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Auteur Sujet: Ego et SP  (Lu 2631 fois)

23 octobre 2012 à 22:21:54
Lu 2631 fois

Manengus


J'ai pu lire régulièrement, ici ou ailleurs, que l'ego en matière de SP était quelque chose qu'il fallait savoir mettre en sourdine afin de ne pas adopter un comportement qui amènerais à se foutre dans la m*rde pour se prouver quelque chose.
   
   Je souscris complètement au fait que certains comportements de ''mâle sous testo'' soient particulièrement nocifs en matière d'intégrité physique. Néanmoins rapporter ça à l'ego est à mon sens  trop rapide. Je pense qu'au contraire plus on a un ego fort et plus on est apte à bien agir en matière de SP. Mais il me semble que cet ego salvateur n'est pas fait de  la même matière que l'ego dont on parle habituellement.
   
   L'ego c'est l'image qu'on a de soi et qui peut donc être égratignée voir fracassée par tout un ensemble d'événements. Un concours raté, une séduction avortée, une agression physique ou verbale dans la rue. L'ego c'est aussi et peut être surtout l'image qu'on a de soit par rapport à une image qu'on estime être celle de notre catégorie sociale. C'est sur ce point qu'il me semble peut être bon de réfléchir pour penser le rapport SP/Ego.

    Car mettre son ego de côté paraît finalement très compliqué IRL.
   
   Primo car gérer son ego, savoir quand tracer sa route et quand se placer en situation de conflit ouvert est quelque chose de  variable et difficile car touchant à notre sensibilité profonde, notre vision du ''moi''. Assez difficile et variable pour ne pas l'évacuer avec la simple formule ''Si votre intégrité physique ou celle d'autrui n'est pas menacé pas la peine de prendre des risques''. L'intégrité psychique est quelque chose qu'on ne peut pas mettre sous le tapis.
   Secundo car l'ego est quelque chose d'extrêmement utile en SP. Il me semble que dans une situation d'atteinte à son intégrité physique mais aussi à sa dignité d'Humain il est bon, voir vital de posséder un ego d'un bonne taille. Suffisante en tout cas pour dire non. Evidemment tout le monde à envie de dire non quand il subit quelque chose qu'il ne veut pas. Mais posséder un ego suffisamment développé, avec une grosse estime de soi, de ce qu'on est en tant qu'humain, permet de ne pas dire ''Je ne veux pas'', mais ''Je ne tolère pas''. Quelque part c'est un switch d'une forme passive vers une forme active sous entendant autorité. Autorité de soi sur son environnement. Suite à divers expériences  ce switch s'est fait chez moi de façon presque inconsciente. Je ne m'en suis rendu compte que plusieurs mois après en y réfléchissant longuement.  

   Mais l'ego n'est pas Un. Il est lié à l'image qu'on estime être celle de notre catégorie sociale. C'est là que ça part de travers. Si avoir un ego fort est sain pour la sp, avoir un ego fort reflétant l'image de ce qu'est censé être un ''homme'' devient problème. A partir du moment où son ego est blessé car on pas prouvé qu'on savait se battre, qu'on avait des muscles, qu'on avait de la gueule et ce qui faut dans le pantalon, là l'ego devient nocif.

   Je pense à des mecs comme Jaures, Mandela, Ferrat ou le ''Tank Man'' chinois  et je me dis qu'ils auraient été de très bon élèves en SP. Bons parce que capables de déboîter la mâchoire d'un mec, quitte à en supporter les conséquences, non pas pour prouver qu'ils ''en ont'' mais parce que leur dignité d'Humain avait été atteinte.  ( pure spéculation de ma part j'avoue  ;D )

    Nécessaire donc de lâcher complètement le fait que savoir se battre, avoir des muscles, une tronche et une allure de guerrier aidait à faire de soi un homme plus ''vrai''. Attention, savoir coller une bonne droite/claque des chaumières et avoir de la caisse pour assurer derrière n'est pas superflu. Sauf que ce sont juste des outils, pas des éléments déterminants sa valeur d'homme. Je trouve au passage qu'un Harvey Milk ou une Rosa Park possèdent une virilité, du moins les attribues qu'on veut bien lui prêter, infiniment plus élevée que certains ''Mâles''.

   Si j'écris ça c'est aussi parce que sur ce forum que je fréquente depuis plusieurs mois, même si un gros travail est fait pour démonter l'image du warrior on entretient encore beaucoup l'image de l'homme ''vrai'' de par sa carrure, son passé guerrier, sa capacité à mettre des baffes etc. Décalage certain avec le principe de retenue prôné en SP.


PS : Précision utile. Ce que je dis vaut surtout pour les individus qui n'ont pas grande expérience de la baston. Nécessité pour eux de se prouver quelque chose. Ceux qui ont un passif de baffeur, victorieux de surcroit, savent qu'ils ont déjà prouvé qu'ils étaient des ''vrais'' et peuvent laisser pisser sans trop de tracasserie concernant leur estime personnelle.

23 octobre 2012 à 23:13:08
Réponse #1

Lorka-85


Intéressant sujet. L'ego n'ai pas forcement une chose négative en somme, dans tous les domaines.

Il faudrait peser le pour et le contre de de 2 Profils : celui qui a un max d'EGO , plutôt imposant physiquement, et un autre aussi imposant physiquement pratiquant la méditation, zen, laissant pensé qu’il se laisse marché dessus en situation de violence urbaine (simple insultes de rue a intrusion dans cercle vital, voir pire).

24 octobre 2012 à 00:54:34
Réponse #2

Kro


Honnêtement, j'ai du mal à comprendre ton message Manengus.

Je crois que la SP, ce n'est pas une question d'ego, c'est un choix.
Si je cherche à me protéger, je fais tout pour éviter la confrontation physique. Le but est de continuer à vivre et de souffrir le moins possible.

Et quand bien même notre ego nous pousse à aller au conflit (ce n'est plus de la défense, là hein), que je réagisse en regroupant toute la sagesse guerrière qui sommeille en moi :
"Toi (voix caverneuse) tu insultes notre sainte condition d'Être Humain, tu vas devoir payer maintenant"
Ou que je charge en bavant et avec toute ma haine parce que :
"Ce groupe de gamins faibles et débiles, ils osent m'insulter, moi?!"
Le résultat sera le même, des dégâts en tout genre, des deux côtés.

J'ai tendance à penser que si certains de ceux qui sont aveuglés par un ego démesuré auront la chance de le perdre en se prenant juste une vraie trempe (comme exemple j'ai celui d'un type qui a joué et qui a perdu : 17 fractures au visage...), les autres finiront soit en taule, soit en chariot à roulette, soit en terre.
Ce n'est pas "mal" ou "bien", c'est le résultat de leur choix, qui ne fut pas celui de la protection.

Moi, au jour qui devint ensuite ma première "expérience de la baston", j'étais pas emmerdé par des questions d'ego, j'ai juste eu peur.

Désolé, quand j'ai du mal à comprendre, je reste trop terre à terre, avec le risque de répondre totalement à côté. ;#
Si je voulais décrire ce lieu, il me semblerait faire un vain effort car j'essayerais de vous décrire un rêve, et que nulle relation d'un rêve ne peut communiquer la sensation du rêve, ce mélange d'absurdité, de surprise et de confusion, dans un effort frémissant de révolte, cette notion qu'on est prisonnier de l'incroyable.

24 octobre 2012 à 14:12:29
Réponse #3

Manengus


 Non ça c'est justement le raisonnement qu'on a d'habitude, la façon habituelle de poser le problème. Ego, bon ou mauvais ?

 Le problème n'est pas de savoir si c'est mieux d'avoir de l'ego ou pas. Je pense qu'un ego fort est extrêmement sain pour la SP et d'autres choses. Le problème c'est de quoi est fait cet ego auquel on se réfère, nous personnes de sexe masculin représentant l'immense majorité du public des activités de défense. Le fait est qu'on se positionne par rapport à un ego qui nous renvoi ce qu'un "homme", un "vrai mec" doit être.

  Quand on se trouve dans certaines situations où il n y a pas de menace physique direct mais où on a l'impression de s'"écraser" si on ne réagit pas, on est tiraillé entre la sage retenue et l'envie de ne pas passer pour un/e faible/soumis/tarlouze/lâche. Un ami m'en parlait encore il y a à peine un mois. J'ai, et vous aussi j'imagine, observé que les hommes ont tendance bien plus souvent que les femmes à avoir l'impression de s'être "écrasé". Leur amour propre est bien plus facilement blessée dans ce genre de situation. Les femmes elles, se fichent bien de ne pas avoir prouvé qu'elles en avaient dans le pantalon. Pourtant je suis persuadé que beaucoup d'entre elles ne se voient absolument pas comme soumises. Simplement leur ego, leur estime personnelle ne se positionne pas en fonction d'élément comme la force, la capacité martiale, l'autorité, ce que vous voulez. Elles se sentent entièrement femme en étant autre chose. Faire preuve d'un déficit de force ou d'une inaptitude totale à la baston n'entache en rien leur sentiment d'être femme. Pour beaucoup d'hommes c'est l'inverse...d'où la tension existante avec la retenue prônée en SP.

  J'espère maintenant que quand je parle de ''ce de quoi est fait l'ego" ça sonne plus clair...

 Pour faire très simple je dirais : D'un point de vue SP ayez l'ego le plus énorme possible, mais ayez un ego de FEMME !!   ;)
 

 
« Modifié: 24 octobre 2012 à 14:27:31 par Manengus »

24 octobre 2012 à 17:17:16
Réponse #4

Manengus



 Justement c'est là que je diverge. Gérer ça sous entends de mettre quelque chose entre parenthèse, réfréner ce quelque chose.

 Avec un "bon" ego on a pas besoin de le gérer puisqu'on a rien à lui prouver ( dans cette situation ).

24 octobre 2012 à 19:07:49
Réponse #5

Manengus


 Je viens justement de la socio anthropo, et la psycho n'est jamais loin.  :D

 Alors oui j'aurais pu parler de constructivisme, de l'autonomie relative de l’action individuelle, des référentiels normatifs ou de l'ethos de la virilité. Mais je trouve ça un peu pompeux lâché comme ça et on peut en parler de façon plus sympa.

  Appréhender des phénomènes qui traversent un groupe social donné ( ici les hommes en contexte de SP ) ne signifie pas pour autant les considérer comme implacables. Ca aide juste à comprendre une partie des comportements du dit groupe.

 Je pense donc qu'il peut être intéressant de réfléchir à la place de l'ego en SP non pas en terme de gestion de cet ego, ou de sa taille, mais par rapport à cet ethos de la virilité autour duquel il est construit et qui peut lui donner un caractère nocif.    

 Mais c'est probable que ça n'intéresse que moi cette histoire   ;#...

24 octobre 2012 à 19:56:19
Réponse #6

sharky




Moi, je comprends pas tout ce qui se dit, l'anthropo et la socio sont désormais loin pour moi alors je mets des images  ;# :





''what you learn in the afternoon must work for you that evening in the parking lot" Kelly Mc Cann

"despite what your mamma told you, violence does solve problems." Ryan Job

24 octobre 2012 à 22:35:28
Réponse #7

Manengus



Moi, je comprends pas tout ce qui se dit, l'anthropo et la socio sont désormais loin pour moi alors je mets des images  ;# :


 T'es juste Sharky, les images c'est toujours mieux. Donc voilà.... ;#



 Bon vous m'en voudrez pas, ça a été fait vite fait, c'est approximatif, l'outil est pas parfait pour ce que j'avais en tête, mais bref...voilà le fond de ma pensée illustré schématiquement.

 Ce qui se passe, c'est que lorsque on parle Ego et SP on s'intéresse toujours à ce qui se passe en aval de l'ego (à DROITE sur le schéma), comme si il était homogène et présent de nature chez chaque individu. Or ce qui m'est apparu intéressant, c'était mon post initial, c'est de remonter à ce qui se trouve en amont de cet ego ( a gauche sur le schéma ). Remonter à ce qui le structure et qui donc structure nos façons d'agir. A partir de ça je vais pouvoir répondre à Serge.

 
Ce que je ne comprends pas, c'est la volonté de dissocier un homme ou une femme, et un homme ou une femme en situation de protection personnelle ( entrainement, démarche instructive, situation périlleuse, etc ... ).

Je comprends la remarque et la notification de la présence d'égos plus marqués dans le monde de la SP, et sur le même temps, pas vraiment, constatant que dans tous milieux nous pouvons identiquement remarquer leur présence ( milieux artistiques, scientifiques, académiques, univers professionnels manuels ou intellectuels, etc ... ).

 Justement parce que quand on s'intéresse à ce qui se trouve en amont de l'ego, on se rends compte que celui d'une femme n'est pas structuré dans nos sociétés comme celui d'un homme. Donc je ne parle pas d'égo "plus marqué", mais de sa matière, ce à quoi il renvoi. Et tu fais bien de parler des milieux.
 Dans le milieu manuel ou militaire par exemple l'ethos de virilité occupe une place prépondérante. Si on se déplace dans le milieu intellectuel ou artistique alors il se fait beaucoup plus faible, moins massif, il peut d'ailleurs être mal vu. Pourtant les ego ne sont pas plus "forts" dans un milieu que dans l'autre. Juste pas la même matière.

 En SP, le soucis, c'est quand cet ethos de virilité structure l'ego. C'est à ce moment q'on dit qu'il faut le gérer, pour se "retenir", et le relativiser pour ne pas être tracassé de ne pas avoir agis.

  Mais comme indiqué sur le schéma, de cet ego provient aussi la confiance en soi, l'assurance, l'aplomb. Précieux éléments en SP. Alors comment taire cet ego porteur d'une virilité nocive tout en gardant la niaque et l'assurance dans ses actes ? Franchement c'est une question que je me suis souvent posé, sans la verbaliser, et de laquelle j'ai discuté avec deux connaissances ces derniers mois. Tous des gars sans expérience de la cogne.

 Maintenant il m'apparait qu'il ne faut pas gérer l'ego, mais le transformer radicalement en se penchant justement sur son amont.

 L'élément à l'origine de mon post, c'est qu'il me semble contre-productif de démonter d'un côté le comportement du "mâle sous testo" pour son imbécile prise de risques tout en continuant à entretenir cet ethos de la virilité, le premier découlant du second.... Je trouve que c'est quelque chose qu'on peut ressentir sur le forum ( même si ça n'enlève en rien son statut de mine d'or et d'oasis en matière de SP ).

 Je me dis maintenant que c'est un peu fort de parler comme ça alors que je suis tout juste inscrit. Mais on a tous un intérêt commun pour la SP et son approfondissement alors je me suis dit que ça pourrait peut être parler à certains...

 
 

 


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