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Auteur Sujet: "La voie du guerrier".  (Lu 4870 fois)

20 février 2014 à 10:24:37
Lu 4870 fois

Bomby


Salut,

j'ai un peu de retard dans me lecture des œuvres Davidiennes, mais j'essaie de me rattraper progressivement.

Notre DM international nous a gratifiés récemment de plusieurs textes intéressants.

Ici, en dernier lieu, un texte sur "La voie du guerrier", qui évoque en quelque sorte la thèse intéressante selon laquelle la maîtrise de la violence (au sens de capacité maîtrisée à l'exercer) rend plus humain et, réciproquement, progresser en humanité est nécessaire pour progresser dans cette capacité martiale.

Je copie donc le texte ci-dessous, pour qu'on puisse plus facilement en discuter ici, ou à tout le moins en profiter.

Cordialement,

Bomby

Citer
Hier j’ai reçu un magnifique cadeau, de la part d’un de mes rares frères.  Ceux qui connaissent un peu la boxe Thaï apprécieront, les autres demanderont à quelqu’un qui sait ;)  C’est un cadeau hautement symbolique, et un grand honneur pour moi, surtout venant de ce vieux crocodile de brousse :) …  Et ça m’a fait grandement réfléchir, pendant l’heure et demie que j’ai passée sur la route en rentrant chez moi.

Pour la faire courte, hier j’ai passé la journée avec deux guerriers, au sens le plus noble du terme.  Deux mecs qui ont déjà entendu les balles siffler.  Deux qui ont été visiter les extrêmes confins de l’âme humaine et qui en sont revenus.  Transformés à jamais, mais vivants…  Ce sont deux personnes qui — comme toutes les personnes de ce genre que je connais — sont à la fois des êtres humains d’une bienveillance et d’une loyauté inimaginables, et les pires de crevures qui soient si on est du mauvais côté de la barrière.  Les meilleurs des amis ET les pires des ennemis.

Et je réfléchissais à tout ça en rentrant chez moi.

Je repensais à toutes ces fois, au restaurant après des stages ACDS où on retrouvait, clairement, 12 ou 15 mecs armés jusqu’aux dents autour d’une table…  des petits, des grands, des gros et des teigneux.  Tous capables, psychologiquement, matériellement et techniquement de trucider 99,999% de la population, qui sourient, qui rient, qui sont heureux de se retrouver en toute simplicité…  et les commentaires des serveuses qui sont à peu près toujours les mêmes : « Quand on vous a vu arriver on a eu un peu peur, et en fait on n’a jamais passé une aussi bonne soirée ».  Et quand on demande pourquoi, elles répondent simplement « Non seulement vous savez vous tenir et vous êtes polis, mais en plus de toute la soirée, absolument aucun client n’a osé nous parler mal ».

Eh oui, 1500kg de carnivores bienveillants, ça change l’ambiance dans un restau hein, forcément :)

Je repensais à ce copain du GIPN qui disait que ce qu’il aimait le plus, là, c’était de se retrouver en famille, tranquille, avec ses potes, autour d’une côte de boeuf…  un super guerrier aussi.  Tellement humble et tranquille que c’en est gênant, avec un humour pince sans rire qui décape, et un professionnalisme incroyable, et qui disait en souriant d’un air un peu fatigué « les choses simples…  c’est tellement bien les choses simples ».

Je repensais à mon autre frangin, Pat, qui dans le genre guerrier ne donne pas sa part au chien, et qui un jour m’a demandé, les yeux brillants de malice et la bouche encore pleine, s’il pouvait avoir encore des « pimfs » (des Pim’s avec la bouche pleine, quoi).  Deux secondes avant on parlait flingue et couteaux, et deux secondes après il savourait ses gâteaux et un grand verre de lait comme un gosse de huit ans et rigolait de lui-même en train de se voir faire ça, avec son humour au 14e degré inimitable…  :)

Je suis persuadé, pour l’avoir observé maintes fois, pour l’avoir vécu à mon humble petit niveau, que quand un être humain (normalement sain d’esprit à la base) intègre des compétences martiales réelles (je parle de tricher et de tuer pour survivre, là, hein, pas de faire un beau kata pour gagner la médaille), il doit développer en même temps des compétences humaines équivalentes et opposées.  Je pense que s’il ne le fait pas, il ne peut pas être un vraiment bon guerrier, d’une part.  Je pense d’autre part que s’il ne le fait pas, il se perd très vite, et abandonne la progression dans la voie, parce que ça devient insoutenable.

En apprenant à tuer, on apprend à protéger la vie et à vivre.  Et on apprend la préciosité de la chose.  Et on apprend à l’apprécier.  En apprenant à tuer, on apprend à ne pas tuer.  On apprend la lourdeur des responsabilités.  On apprend à distinguer l’égo de la survie.  On apprend que les cimetières sont plein de héros, de mythos et de blaireaux…  On apprend que ça n’est pas un jeu.  Que ça n’est pas un sport.

C’est ça que j’appelle la « voie du guerrier »…  c’est un chemin interne, personnel, intime.  C’est probablement un des trucs à la fois les plus sains et les plus durs qui soient.  C’est une des nombreuses manières d’arriver, in fine, à se débarrasser de ces choses superflues qui nous encombrent.  Notre égo, notre attachement, notre croyance dans le fait que les choses peuvent durer éternellement…  et aussi l’aveuglement que nous avons tous par rapport à notre véritable nature.  A notre part d’ombre bien crade et bien dégueulasse.

Malheureusement, aujourd’hui en Occident on a tellement peur de la mort, de la souffrance, de la violence, qu’on ne veut plus du tout savoir que ça existe.  Et surtout pas en nous…  On fait l’autruche.  On se plante la tête dans le sable, en tendant bien le cul à l’adversité.

J’ai appris à grandement me méfier des gens qui se prétendent non-violents, et qui jugent et imposent par la force normative et les jugements de valeur leur non-violence à autrui.  Parce que certains de ces acharnés de la non-violence sont, en fait, des gens qui refusent simplement d’ouvrir ce débat primordial là à l’intérieur d’eux-mêmes…  parce qu’ils ne veulent pas voir qu’ils ont, eux aussi, en eux, cette part de violence et d’ombre.  Et en refusant de la voir, de s’en occuper, de la canaliser, de la gérer, ils la laissent généralement pourrir et dégouliner partout.  Combien de non-violents militants jugent les autres sans arrêt ?  Critiquent, maltraitent psychologiquement leurs proches ?  Combien de non-violents véhéments laissent cette odeur de pourriture et de malaise dilué dans leur sillage, jour après jour ?

Nous avons tous un démon au creux des reins qui sert à tuer et à détruire.  Il est utile.  Il est puissant.  Il est une source d’énergie énorme.  Il permet, aussi, de trier, de choisir, d’abandonner certaines choses qui ne vont pas, de partir, de changer.  Faire comme s’il n’existait pas est probablement le meilleur moyen de le laisser occuper insidieusement une place énorme et immonde en nous.  Un peu comme un abcès profond qu’on laisserait couver toute sa vie…  le pus finit toujours par trouver un chemin par où sortir, hein.  Ou sinon c’est tout notre être qu’il grignote petit à petit.

Ca existe.  C’est là.

Merci pour ce magnifique cadeau, frère.

Il va rejoindre cette petite boîte où je stocke quelques aides-mémoires importants pour moi, à côté de ma vieille machette tramontina, de l’étui de la cartouche qui a tué mon premier orignal, et du couteau qu’on a un jour retiré de ma cuisse :)

DM



20 février 2014 à 14:13:18
Réponse #1

VERDUG0


Citation de: DM
En apprenant à tuer, on apprend à protéger la vie et à vivre.  Et on apprend la préciosité de la chose.  Et on apprend à l’apprécier.  En apprenant à tuer, on apprend à ne pas tuer.  On apprend la lourdeur des responsabilités.  On apprend à distinguer l’égo de la survie.  On apprend que les cimetières sont plein de héros, de mythos et de blaireaux…  On apprend que ça n’est pas un jeu.  Que ça n’est pas un sport.
Faux, c'est pas systematique. En supposant que "on" ca refere aux hominidés bipedes.
Y a des gens qui apprennent a tuer, qui l'ont fait, et qui recommenceront pour plusieurs raisons (fric, reputation, appartenance a un groupe, pour regler un petit soucis).
Ils apprendront des trucs, mais pas forcemment "à protéger la vie et à vivre.  Et on apprend la préciosité de la chose.  Et on apprend à l’apprécier.  En apprenant à tuer, on apprend à ne pas tuer."
Y en a, apres avoir appris et mis en application,  ils s'en battent toujours autant les c*u!lles de la vie humaine, enfin, parfois de la leur aussi.

Le MS13 est un exemple vite trouvé.

20 février 2014 à 14:58:05
Réponse #2

Phil67


Faux, c'est pas systematique. En supposant que "on" ca refere aux hominidés bipedes.
J'ai compris le "on" dans le sens "humain avec une personnalité équilibrée" (c'est ce qui ressort en filigrane dans tout le texte) et non pas psychopathe ou personnalité détraquée n'ayant aucune considération pour sa propre vie.

On retrouve le même concept de comportements "extrêmes" dans 2 sens opposés pour maintenir son équilibre psychique dans d'autres domaines : p.ex. activités à risques (calculés) ou haute intensité pour compenser une vie quotidienne trop "banale" ou inversement.
Nous avons deux vies, la seconde commence lorsqu'on réalise qu'on en a qu'une.

20 février 2014 à 15:43:48
Réponse #3

Bomby


J'ai compris le "on" dans le sens "humain avec une personnalité équilibrée" (c'est ce qui ressort en filigrane dans tout le texte) et non pas psychopathe ou personnalité détraquée n'ayant aucune considération pour sa propre vie.

On retrouve le même concept de comportements "extrêmes" dans 2 sens opposés pour maintenir son équilibre psychique dans d'autres domaines : p.ex. activités à risques (calculés) ou haute intensité pour compenser une vie quotidienne trop "banale" ou inversement.

David répondra sans doute le moment venu, mais j'ai compris à peu près la même chose que toi, Phil67.

Ce que je comprends personnellement de l'évocation de David, c'est la perspective de se perdre, voire de s'autodétruire in fine, si on ne cultive que l'efficacité guerrière sans progression humaine équilibrante.

Citer
Je suis persuadé, pour l’avoir observé maintes fois, pour l’avoir vécu à mon humble petit niveau, que quand un être humain (normalement sain d’esprit à la base) intègre des compétences martiales réelles (je parle de tricher et de tuer pour survivre, là, hein, pas de faire un beau kata pour gagner la médaille), il doit développer en même temps des compétences humaines équivalentes et opposées.  Je pense que s’il ne le fait pas, il ne peut pas être un vraiment bon guerrier, d’une part.  Je pense d’autre part que s’il ne le fait pas, il se perd très vite, et abandonne la progression dans la voie, parce que ça devient insoutenable.

Mais l'objection de VERDUG0 me semblait nécessaire, car le point de vue exprimé par David paraît quand même largement optimiste... En progressant uniquement dans la voie de l'efficacité guerrière sans pendant humain pour l'équilibre, il y a quand même moyen à mon avis de devenir un méchant bonhomme dangereusement efficace pendant un certain temps avant de stagner en efficacité guerrière ou de commettre le ou les faux pas menant à sa perte...

Encore qu'il faille probablement distinguer ici combat collectif (en "équipe") ou individuel. En combat en équipe, l'absence d'équilibre humain se fera probablement bien plus rapidement sentir.

Cordialement,

Bomby

20 février 2014 à 15:50:40
Réponse #4

musher


Je pense pas qu'il soit nécessaire d'apprendre à tuer pour protéger la vie.

Pour moi, c'est un peu comme une douche chaude après avoir passer son temps sous la pluie avec des fringues mouillées et dormi dans un duvet trempé,
un boeuf bourguignon maison avec du pain frais et un verre de vin quand on s'est nourri avec une boite cassoulet froid et des petits déj BN détrempés, le cul dans la boue

Et ben, la vie, c'est pareil, c'est quand on a failli la perdre qu'on en mesure la préciosité pour soi et pour les autres.

Mon grand père a connu la guerre et en est revenu invalide.
Son plaisir, c'était d'avoir ses petits enfants sur les genoux et de leur raconter des histoires de Nounours  ou les exploits de ses goumiers, c'était les ballades en béquilles avec un enfant agrippé à ses béquilles.

Sur nos rassemblements de mushers, il y avait un type qui disait jamais rien. Un jour, je lui ai demandé s'il s'ennuyait pas. Il m'a répondu : Non, je vous écoute raconter vos histoires, rigoler, vous "brasser" et ça me fait plaisir.
C'était un ancien du GIGN.

Par contre un jour ou je visais mon frère avec un pistolet en plastique, mon grand père m'a mis une baffe monumentale. "Ne vises jamais quelqu'un avec une arme, même pour jouer, tu sais pas comment il est facile de tuer".
Il avait un profond respect de la vie car il savait comment il était facile de la perdre.

Mais, la ou je rejoins le Manitou, c'est que les Ayathollas de la non violence sont les plus violents quand on va pas comme eux.

On a tous en nous de la violence et à nous de la connaître pour la canaliser et ne pas se mettre dans des situations ou elle va nous échapper.

Dans notre société, on a oublié la préciosité de la chaleur, de la nourriture, de la famille, de la vie car on n'a plus froid, plus faim, on ne risque pas notre vie à chaque coin de rue.

20 février 2014 à 16:16:09
Réponse #5

Axiome


L'art du guerrier consiste à équilibrer la terreur d'être un homme avec la merveille d'être un homme.
                                         
Carlos Castaneda

20 février 2014 à 16:41:52
Réponse #6

VERDUG0


Phil67: Faudrait encore etablir "equilibre" et "detraque".
Faire la distinction objective entre les deux est extremement difficile.

Y en a qui tue. et ils developpent pas tous l'amour de l'autre.
Y en a dont le metier c'est de tuer des animaux, et une bonne partie ne developpera pas de preciosite pour la vie, mais pour la valeur financiere de chaque truc poilu.
Et tu peux trouver pareil chez des gens qui ont tue des gens.

Le texte de David colle bien avec l'idee que je me fais d'un groupe francais "de bons gens". Mais le cas decrit, il peut pas coller systematiquement avec tous les groupes, y a de grandes differences selon les cultures.

20 février 2014 à 16:51:03
Réponse #7

DavidManise


Yo.

Y'a des connards partout hein... et c'est pas pour rien que j'ai pris soin d'écrire entre parenthèses "pour un humain normalement sain d'esprit à la base".

On peut trouver plein d'exceptions.  Et j'en connais plein.  Et dans tous les cas pour que la magie opère il faut que la personne fasse le chemin volontairement...  ce qui n'est effectivement pas le cas de tout le monde.

Ensuite, bien évidemment (musher) que ça n'est pas la seule manière d'avancer d'un point de vue personnel.  C'est tellement évident que je ne pensais pas utile de le mentionner ;)

Bref c'était un petit blabla sans prétention.  Vous en faites ce que vous voulez hein.  Je mentirais si je disais que j'ai l'impression d'être dans le vrai en écrivant ça.  C'est juste mon sentiment.

Ciao ;)

David
"Grand, gros, lourd, sale, fort et bête" ;)

Stages survie CEETS

20 février 2014 à 17:17:59
Réponse #8

musher


Ensuite, bien évidemment (musher) que ça n'est pas la seule manière d'avancer d'un point de vue personnel.  C'est tellement évident que je ne pensais pas utile de le mentionner ;)

 ;)

Ce qui m'a fait réagir, c'est quand lisant ton texte, j'ai repensé à mon grand père qui n'était pas un super killer, juste un français qui a fait son devoir (voir un peu plus  ;) ) et qui a connu les Vosges en 44-45, à Roger l'ancien du GIGN, qui certes à appris à tuer mais à surtout vu ses copains et ceux d'en face tomber, qui le matin, en embrassant ses enfants, savait pas si il les reverrait le soir, à ces copains qui ont fait le Para (et qui n'avaient pas plus de respect après qu'avant malgré le fait d'être devenu de super killer) mais dont certains ont radicalement changer en revenant du Liban où ils avaient ramasser les copains dans le Drakkar, à ces réfugiés afgans que j'alphabétisais lors de mes études et qui le matin se disaient en revoir comme si c'était la dernière fois et qui le soir appréciaient à sa juste valeur le fait de se retrouver, ton copain du GIPN qui apprécie le barbecue en famille.

Et pour moi, les exemples sont plus dans ceux qui ont failli la perdre que dans ceux qui ont appris à la prendre. (mais bon, on est pas du même côté de la barrière donc pas même expérience et pas mêmes rencontres aussi )

Et of course, il n'est pas nécessaire d'avoir appris à tuer ou d'avoir failli être tuer pour respecter la vie (Encore heureux  :D )

20 février 2014 à 17:26:35
Réponse #9

Bomby



Bref c'était un petit blabla sans prétention.  Vous en faites ce que vous voulez hein.  Je mentirais si je disais que j'ai l'impression d'être dans le vrai en écrivant ça.  C'est juste mon sentiment.

Ciao ;)

David

Salut David,

tu vois des guerriers au sens de ceux que tu évoques au début de ton texte, j'en connais certainement moins que toi, mais j'en connais quand même quelques uns et j'ai eu l'occasion d'en croiser quelques autres...

Et, à leur contact, j'ai justement toujours été frappé par ce que tu évoques dans ce texte, notamment leur équilibre, le fait de n'avoir rien à prouver, sinon leur bienveillance, qui justement transparaît généralement assez facilement.

Et sans vouloir en effet trop forcément généraliser, parce que là-dedans il y a forcément des biais culturels, sinon socio-culturels, c'est déjà intéressant en soi de constater ça, qui peut en effet aller à l'encontre d'un certain nombre de clichés, notamment non-violents.

Cordialement,

Bomby
« Modifié: 20 février 2014 à 18:27:12 par Bomby »

20 février 2014 à 18:02:48
Réponse #10

fry


Citer
Et, à leur contact, j'ai justement toujours été frappé par ce que tu évoques dans ce texte, notamment leur équilibre, le fait de n'avoir rien à prouver, sinon leur bienveillance, qui justement transparaît généralement assez facilement.

Je suis particulièrement d'accord avec bomby sur ce paragraphe, je pense que des gens qui se sont dépassés et n'ont effectivement plus rien à prouver, ont peut-être trouvé une certaine sérénité, ont perdu le désir de compétition qui peut peut-être motiver certains à monter dans la vie en marchant sur son prochain.
Le fait d'avoir vécu des situations critiques et tragiques aide aussi peut-être à transcender l'agressivité ambiante de la société moderne. Quand on a vécu le danger et qu'on a été confronté à la mort dans des conditions abominables en pays étranger et sans aucun support de son pays, qu'on s'en est tiré par l'entre-aide entre équipiers et la redécouverte de la valeur humaine, et bien des années après quand une personne "urbaine" qui n'a du respect pour rien se montre agressive à votre travail ou dans la boulangerie de votre quartier, peut-être que vous prendrez ça avec philosophie et laisserez la personne s'énerver toute seule, en tournant les talons.

J'ai côtoyé et côtoie encore régulièrement des actuels et anciens militaires de la marine qui pour le dire avec discrétions sont titulaires du " cours nageur ".
Pour certains, il est impensable d'imaginer leur passé et leur expérience en les côtoyant en civil. Humble, profondément gentils / bienfaisants, la tête sur les épaules, et d'un calme stoïcien. Ça fait réfléchir.

20 février 2014 à 18:30:43
Réponse #11

DavidManise


Et pour moi, les exemples sont plus dans ceux qui ont failli la perdre que dans ceux qui ont appris à la prendre.

Le truc, c'est que je connais assez peu de gens qui ont appris à tuer et qui l'ont fait sans s'exposer au fait que le mec en face, en général, coopère pas trop dans le fait de se faire trucider ;)

Bref l'un ne va pas trop sans l'autre.  Enfin rarement... 

On comprend la préciosité de la vie en risquant de la perdre, en voyant d'autres la perdre aussi.  Bien sûr.  On comprend aussi qu'on n'est pas un super héros ni un bisounours quand on voit ses propres actions et réactions à tout ça.  Et après, c'est plus difficile de se la raconter et d'y croire.

A mon humble avis.

Je suis sûr qu'il y en a beaucoup ici qui ont un cv beaucoup plus lourd que le mien à ce niveau là.  J'ai juste assez de vécu pour apprécier vraiment très très fort la compagnie des chevreuils et des stagiaires sympas, et pour avoir envie de trier les mythos, rambos et autres furieux pathétiques.

La mort, après, ça dure longtemps...  donc j'ai bien envie de profiter pleinement de la vie qui me reste, et d'en faire quelque chose d'utile surtout. 

Tchuss.

David
"Grand, gros, lourd, sale, fort et bête" ;)

Stages survie CEETS

20 février 2014 à 20:01:53
Réponse #12

Phil67


Le truc, c'est que je connais assez peu de gens qui ont appris à tuer et qui l'ont fait sans s'exposer au fait que le mec en face, en général, coopère pas trop dans le fait de se faire trucider ;)

Bref l'un ne va pas trop sans l'autre.  Enfin rarement...
Remarque au passage : le Pentagone a justement constaté que les pilotes de drones à distance bien au chaud dans leurs bases américaines souffrent d'autant de troubles psychiques post-traumatiques que les pilotes d'avions sur le terrain.

On aurait pu penser que cette "guerre virtualisée" les aurait rendus insensibles et froids. C'est le contraire qui se produit : il semblerait que le stress et l'exposition du combat "physique" protège les individus en mettant leur cerveau en mode "protégé".

Les pilotes de drones assistent en direct à leurs massacres via les caméras embarquées (contrairement aux pilotes de chasse qui dégagent immédiatement) et l'absence d'exposition leur rend la moindre erreur d'autant plus insupportable. Ils doivent ensuite gérer le décalage lorsqu'ils rentrent tranquillement chez eux après les "heures de bureau".

Paradoxalement les états-majors qui ont poussé à la "virtualisation" des guerres les ont rendues plus difficiles à supporter pour des individus qui restent "humains".

=> http://www.courrierinternational.com/article/2013/01/03/un-ancien-pilote-americain-raconte
=> http://www.nytimes.com/2013/02/23/us/drone-pilots-found-to-get-stress-disorders-much-as-those-in-combat-do.html
Nous avons deux vies, la seconde commence lorsqu'on réalise qu'on en a qu'une.

20 février 2014 à 20:24:02
Réponse #13

mrfroggy


J ai connu un type vraiment gentil, souriant, plein de vie ..
Puis je l ai revu a son retour du kossovo.
Je n ai pas vu de bienveillance en lui, ni quelqu’un de calme ni heureux...plutôt un jeune gars au moral ruiné pour un paquet d année.
Les Hommes qui sont nés pour jouir véritablement de la vie font ce qui leur plaît, à l’heure où cela leur plaît, et ne perdent pas leur temps à prévoir l’avenir, à se garer de catastrophes imaginaires. (Alfred Capus)

20 février 2014 à 20:28:38
Réponse #14

musher


Le truc, c'est que je connais assez peu de gens qui ont appris à tuer et qui l'ont fait sans s'exposer au fait que le mec en face, en général, coopère pas trop dans le fait de se faire trucider ;)
Problème de génération  :D
A mon époque, on, apprenait aux gens à tuer pour une hypothétique invasion. Et beaucoup de ceux que j'ai connu, montraient comment tuer à mains nues pour épater les filles et ceux qui n'avaient que le beret bleu.
Alors que maintenant, ceux qui apprennent à tuer, c'est dans un cadre professionnel et ils se retrouvent très vite en OPEX ou confronter au terrain.

Par contre ceux que j'ai rencontré et qui ont failli être tuer, n'étaient plus confronter à la mort : anciens combattants, réfugiés, invalides de guerre (dont certains avaient mon âge)

20 février 2014 à 21:26:11
Réponse #15

Hurgoz


Yo

'tain David, si tu continu, on va finir par réussir à faire quelque chose de toi!  ;#

(Bon, je vais me répéter un peu)

Quelqu'un qui se retrouve au front et doit tuer n'est pas forcément un guerrier. Quelqu'un qui refuse le combat n'est pas forcément un pacifiste. Je ne crois pas que la voie du guerrier soit forcément un truc qui se traduise par sa profession, ou un cadre social.

Ce qui, pour moi, fait la voie du guerrier, c'est un truc complètement intime, une relation de soi face à soi, un affrontement avec nous même, main dans la main. C'est un point de vue sur chaque épreuve qui nous est envoyé, comme un défi qui nous permet de nous grandir et de nous révéler un peu plus à nous même (ce que David appel "se débarrasser des choses superflues qui nous encombrent"). Sa ne laisse pas de place à l'auto-apitoiement, ni à l'aveuglement. Sa fait place nette.

Je crois que la plus belle chose dans cette voie, c'est qu'au fond, à travers tous nos combats et nos défis, à travers les membres brisés et les chairs tranchées (bon, ok, j'en fais trop là  ;# ) qu'est ce qu'on recherche? J'ai ma réponse, à chacun de trouver la sienne  ;#

Sur ce, bonne nuit

Hugo
« Modifié: 20 février 2014 à 21:38:02 par Hurgoz »
"Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression." DUDH

20 février 2014 à 23:42:36
Réponse #16

musher


J ai connu un type vraiment gentil, souriant, plein de vie ..
Puis je l ai revu a son retour du kosovo.
Je n ai pas vu de bienveillance en lui, ni quelqu’un de calme ni heureux...plutôt un jeune gars au moral ruiné pour un paquet d année.

Le kosovo a, semble-t-il, été particulièrement terrible. Dixit ceux qui avaient le Tchad, le Liban et le Kosovo ou pour les plus jeunes, ceux qui ont fait l'Afga et le kosovo.
 La BBC avait un reportage sur une unité anglaise au Kosovo. C'était dur à regarder.
 
Mais parmi ceux qui ont été au Rwanda, il y en a aussi qui sont rentrés traumatisé par ce qu'ils ont vu.

Après ceux qui rentrent dans les unités d'élite tel les FS, il y a une sélection psycologique qui fait qu'ils sont aptes à encaisser ce qu'ils voient et ce qu'ils subissent et acquièrent donc ce détachement.

Le biffin normal qui s'est engagé et qu'on envoie au Kosovo ou au Rwanda et qui doit ramasser des enfants massacrés et violés, il n'est pas préparé et il acquière pas cette zénitude mais plutôt ce regard ou t'as l'impression qu'il te voit pas et qu'il est encore la bas ou dans ses cauchemars.

J'ai vu ce regard chez des anciens combattants, 40 ans après lorsqu'ils parlaient de leur guerre (un ancien du CEF en Italie en 43-44) Il faisait encore des cauchemars des combats dans les Abruzzes l'hiver 43-44.

Après tu as plusieurs comportements face à ce qu'ils ont vécu.
Ceux qui ont digérés ce qu'ils ont vécu et qui ont acquis cette voie du guerrier.

Aux Invalides, il y avait un marsouin qui étudiait comme un malade car il disait qu'il avait eu une deuxième chance par rapport à ceux qui étaient pas rentré et qu'il voulait que cette chance serve aux autres.

Et y a tout ceux qui rentrent traumatisés, aigris, cassés..., avec leurs cauchemars.

Mais cette voie du guerrier, tu la retrouves chez les pensionnaires de Garches, les réfugiés.. Tous ces gens qui ont vécu des épreuves très durs, qui ont été touchés dans leur chair et qui ont surmontés cette épreuve
Citer
Notre égo, notre attachement, notre croyance dans le fait que les choses peuvent durer éternellement…  et aussi l’aveuglement que nous avons tous par rapport à notre véritable nature
car ils se sont vu sans artifice et ils ont fait le tri entre le superflu et l'essentiel.

Alors oui, j'aime un discussion avec un ami autour d'une bière, une douche chaude, les chevreuils qui te regardent avant de détaller, une ballade avec les chiens sous la pluie et le vent où ils arrachent pour te faire plaisir car tu es vivant et c'est beaucoup plus important que cette histoire de chef qui te pourrit la vie ou de collègues sous disant amis qui te marchent sur la tête pour passer devant.

21 février 2014 à 00:16:33
Réponse #17

Hurgoz


Je cherchais les mots pour répondre, quand je me suis apperçu que tout ce que je pourrais dire serait bien fade.

Il n'y a pas vraiment de mots pour décrire ce que l'on vie. Se serait comme essayer d'expliquer le goût du chocolat à qui n'en a jamais goûté.

Guénon disait "la spiritualité est une montagne et nous choisissons tous un moyen de locomotion pour en gravir les sentiers".

Je ne crois pas qu'il y ai UNE voie du guerrier, mais que tous les guerriers gravissent cette montagne de façon assez similaire. Et je crois qu'il en est ainsi pour tous les archétypes.

Après, je crois que sa ne serre à rien de vouloir être ce qu'on n'est pas. Il "suffit" juste de trouver ce que l'on est, ce qui nous convient et de suivre sa voie :)

Bonne nuit

Hugo
« Modifié: 21 février 2014 à 00:22:44 par Hurgoz »
"Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression." DUDH

21 février 2014 à 08:24:28
Réponse #18

raphael


Quand on analyse l'humanité dans sa globalité géographique et historique, "notre" situation sécurisée et confortable actuelle est une anomalie. Et pour la plupart d'entre nous, nous ne connaissons que cela.

Alors oui quand on a vu "l'exterieur", notre confort à la "maison" doit etre bien apaisant.

Une pensée pour tout ceux qui ont vu et vécu les horreurs récentes (Rwanda, Kosovo, ....)
Se connaitre et s'accepter


09 mars 2014 à 04:21:17
Réponse #19

Cavannus


Salut,

La lecture de ce billet de David m'a rappelé une rencontre que j'ai faite il y a plusieurs années, du temps où j'étais parisien et cataphile régulier (cataphile = ça).

Un samedi soir, je me promenais donc seul avec ma lanterne dans les 100 km du grand réseau des "catacombes", comme beaucoup d'habitués le font. Au détour d'une galerie je croise un gars qui avait l'air d'être à l'aise dans ces galeries labyrinthiques, sans pour autant faire partie des cataphiles connus. Il faisait visiter les lieux a son frère.

Nous avons engagé la conversation, et il m'a raconté être un ancien miliaire de commando d'élite de l'armée française. Il m'a raconté quelques anecdotes et techniques de ses missions dans un pays plein de sable.

Je l'ai cru, il dégageait vraiment une aura de force tranquille. Il a réussi à me faire bafouiller et à me mettre par terre en me tenant le poignet entre le pouce et l'index  ;# , mais je sentais qu'il s'y amusait pour me montrer la faisabilité de ces techniques, pas pour se moquer de moi.

J'étais pieds nus, mais au lieu de s'en étonner genre "Oohhhh mon Dieu t'es pieds nus dans les catas LOL", il s'est intéressé au pourquoi, en acceptant la technique comme aussi valable que les baskets pourries qui restent mouillées toute la soirée  ;D

Bref, moi qui ne connais absolument pas votre milieu militaire/protection/policier/survie, il m'a vraiment marqué. Je savais qu'il pouvait me tuer sans même que je m'en rende compte, mais ça avait un côté rassurant car je sentais qu'il avait un énorme contrôle sur lui-même. Le tableau avait quelque chose d'improbable et de très humain à la fois, cette "machine à tuer" qui montrait énormément de patience et faisait visiter ces lieux magiques à son frère.

Et sans même le connaître (je ne l'ai jamais revu), j'ai éprouvé un grand respect pour lui.
« Modifié: 09 mars 2014 à 06:05:44 par Cavannus »

09 mars 2014 à 10:00:40
Réponse #20

bpc


Je pense pas qu'il soit nécessaire d'apprendre à tuer pour protéger la vie.

ton post me plait bien , et particulièrement cette phrase.

je pense qu'il est ridicule de croire que seul ceux qui se sont entraînés à cela sont apte à tuer:
c'est confondre savoir-faire et détermination.

je cite un exemple emprunté à Khosrow Hely:

"attachez un couteau à la main d'un singe, brutalisez le violemment, et enfermez le dans une boite avec Bruce Lee. a votre avis, qui va gagnez ?"


tout ça pour dire que n'importe quel humain, fait instinctivement pour se protéger des gestes mortels:
il attaque la nuque, il frappe la tête par terre , etc...
d'où les morts après de simples engueulades.


en fait, le guerrier, c'est à dire le professionnel de la violence, s'entraîne à se donner les moyens d'utiliser la violence à bon escient.

en plus de l'aspect pratique, peut être que chez nous, cela provient des anciennes valeurs de le chevalerie chrétienne, qui réservait l'usage de la violence licite à la protection de l'église ?

d'ailleurs, ces anciennes valeurs sont toujours celles qui donnent un l'équilibre psychologique:
user de la violence pour protéger les faibles, l'interdiction de l'utiliser pour son profit personnel, l'interdiction de la vengeance, le fait d'être débonnaire, etc...


en fin, dans notre société, je trouve que c'est mal venu de se moquer ou de mépriser les gens qui ne sont pas en mesure de se défendre par eux mêmes:
en effet, ils délèguent l'usage de la violence pour leur protection à des personnes dont c'est le métier, le gout et la responsabilité.

c'est à nouveau le fort qui protège le faible.
ce devrait être un motif de fierté et non l'occasion de se sentir supérieur.

j'ai un copain qui est un ancien du 1er prima et j'aime beaucoup sa mentalité:
pour lui,il oeuvrait pour la sécurité de ses concitoyens, de son pays, etc...



 


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