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Auteur Sujet: laisser ou aider ? clochard bourré ou personne faisant un malaise ?  (Lu 845 fois)

11 septembre 2016 à 16:11:21
Lu 845 fois

Tong


survie urbaine, entraide ou indifférence nécessaire

ça part d’une expérience personnelle que je partage

un jour, une femme mal en point, me demande d’appeler les pompiers, elle fait un malaise, elle connait l'origine de son problème, un nom que je n'ai pas retenu.
En attendant les secours, elle me raconte sa vie, ancienne droguée, tous ces amis sont décédés, elle se sent seule, elle est la seule survivante mais avec des séquelles, sa santé est très mauvaise.
Les pompiers arrivent, m'engueulent car c'est encore cette femme alcoolisée qui les fait se déranger si souvent.

un autre jour, quatre personnes tirent un vieil homme, aux habits soignés, de la route vers le trottoirs. Je passe, me disant que je ne servirais à rien, m’arrêter ne servirait qu'à assouvir ma curiosité.
quatre heures après, il fait nuit, il n'y a plus personne dehors, mais je repasse au même endroit, et là, le choc : le même homme allongé au même endroit, un lieu très très passant, entre une gare et un supermarché d'une ville ultra urbaine.

ma première pensée, c’est que les pompiers sont déjà venu et ont refusé de le prendre en charge car il était bourré, ou alors ils ont même refusé de venir ?

je me sens complètement impuissante, seule, sans connaissances utiles, avec la culpabilité d'avoir déjà dérangé les pompiers pour rien, et cette fois ce sera la même chose,
et puis il n'y a rien à faire, il est là, allongé. il faudrait le protéger du froid du sol, mais c'est un lieu où j'ai peur de passer, qui devient désert et mal fréquenté la nuit. Ne serrait il pas un danger pour moi, lui si balaise s'il était en fait conscient et méchant ?
alors choquée, très choquée, je continue mon chemin, l'homme inconscient par terre et me demandant bien ce que je pourrai faire de plus que les quatre avant, les centaines qui sont sûrement passées durant les heures précédentes. et cette question : pourquoi tout ces gens l'ont laissé là ?


11 septembre 2016 à 17:01:06
Réponse #1

Chill


Situation malheureusement courante.

Avec la disparition des œuvres de charité, le report sur "les Urgences" du traitement des problèmes de santé physique et morale, la gestion par "centres de profits", on arrive à ce qui ressemble à des impasses.

Chaque centre de secours a ses "habitués", ses "cas soss". Tant que le chef de centre ne discute pas avec les services sociaux de la commune ou toute autre instance d'aide, on tourne en boucle. Les secours public, les "pompiers", ne sont que des instruments de la volonté politique. Il existe quelques solutions, mais administrativement pénibles, elles sont rarement mise en œuvre.
Cependant l’appelant n'a pas à être rabroué.

Si il y a demande d'aide, le 18 ou le 112 envoie le moyen adapté ou transfert au service compétent. Et si il décide d'envoyer un moyen, la victime doit disposer de la même attention, la même prise en charge que les autres : Rien ne ressemble plus à un état éthylique qu'un traumatisme crânien.

Pour l'allongé sur le trottoir : oser aller vers l'autre n'est plus dans nos coutumes.
Tant qu'il n'y a pas péril imminent (il respire et est conscient), le défaut d'assistance n'est pas punissable. Il reste à vivre avec sa propre conscience.

Je reconnait que, piéton sur les Champs Élysées, j'ai fait des écarts pour éviter des "loques" ;  alors qu'en générale, en province, ça me coûte une couverture de survie quand le 115 me dit qu'il n'ont plus de maraude.
La question ne se pose pas quand il est inconscient : LVA, PLS, alerte. et j'y perd encore ma couverture  :)

Pourquoi ces gens sont laissés là : parce que nous sommes dans un pays Libre ...
Les dictatures et pouvoirs Forts nettoient leurs rues des "parasites sociaux", ce n'est qu'un constat.

   Chill.
"'Un sauveteur isolé est en mauvaise compagnie."

11 septembre 2016 à 17:44:38
Réponse #2

Hurgoz


Yo,

vais vous raconter une petite histoire qui m'est arrivée il y a de cela une année ou deux.

J'habite dans un coin charmant entouré de montagnes, et mon balcon me donne une vue imprenable sur celles-ci. Du coup, le soir, j'aime bien fumer ma clope en regardant les formes, les étoiles.

Un soir, je vois une lumière qui strobe sur l'une d'elle. Je change d'angle de vue, toujours là. Je sort la longue-vue: ben il y a une lumière qui strobe dans le noir. J'attend un peu,  j'ai l'impression que la lumière bouge et strobe toujours...bon: le coin est au dessus d'une route qui sillonne une gorge dans laquelle un accident serait tout à fait probable. Je prend un sac à dos, y fourre de quoi porter assistance et saute dans titine. J'essai de suivre la lumière mais la perd de vue en traversant le village. Comme je connais un peu le coin, je me rapproche de la source, vais faire un tour dans les gorges, mais pas d'accident et impossible de la retrouver.....je rentre donc et me recolle la truffe sur mon balcon: toujours là......j'ai mis un moment à me décider, mais in fine j'ai composé le 15. Ceux ci ont envoyés les flics qui patrouillaient, eux aussi sont tracé direct dans les gorges avant de m'appeler. On c'est donné rdv et je les ai amené du point de vue....réflexion, gratage de tête, jusqu'au moment où l'une a eu l'idée lumineuse (cas de le dire): "c'est pas le strobe d'une grue???" Et en effet, c'était bien ça, et les feuilles d'un arbre entre nous et elle donnait l'impression d'un mouvement.....ouais c'est con, mais de mon point de vue, j'aurais été là haut dans la m*rde, et un bonhomme aurait vue le strobe et n'aurait rien fait, franchement, je l'aurais eu mauvaise....vraiment!

A un moment, si on compose le 15, qu'on donne les bonnes infos, c'est aux régulateurs d'estimer si oui ou non les secoures sont nécessaires. Et je préfère mille fois me planter et avoir l'air un peu couillon que de laisser quelqu'un et d'apprendre le lendemain qu'il y a eu un mort qu'on aurait peut être pu éviter.

Dans le cas des SDF, c'est la même chose: tu estimes du mieux que tu peux, et si tu as un doute, les régulateurs du 15 sont sensés te permettre de lever le doute (au mieux, au téléphone). Un déplacement inutile est toujours mieux qu'un mort (et si c'est un soir chargé en inter, eux peuvent gérer un planning).

Mais c'est aussi pour cela qu'il est important de se former: on acquier des savoirs qui permettent, éventuellement de distinguer une urgence d'une somnolance......

Tcho

Hugo
« Modifié: 11 septembre 2016 à 17:50:24 par Hurgoz »
"Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression." DUDH

11 septembre 2016 à 20:05:07
Réponse #3

Merlin-Max


Le délicat équilibre entre le "bon samaritain" et "vie privée", à chacun de placer le curseur où il le souhaite et d'assumer le mieux possible, pas simple.
L'arbitrage est souvent flou dans les cas citées ci-dessus, en revanche lorsqu'il s'agit d'un évènement clairement identifié comme critique on se pose moins de questions et c'est tant mieux.

Une chose de sûre au risque de répéter, être formé c'est bien, ça sauve des vies. ;)
L'âme sûre ruse mal. ;)

11 septembre 2016 à 20:46:18
Réponse #4

Chill


Je n'avais pas percuté, mais ...

Citation de: Tong
je me sens complètement impuissante, seule, sans connaissances utiles, avec la culpabilité d'avoir déjà dérangé les pompiers pour rien

Pourquoi eux ?

Le 18, les pompiers, c'est pour le sauvetage : feux, accident, noyade, etc. Là ou des outils sont nécessaires, des équipements bizarres (masques, LSPCC, échelles, ..) indispensables.

Le 15, c'est pour intervenir sur un humain qui ne va pas bien, sans notion de sauvetage, sans difficulté d'accès. A domicile ou sur voie publique.

Le 17, c'est un appel à la force publique.

C'est très franchouillard ce découpage. Maintenant composons le 112 : numéro unique de demande de secours. Il arrive un peu au petit bonheur la chance, mais de plus en plus de départements en profitent pour créer des salles de réception concentrant les différents intervenants. On va dans le bon sens   :doubleup:

Il est vrai que depuis les années 70 les SP se sont organisés et équipés pour assurer le secours à victime. Ils ont rempli un vide (Il y avait bien Police-Secours dans les villes  ::) ). Mais ils saturent et cette situation amène la réaction que tu cites :
Citer
Les pompiers arrivent, m'engueulent car c'est encore cette femme alcoolisée qui les fait se déranger si souvent.

Quand à savoir qui arrive après l'appel : ça dépend !
Quoi qu'en pense certain, l'appel au 18 ou au 15 peut faire arriver des non professionnels ! si, si !
Même les Pompiers de Paris utilisent des associatifs (CRF, ADPC, Œuvres de Malte) dans leurs CS pour décharger un peu la contrainte opérationnelle. Pour la province, comptez 1 SPP pour 9 SPV, pas associatifs, mais pas pro.
Itou pour le 15 à Paris, dans les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne. Il y a des associatifs qui vont faire le tri sur le terrain. Car les professionnels sont peu nombreux, n'ont pas le même taux horaire et ont moins de bases de départ, donc des délais plus long  ;)

    Chill, distrait par on ne sait quoi ...
« Modifié: 14 septembre 2016 à 17:28:58 par Chill »
"'Un sauveteur isolé est en mauvaise compagnie."

11 septembre 2016 à 20:49:44
Réponse #5

BZH


Et quand ils ne sont pas la guéguerre entre les bleus et les blancs...

11 septembre 2016 à 21:47:19
Réponse #6

BZH



A un moment, si on compose le 15, qu'on donne les bonnes infos,

Mais même si on les donne...

1° cas, patient PMD avec 48 médocs par jour (j'ai bien inscrit 48), comportement semi-comateux, essaie maladroitement de me frapper, ce qui est contraire à son habitude.

Appel du 15, refus de la moindre ambulance "il verra cela avec son médecin de famille le WE passé".Je rappelle, idem, je décline nom prénom et fonction "pourquoi vous dites cela?" "j'ai bossé au SMUR , c'est enregistré je décline donc toute responsabilité

Ambulance arrivée 20 mns plus tard, appel médecin urgentiste "qui a décidé de l'évacuer""félicitations, vous l'avez sauvé, il lui restait quelques heures à vivre", a fait 6 semaines de réa

2° cas, patient comateux dans un appartement rempli de selles (dans les 2 cms partout dans le logement, plusieurs mois), médecin du 15 ne veut pas l'évacuer malgré le score de glasgow...début d'engueulade au téléphone, envoie deux petites ambulancières qui avaient bien du mal dans les escaliers ("pas besoin des pompiers" dixit l'expert), évacuation par hélico car sonde ventriculopéritonéale bouchée, sauvé in extremis....

Alors, un clochard bourré  :down:....notre société s'est ensauvagée.
« Modifié: 11 septembre 2016 à 22:14:02 par BZH »

03 janvier 2017 à 20:09:27
Réponse #7

Snikt


Aider,
car derrière l'apparence de l'alcoolémie il peut y avoir un autre problème.
Expérience perso :
on va chercher un mec chez lui complétement saoul, le mec est à terre, il a vomi autant qu'il a pu.
On prend ses constantes, à priori rien qui va mal, sauf qu'une fois dans l'ambulance il se remet à vomir et là perte de connaissance avec asymétrie des pupilles et une gêne respiratoire dû à un morceau d'aliment...
Voilà juste pour dire que sur un "habitué" qu'on délaissera parce que ras la casquette, justement cette fois là ça sera peut-être fatale.


03 janvier 2017 à 21:30:40
Réponse #8

Hurgoz


Yo,

Sans compter que même une grosse cuite, ce n'est pas anodin, d'autant plus lorsqu'on ne connait pas les antécédents.

Après, une autre solution c'est le SAMU social (115) qui organise des maraudes et a du personnel formé et sensibilisé à tout un tas de trucs comme la psychologie, etc

Tcho

Hugo
"Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression." DUDH

03 janvier 2017 à 21:53:02
Réponse #9

dkjm


Je plussoie avec tout ce qui a été dit, il vaut mieux appeler pour "rien" que ne pas appeler si nécessaire.
C'est valable non seulement pour tout ce qui concerne la santé mais aussi la sûreté (une personne louche à un endroit où elle ne devrait pas être, on note la plaque s'il est véhiculé et on compose le 17).

Parfois une vie tient à quelques minutes prises pour appeler les secours ... Le pompier n'a pas à engueuler la personne qui appelle parce qu'elle voit un homme inconscient même s'il s'agit d'un "cassos" local ... Ça fait parti du job de s'occuper de ces personnes souvent en détresse ...


Bref, pour répondre à la question : ne jamais laisser, toujours aider mais de la manière la plus adaptée (entendre par là, sans se mettre en danger)

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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