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Auteur Sujet: Survivre...et après ?  (Lu 4881 fois)

09 décembre 2014 à 21:37:42
Réponse #25

curwood


Hi, Anke ;)
C'est dur de rentrer le soir  l'esprit serein.
C'est  le job,on fait notre job.
C'est vrai, qu' après les affres psycho-existensielles de certains de nos contemporains ...
Comment dire...

10 décembre 2014 à 00:56:17
Réponse #26

Tekkel


**Post-Fleuve**

Je lis un point commun à ces récits et je me permets d'apporter ma pierre à l'édifice, à partir de l'analyse de mon vécu (qui n'engage que moi, donc):

Mon problème de "l'après" tourne autour du choc, et/ou la culpabilité de l'impuissance. Impuissance à sauver ou à se sauver soi-même, physiquement et mentalement.

Je le reformule ainsi : A un moment donné, j'ai été incapable de conserver une forme d'intégrité physique et/ou mentale, une sorte de schéma/coquille qui m'apportait l'équilibre dans mon rapport intérieur<=>extérieur. Je me sens coupable/inadapté/incapable.

Ce traumatisme, bien que passé, continue de me poser ses questions :
- Pourquoi moi ?
- En quoi est-ce un échec ?
- Qu'est-ce que cela dit de ma vision de ma valeur d'être humain ?
- Qu'est-ce que cela dit de ma vision de l'humanité en général ?

J'ai eu quelques discussions avec des soldats plus ou moins gradés et pour eux  les questions suivantes se posaient aussi :

- Qu'est-ce que MA normalité ?
- Qu'est-ce que LA normalité ?

Pour moi, l'exemple du soldat renvoyé à la vie civile qui reste hanté par son vécu est le plus parlant :

- Il a intégré des capacités/réactions émotionnelles nécessaires à le rendre performant/efficace.
- Il a été sur le terrain et a vécu le traumatisme de se sentir non-performant/inefficace/dépassé.
- Il est renvoyé dans une normalité qui n'est plus la sienne et dont les valeurs lui sont différentes voire étrangères.
- Il se retrouve isolé, hanté par son vécu, incapable de le passer NI par le filtre des ses capacités passées car inopérantes là où il est, NI par le filtre des capacités/réactions émotives type qui l'entourent car trop ordinaires, maigres, simplistes pour gérer l'extra-ordinaire.

Au final :
Après le traumatisme, comment se re-définir ? A partir de quoi et comment ?

Je pense qu'à plusieurs échelles, il en va de même pour les sauveurs de profession ( soldats, pompiers, santé ) ou de vocation ( bon samaritains, actes citoyens...) qui n'y arrivent pas.
Il en va aussi de même pour l'individu lambda quand il s'agit de se sauver lui-même d'une menace, sans succès.
Il se retrouve dans la situation de devoir se re-définir dans SA normalité/SES valeurs (pensée) qui lui semblent tout à coup hostiles, car incapables de gérer ce qu'il a vécu (émotion).


C'est une vision assez froide et méthodique, parce que la réalité, c'est que chacun est complètement bouffé par ses émotions et ses sentiments.
Pour moi, le traumatisme ce sont ces affects qui tournent en boucle et dont on n'arrive pas à sortir.
La pensée n'arrive pas à passer au-dessus d'eux ni à les arrêter. Pire, elle passe à travers eux, se construit en eux pour justifier ce que l'on pense être ou ce que l'on fait ensuite.

En gros je te paraphrase Al Bundy, mais où tu parles de mémoire et de pensée, je préfère parler d'émotions et de ressentis car je vis le phénomène comme un processus viscéral.

Mon idée a été ( est toujours ) de ramener ces émotions qui tournoient dans les profondeurs, à la surface, dans ma pensée consciente. Et de les passer à la moulinette de l'analyse rationnelle, froide et méthodique.
Quand je me sens partir en vrille, je me pose, je m'observe, je démêle par des mots précis petit à petit, cette monstrueuse pelote qui m'étouffe.
Parler, écrire, parler encore, raconter, re-dire mais différemment.
Pas forcément ce qu'il s'est passé. Parfois il s'agit juste de poser le vrai nom de l'émotion qui tente de me submerger.
Je pose mes tripes sur la table et j'inspecte. Les émotions-paravents comme la rage, la colère, cachent souvent l'angoisse, la peur, la honte...

La méthode ci-dessus est une forme d'auto-analyse que j'ai apprise à travers la lecture de livres sur le développement personnel et donc j'ai beaucoup parlé avec ma psychiatre. Elle marche plutôt bien dans les phases aïgues comme les terreurs noctures, ou quand un stimulus extérieur (comme une odeur, une situation) tire un élastique du passé trop violemment et que l'on se retrouve catapulté dans son enfer personnel.
Par contre, les conséquences à long terme d'un traumatisme étant plus profondes et plus sournoises, il m'a fallu des dizaines d'années (et certaines grosses auto-baffes durant la psychothérapie) pour en comprendre les causes et conséquences sur mes choix et comportements à priori anodins.

L'esprit a des manières parfois tordues de se protéger.
Puisqu'il est question de "survivre à" et "survivre après", je pense que la résilience peut prendre des formes difficiles à accepter. On est dans le choix du pire et du moins pire, et pas dotés des mêmes cartes pour choisir.
Comprendre de quelle manière s'est installée sa forme de résilience et accepter que l'on ait pu se faire du mal en prenant celle-ci plutôt qu'une autre mais qu'à ce moment là, on a fait au mieux, avec ce que l'on avait...C'est violent. Et salvateur.
Cela veut dire que l'on peut encore évoluer, faire mieux avec ces nouvelles cartes en main.

Pour moi, "l'après", c'est "faire avec".
Faire au mieux, faire de son mieux, pour retrouver l'équilibre, accepter ce qui a changé, ce que l'on est devenu, faire de ses faiblesses une force.

10 décembre 2014 à 15:47:56
Réponse #27

Camaro


C'est vrai qu'il n'y a pas de maniere uniforme de gerer l'apres d'un evenement traumatisant. Je crois que cette gestion est fortement tributaire de notre personnalite avant l'evenement.
J'ai toujours ete assez optimiste durant mes "avant" et cela m'a mene a encore plus aimer la vie dans mes "apres". J'ai arrete de me plaindre pour des c*nneries et je savoure tous les instants de cette vie si fragile.
J'ai un toit sur ma tete, a manger dans mon assiete, une sante correcte et des amis bienveillants. C'est l'essentiel. Tout le reste c'est du bonus.

Mais j'ai lu plus haut une chose qui m'interpelle. C'est effectivement plus facile de positiver si l'on sait que l'evenement ne se reproduira pas. Si l'evenement est recurrent, l'angoisse que la prochaine fois soit celle de trop, ca peut empecher d'etre serein.

Ce qui moi m'a beaucoup aide c'est de pouvoir en parler. Mais il y a des choses qui ne peuvent etre comprises que par ceux qui les ont vecues aussi. Un psy sait ecouter sans juger, mais il ne peut pas comprendre, et donc il lui est tres difficile de m'aider a comprendre.
Or je crois qu'il y a trois etapes consecutives dans le cheminement : (se) comprendre, (s')accepter, (s') aimer.
Mais comment passer a l'etape 2 si l'on n'a pas reussi la 1 ?
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

10 décembre 2014 à 19:27:53
Réponse #28

Al Bundy


 Il faudra alors distinguer le psycho-traumatisme "réel" (en tant que syndrome diagnostiqué, entrainant la modification de la chimie du cerveau et toutes les autres manifestations) de l’événement qui peut choquer, bousculer, titiller sans provoquer ce syndrome.
Ex;-J'ai frôlé la mort et suite à ça mon esprit et mon corps sont parti en sucette
    -j'ai vu des horreurs dans mon boulot qui m'ont mis mal, provoqué des interrogations en tout sens, sans pour autant engendrer un dérèglement psycho.

Dans le premier cas la guérison est un processus de résilience abouti, dans l'autre cas on relativise, on fait avec, on va de l'avant, même si il y a des points commun tel que les souvenirs dérangeants, on ne peut pas parler de ces deux type de stress sans les distinguer.

Est ce utile de parler des psys...les ologues les iatres les chanalystes and co, peut importe la spécialité, les compétences de la personnes sont très aléatoires (entrent ceux qui médiquent sans chercher, ceux qui ne savent pas poser de diagnostics etc) et trop aléatoires pour en faire des généralités, non?

Si on se réfère aux études, aux expériences, et à la littérature de Mr Cyrulnik par ex, il existe bien (est il le seul?) des psy qui comprennent!

Ceci étant éclairci, positiver si l'on sait que l’événement ne se reproduira pas, est ce que cela veut dire créer un évitement?
Je vois la dedans plutôt une béquille temporaire (toute béquille qui empêche de tomber est valable) qui doit rester temporaire et aider à se trainer vers le traitement et la guérison, ça rejoint un peu ce que je disais plus haut, entre le traitement de fond et le traitement symptomatique.

Ma vision des étapes est: -compréhension physique, compréhension psychologique, compréhension de son "intime, et repositionnement avec le temps dans le cheminement de la vie. (peut être pas si loin de ce que tu dis)

La ou tu as raison à mon sens c'est que réussir ton 1 n'est pas évident, demande de la volonté, du travail, du temps, un entrainement (oui c'est l'entrainement et une certaine maitrise qui permet de devenir à l'aise), éventuellement un accompagnement  ;)

Edit:
Une réflexion toute personnelle celle ci (qui vaut ce qu'elle vaut), dans le but de tendre vers un équilibre né non pas d'une angoisse, mais d'une volonté positive, dans un but préventif et curatif:

Nous pourrions diviser l'esprit humain en trois facteurs:
-L'instinctif (qui procède des sens, du corps)
-L'intellect (qui procède de l’anticipation/stratégie)
-L'affect (qui procède du besoin pour l'homme de vivre avec l'autre)

L'hypothèse serait que si il y a déséquilibre de ces facteurs, que l'un vienne à déborder dans l'autre (alors que le fonctionnement normal serait une juste communication qui créer le fonctionnement global), automatiquement un malêtre peut apparaitre.
Ex. L'intellectualisation outrancière d'un choc physique qui provoque alors l'imagination, la peur, pour déboucher sur une angoisse. Nous n'avons pas peur du coup mais de sa représentation.
Il en irai donc tout simplement de l’hygiène de vie, mais pas arrêtée au besoins physiques de manger/boire/dormir, mais à la globalité des besoin de l'homme.
La bonne gestion de ces facteurs à travers leur exercice (du corps, de la réflexion/spiritualité/artistique, et du lien social) pourrait alors améliorer l'équilibre global et créer des appuis un peu plus solide dans la vie (qui est une succession de besoins, de tensions et de relâchement, de rythme dont il est parfois éprouvant de tenir dans le temps)
Ceci dit, je pense que la limite se trouve dans notre constitution même, on ne pourra pas empêcher quelqu'un de fragile de se faire défoncer par un évènement et de ramper jusqu'à la fin de sa vie, cela fait parti des impondérables.

Voilà voilà, c'est peut être pas très intelligible, ça reste toujours difficile de communiquer sur ces thèmes  ;#
« Modifié: 11 décembre 2014 à 13:06:36 par Al Bundy »
Être libre consiste dans le fait de tirer du seul exercice de notre vie le sentiment de contentement. N.G.

12 décembre 2014 à 11:16:51
Réponse #29

Al Bundy


Il y a des gens fragiles de constitution: http://www.orthophoniste-sophro.fr/de-chair-et-dame.html (source au hasard)

Constitution physique, psychologique, dépendant de l'histoire, de l'éducation and co...
Ce que tu décris n'est pas faux, c'est juste que presque tout est possible, donc on ne peux pas marcher de façon binaire, c'est comme si ou comme cela, mais plutôt avec ceci, peut être avec cela en plus...

Tu ne sembles pas avoir bien saisi le concept de résilience et de mémoire évolutive, il n'a jamais été question d'oubli, mais de transformer la représentation d'un événement qui paralyse en une représentation "normale" qui fait parti de sa vie et qui n'a plus ni pouvoir sur notre corps, ni sur notre psychologie.
Ce discours explique le fonctionnement et la méthode de prise en charge du traumatisme, c'est thérapeutique
Pour ce qui concerne la prévention, bah oui maintenant il mettra sa ceinture ou il n'ira plus faire le malin dans des quartiers dangereux, tu vois qu'on n'est plus dans le même domaine

Un psycho-traumatisme nait de quelque chose de violent, plutôt inattendu, qui "a priori" met très longtemps à se remettre. Comme si un grand brulé pensait à son prochain massage bien être, on est à mille lieux de considérer ce genre de chose quand on est enfoui dans la m*rde
C'est pour cela que je tenais à faire la différence entre un psycho-traumatisme et un "simple" choc émotionnel qui lui amène directement une expérience qui rendra moins con.
Être libre consiste dans le fait de tirer du seul exercice de notre vie le sentiment de contentement. N.G.

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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