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Auteur Sujet: Peur du sang, comment faire face ?  (Lu 618 fois)

14 août 2017 à 18:21:17
Lu 618 fois

Kimie


Bonjour,

Je me dis que ce serait bien que je remette à jour ma formation aux premiers secours, et j'aimerais bien pouvoir me comporter avec sang-froid dans une situation réelle. Mais entre l'envie de et la réalité, il y a fréquemment des écarts...
Je ne suis pas phobique, donc soigner les petites coupures sur moi ou sur un autre, ça m'est déjà arrivé. Mais, je ne sais pas comment seront mes réactions face à des accidents avec blessures graves.
Alors : y'a-t-il des astuces pour faire face, avant et pendant une situation ?

14 août 2017 à 18:46:14
Réponse #1

Hurgoz


Yo,

J'ai une amie qui a le même soucis, mais qui, le jour où elle a du faire (de mémoire, blessure à la tête sur un enfant): elle a fait sanG (  ;# ) se poser de question...bon après, quand elle c'est mise de nouveau à réfléchir, elle est devenue toute pâle et c'est mise à trembler. En attendant, elle a fait.

Je crois qu'avant de ce retrouver en situation, on "fantasme" ça réaction, et c'est plus de là que nait le blocage.

Tcho

Hugo
"Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression." DUDH

14 août 2017 à 18:58:10
Réponse #2

azur


La meilleure réponse, c'est l'entrainement, l'exercice... répéter, répéter les gestes de base qu'on doit faire en cas de "premier secours" (c'est là où le PSC1 trouve ses limites avec une formations hyper courte). C'est d'ailleurs l'un des aspects intéressant des stages du CEETS avec de fréquentes mises en situation.
Malheureusement, trouver une structure qui propose ce genre d'entrainement risque d'être délicat, hors organismes de secours.
Il reste la possibilité de s'exercer à son niveau ou, le mieux, à plusieurs (ce qui permet de mieux voir les erreurs), sur les gestes les plus simples, les réflexes les plus basiques, et en analysant à postériori ce qu'on a bien fait ou mal fait.

La répétition présente 2 avantages:
- cela permet de rendre les gestes presque réflexes, ça évite de perdre du temps à se demander quoi faire.
- à force de répéter des situations d'urgence, le jour où l'urgence survient, on est moins éloigné d'une situation connue que si on ne s'entraine jamais... Du coup, la panique risque moins de survenir puisqu'on aura quelques bases sur lesquelles s'appuyer.

Dans le feu de l'action, quand le cerveau se "déconnecte" et que la capacité d'analyse disparait, tu te raccroches instinctivement à ce que tu sais faire... d'où l'utilité de pratiquer.
Tout le monde savait que c'était impossible... est venu un idiot qui ne le savait pas, et qui l'a fait!

14 août 2017 à 19:31:11
Réponse #3

Chill


'llo Kimie,

L'astuce que je connaît est la même que celle d'Azur, c'est de maîtriser ses gestes. Passer du geste "magique" à celui "rationnel", dont on connaît le pourquoi et le comment. Cela passe par la résolution fréquente de cas simples, sous un regard critique : l'entrainement.

80% du job du 1er intervenant sur "gros" accident domestique ou voie publique, c'est :
  • Protéger : éviter que le nombre de victimes augmente. Supprimer la cause ou soustraire à la cause.
  • Alerter : faire venir les secours compétents en nombre suffisant.
Puis, dans le laps de temps de leur venue :
  • Contrôler les hémorragie (On en parle pas mal par ici)
  • Assurer la liberté des voies aériennes ;
  • Éventuellement commencer un massage ou refroidir une brûlure ...
  • Le plus souvent rassurer, couvrir et les aider à ne pas bouger (Si hors de danger)
Après quelques interventions ou simulations réalistes, quand tout ceci est passé du "Cérébral" vers les "Tripes", on agit avec l'esprit libre pour traiter les singularités du cas.

Un recyclage fait toujours du bien. Il y a des assos qui "recyclent" le PSC1 gratos ou presque. Rencontrer les moniteurs et instructeurs pour savoir quand compléter une session, ou se proposer comme "cobaye", ce qui est aussi instructif.

Pour les salariés, être et rester SST passe par des recyclages sur le temps de travail.
Rappel : un SST en cours de validité a l'équivalence PSC1.

   Chill.
"Un sauveteur isolé est en mauvaise compagnie."

14 août 2017 à 20:06:09
Réponse #4

Kimie


Salut les gars,

merci pour vos réponses.
+1 pour l'idée d'entraînement.

il y a de nombreuses raisons à la source de la peur du sang. Chez moi, c'est l'identification à la personne blessée - sa douleur - qui me fait mal à l'aise devant les images de blessés, réels ou de fiction (documentaires ou films TV).
ç'est vrai que ce genre d'images fait fonctionner la machine à fantasmes - pour reprendre le terme de Hugo.

PS : et j'aimerais bien un jour participer à un stage du CEETS  ;D
« Modifié: 14 août 2017 à 20:11:10 par Kimie »

14 août 2017 à 20:57:13
Réponse #5

Al Bundy


L'entrainement peut être un plus mais n’empêchera pas à coup sur une réaction incapacitante
De mon expérience je dirais que l'entrainement réel est la seule option (déjà pour te tester si tu n'a jamais été confronté à quelque chose de "choquant" et sinon pour justement entrainer ces confrontations)
Après 12 années de préhospitalier y a toujours des trucs qui me rebutent un peu de temps en temps, ça n’empêche pas le professionnalisme mais la déstabilisation est à contenir fortement

Être libre consiste dans le fait de tirer du seul exercice de notre vie le sentiment de contentement. N.G.

15 août 2017 à 10:20:54
Réponse #6

Kimie


Hello tous  :)
la déstabilisation est à contenir fortement

oui. comment contenir, ou en tout cas reculer le seuil où on risque de tourner de l'oeil ou de rendre son repas ?  :closedeyes:, that's the question
Quelques techniques de sophro ? techniques respiratoires, visualisation... ?
Tu fais comment ?

15 août 2017 à 10:55:40
Réponse #7

Al Bundy


Hello tous  :)
oui. comment contenir, ou en tout cas reculer le seuil où on risque de tourner de l'oeil ou de rendre son repas ?  :closedeyes:, that's the question
Quelques techniques de sophro ? techniques respiratoires, visualisation... ?
Tu fais comment ?

Si t'as jamais vu de grosse hémorragie, de membre en putréfaction avec odeur pestilentielle, de détresse psychologique ++ ou autres, je ne sais pas s'il est possible d'anticiper ta réaction à cela
Si tu respires profondément à coté d'une gangrène je pense que tu gerbes direct lol
Je n'arrive pas à respirer par la bouche quand ça arrive par ex, je préfère encore encaisser l'odeur, c'est personne dépendant. Pour les soins à pratiquer dessus, ben de la concentration pour contenir, ça reste une expérience d'exposition à un stimulus désagréable, ça évolue avec le temps sur certains, moins sur d'autres
Et je ne sais pas si pratiquer du conditionnement pour quelque chose que tu n'exerces jamais est très utile
Tu verras le jour J, tu ne peux pas agir avec professionnalisme et compétence sans être un professionnel compétent, tu vois ce que je veux dire ;)

Être libre consiste dans le fait de tirer du seul exercice de notre vie le sentiment de contentement. N.G.

15 août 2017 à 11:55:19
Réponse #8

kastor


Je ne suis pas phobique, donc soigner les petites coupures sur moi ou sur un autre, ça m'est déjà arrivé. Mais, je ne sais pas comment seront mes réactions face à des accidents avec blessures graves.
Alors : y'a-t-il des astuces pour faire face, avant et pendant une situation ?

Une phobie peut s'exprimer à différents niveaux d'exposition /de tolérance.
Le souci avec l'hématophobie c'est qu'elle induit une réaction du nerf vague (blood, sweat and fear
 : a common phobia's odd physiopathology- univ de stanford) et qu'en cas d'exposition au delà du seuil de tolérance, c'est shutdown pour toi.

Une bonne manière d'anticiper c'est le recours à l'exposition progressive avec l'aide d'un spécialiste via par exemple une thérapie cognitive et comportementale. C'est très efficace pour ce genre de situation ("Études d’évaluation de l’approche
cognitivo-comportementale", inserm).

15 août 2017 à 12:15:38
Réponse #9

fan


Avec un peu d'expérience, je dirais que la victime ou les témoins sont des humains aussi et que ce qui est gore pour toi l'est en général aussi pour les autres.
Sans parler de sang ou de chose grave:
-retirer un tampon hygiénique oublié depuis quelque temps, tu peux faire comme tu veux tu va être à deux doigts de vomir
-ouvrir un pansement et trouver un ulcère de jambe nauséabond avec des asticots frétillants, pareil.
Et tu réagis comme tu peux dans ces exemples-ci pour sauver la dignité de l'autre et excuser ton vomi.

Pour les premiers secours, 100% d'accord avec Al Bundy: il y a les professionnels qui maitrisent les gestes , parce qu'ils les font souvent et les autres qui vont faire ce qu'ils peuvent. Le pire c'est de se prendre pour un pro alors qu'on ne l'est pas. Alors oui, face à une urgence quand ce n'est pas ton job: la voix tremble, les jambes tremblent, le palpitant s'affole. Pas moyen de faire autrement.
Je ne suis pas une pro de l'urgence.... j'ai tous les symptômes! En faisant des formations j'ai vu que les autres n'étaient pas plus pro que moi. Ceux qui m'effrayaient le plus ce sont ceux qui se croyaient plus compétents que les autres.
Alors en situation de premier secours, savoir mutualiser les compétences des personnes présentes et appeler le 15 ou le 112 en France pour alerter mais aussi pour être conseillé sur la conduite à tenir.

Si la situation était vraiment traumatisante pouvoir en parler  ensuite me semble utile (le débrief). En parler avec des gens qui comprennent , et aussi savoir passer à autre chose (retourner à la vie normale).

Les formations permettent d'appendre des gestes et de constater que les autres personnes qui se forment sont en général comme toi: pas sûres d'elle-mêmes pour la plupart et tant mieux car une personne peu compétente et sûre d'elle est dangereuse. Et une simple mise en situation lors d'une formation ( on disait que tu es appelée par la voisine dont le mari est tout bleu après avoir mangé des cacahuètes avec son apéro...Action!): t'as déjà les jambes qui flageolent et le coeur à 120...je trouve que ça donne un bon aperçu!  Et il n'y a plus de techniques pour empêcher la sueur de peur qui pue sous les bras..etc


Une pomme par jour éloigne le médecin...à condition de bien viser!

15 août 2017 à 14:36:25
Réponse #10

Chill


Une nouvelle pièce dans le juke-box : les "Professionnels" !

Citation de: fan
il y a les professionnels qui maitrisent les gestes , parce qu'ils les font souvent et les autres qui vont faire ce qu'ils peuvent.
Qu'entends-tu par Professionnels ? Juste ceux qui font souvent les gestes ?  Car l'immense majorité des intervenant sur accident (domicile & voie publique ) ne sont pas des "professionnels" au sens où l'activité "secours" n'est pas leur gagne pain principal.
Qui sont les professionnels ?

Les sites de la Sécurité Civile et des Pompiers Français convergent sur :
246 900 pompiers (193 800 volontaires, 40 800 fonctionnaires territoriaux, 12 300 militaires) + 2 500 renforts  (dont 1 500 UIISC)+ 250 000 bénévoles associatifs
Soit 193 800 + 250 000= 443 800 non professionnels pour 40 800 + 1 000 fonctionnaires et 13 800 militaires.

Soit environ 1 pro/9 intervenants. A méditer. Et je remercie cet état de fait au moment de régler mes impôts (qui servent aussi à former des professionnels de santé compétents)

Citation de: fan
Le pire c'est de se prendre pour un pro alors qu'on ne l'est pas.
L'important est de connaître ses limites : 80 à 120 heures de formation initiale au secourisme ne donneront à personne un CAP de Toubib, pas plus qu'un Doctorat de Secourisme. Par contre, celui qui a appris, répété et compris les techniques, qui en connait le pourquoi et le comment, va les dérouler avec moins de parasitage émotif à 2 heure du matin, dehors, sous la pluie, de retour de fête. Qu'il soit caporal à la BSPP ou à Lyon, SPV à Trifouilly-les-Oies ou bien secouriste avec Hurgoz.

Il faut savoir rester humble.


Revenons au sujet du fil.

Citation de: fan
face à une urgence quand ce n'est pas ton job: la voix tremble, les jambes tremblent, le palpitant s'affole.
Oui, mais non.
Il est attendu du citoyen qu'il porte secours sans risque pour lui ou les tiers. Le minimum minimorum c'est la Protection et l'Alerte. Tu le dis :
Citation de: fan
appeler le 15 ou le 112 en France pour alerter mais aussi pour être conseillé sur la conduite à tenir.
Si tu décides d'effectuer des gestes, ils t'auront été "suggérés" ou confirmés par le PARM ou le stationnaire.
Dans ce contexte, l'action remplace souvent la réflexion, certaines fois avec des effets bizarres.
[anecdote]
J'ai connu un couple qui, enrhumé, toussant et reniflant, est tombé sur un crash à un carrefour en rase campagne. Il a été subitement et temporairement entièrement guéri de ses maux. Pour mieux se moucher après dans les draps du VSAV ...
[/anecdote]

Ce qui est certain, c'est que l'inconnu effraie ; le connu beaucoup moins.
  • Si le geste est "magique", a-t-on pratiqué le bon enchantement ?
  • Si le geste est "technique", en a-t-on respecté les points clefs ?

Bref : Mental & état d'esprit, connaissances, savoir faire, ... Tout ce que peut apporter une bonne formation, et des recyclages !

    Chill.
« Modifié: 18 août 2017 à 09:47:24 par Chill »
"Un sauveteur isolé est en mauvaise compagnie."

15 août 2017 à 18:48:05
Réponse #11

aliɔs



Je ne suis pas phobique, donc soigner les petites coupures sur moi ou sur un autre, ça m'est déjà arrivé. Mais, je ne sais pas comment seront mes réactions face à des accidents avec blessures graves.


Je ne m'étais jamais vraiment posé la question avant. J'avais l'impression que je "ferai"
Après réflexion, je ne sais pas comment je réagirais face à un accident grave du genre membre d'un cycliste écrasé par la roue d'un camion (c'est arrivé près de chez moi).
Je pense que l'on fait pour le mieux ou pour le moins pire.
Prévenir les secours, éviter un sur-accident et tant pis si je ne peux faire plus...

Pour la vue du sang tu pourrais faire un don de sang (si ce n'est pas déjà le cas).
C'est l'occasion de voir les poches de sang et d’étudier ses réactions. Ou bien de regarder ailleurs ! 

23 août 2017 à 20:32:18
Réponse #12

Al Bundy


J'ai pensé à toi aujourd'hui
Intervention pour "station au sol depuis plusieurs jours"
A notre arrivée (attention ça peut choquer?): https://www.youtube.com/watch?v=zO8Dq40VZZA
Je ne parle pas du reste du corps (la personne est vivante)
2 médecins, 1 infirmier, 3 ambulanciers: Personne n'a fait le malin  ;#
Et clairement les comportements étaient teintés de dégout (manque l'odeur sur la vidéo lol), et bon pas de technique miracle, on s'est dépêché (sans bâcler) et on a enduré
Si l'un avait du défaillir, les autres auraient été la pour la prise en charge
Voila voila
Être libre consiste dans le fait de tirer du seul exercice de notre vie le sentiment de contentement. N.G.

23 août 2017 à 23:30:17
Réponse #13

Kimie


Hello les gars,

merci à chacun pour vos réponses.

On a évoqué la question du professionnalisme. Avec l'expérience, je me dis que la position professionnelle c'est qui nous  apprend à partir de la confrontation de nos limites.
"ça ne s'est pas passé comme prévu, on fera autrement la prochaine fois".
Je peux imaginer bien des choses de mes réactions, mais c'est sur le terrain que je saurais ce que mes expériences ou mes formations auront apporté ou pas.
Le statut de professionnel n'influence que très peu les ressources internes d'une personne, je crois. La différence entre le non-professionnel et le professionnel, c'est l'engagement par rapport à un contrat qui désigne le cadre et donc l'éventuelle faute "professionnelle" par rapport à l'attente sociale (celle de l'institution, du public, des paires vis-à-vis du-dit professionnel.
hum, je m'écarte un peu du sujet^^.

Al bundy,
chapeau d'avoir supporté une telle situation en gardant le cap : soigner malgré tout.
J'ai juste jeté un coup d'oeil, et cela m'a suffit... L'image est violente (on imagine l'état du reste de la personne et les efforts que ça représente pour les intervenants pour conserver son calme et continuer à travailler). j'espère que tes co-équipiers et toi avez trouver des lieux pour "évacuer" la charge émotionnelle de ces interventions si difficiles.

Je vous dis à bientôt, vendredi, je pars pour marcher vers Compostelle  :)

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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