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Auteur Sujet: Autonomie : une définition.  (Lu 719 fois)

10 mars 2014 à 13:04:23
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Cheguevarech


Salut à tous,
Le texte qui suit est la définition donnée par André Comte-Sponville dans son Dictionnaire philosophique (PUF, 2001). Je la trouve "éclairante", du coup j'en partage l'intégralité (même si je trouve certains passages un peu raides). Je mets en gras les passages qui me semblent être les plus intéressant ET accessibles.

AUTONOMIE
C'est obéir à la loi qu'on s'est prescrite, comme disait Rousseau, et c'est en quoi c'est être libre.
Le mot, dans son usage philosophique, doit surtout à Kant. L'autonomie est pouvoir de soi sur soi (liberté), mais par la médiation d'une loi (nomos) que la raison s'impose à elle-même, et nous impose, qui est la loi morale. La volonté est autonome, explique Kant, quand elle ne se soumet qu'à sa propre législation (en tant que raison pratique) , indépendamment de toute détermination sensible ou affective, indépendamment du corps, donc, mais aussi du moi, dans sa particularité contingente, et même de quelque but ou objet que ce soit. C'est n'obéir qu'à la pure forme d'une loi, autrement dit qu'à l'universel qu'on porte en soi, qui est soi (c'est pourquoi il s'agit de liberté) mais en tant que raisonnable et législateur (c'est pourquoi il s'agit d'autonomie).
Les deux concepts d'autonomie et de liberté, bien sûr solidaires, ne se recouvrent pourtant pas totalement. Celui qui fait le mal agit certes librement, mais sans autonomie : il se soumet librement à cette partie de lui qui n'est pas libre (ses instincts, ses passions, ses faiblesses, ses intérêts, ses peurs). Cela dit, par différence, ce qu'est l'autonomie. C'est la liberté pour le bien : être autonome, c'est obéir à la partie de soi qui est libre, "sans égard à aucun des objets de la faculté de désirer", comme dit Kant, et indépendamment même du "cher moi", autrement dit de l'individu particulier qu'on est. C'est pourquoi l'autonomie est le principe de la morale : l'égoïsme est le fondement de tout mal ; la raison, qui n'a pas d'ego, de tout bien. Ainsi le seul devoir est d'être libre, et c'est ce que signifie l'autonomie : c'est obéir au devoir de se gouverner.
Le mot quand on n'est pas kantien, vaut surtout comme idéal. Il n'indique pas un fait mais un horizon, un processus, un travail. Il s'agit de se libérer le plus qu'on peut de tout ce qui, en nous, n'est pas libre. La raison seule le permet, comme on voit chez Spinoza (mais aussi chez Marx ou Freud), et c'est en quoi l'idée d'autonomie garde un sens : "un homme libre, écrit Spinoza, c'est-à-dire qui vit suivant le seul commandement de la raison..." Mais cette autonomie n'est jamais donnée : elle est à faire et, toujours, à refaire. Il n'y a pas d'autonomie ; il n'y a qu'un processus, toujours inachevé, d'autonomisation. On ne naît pas libre ; on le devient.

A+
« Modifié: 10 mars 2014 à 19:54:01 par Cheguevarech »
"La critique est nécessaire mais l'invention est vitale car dans toute invention il y a une critique de la convention". (Gustave Parking)

 


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avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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