiraient découpé en un rien de temps. Une solution serait de faire des entailles à la scie ou les liens sont placés, de manière à les protéger lorsque l'on touche des roches. Ca augmenterai le temps de construction par au moins un facteur 2 voir 3.

De rien pour le partage, avec plaisir  ;)
Quand ma compagne et partenaire d'aventure se décide à publier quelques photos : http://eetiski.tumblr.com/

 


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