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Auteur Sujet: Le Plan Nord: la perte des derniers grands espaces du Québec?  (Lu 1569 fois)

24 novembre 2011 à 21:31:50
Lu 1569 fois

Aishpanu



« Nous parlons d'un territoire de deux fois la France », a martelé le premier ministre du Québec lors de son passage dans l'Hexagone et sur plusieurs autres tribunes internationales.
C'est un mot de bienvenue pour certaines entreprises francaises, mais surtout pour des minières chinoises et indiennes, très intéressées par la quantité de minerais présents dans le sous-sol du grand nord canadien.
Le Plan Nord c'est un ensemble de projets et de construction d'infrastructures qui sont annoncés depuis ce printemps ou le seront dans les prochaines années.

Le prix à payer pour nous tous: la disparition d'un des plus grands espaces de forêts primaires au monde.

Un exemple qui me tient à coeur:
Le projet du lac Otelnuk. http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/energie-et-ressources/201103/11/01-4378527-adriana-projette-la-plus-grosse-mine-de-lhistoire-du-pays.php
L'équivalent de la production actuelle de fer au Canada.
Un investissement de 10 milliard d'euros pour la mine, l'usine de transformation en boulettes et 850 km de chemin de fer pour rejoindre un port en eau profonde.

Je fais partie des rares personnes qui ont vu ce territoire.

Je l'ai atteint après 10 jours d'expédition de canoë.
Les chutes en amont du lac sont uniques
Le delta à l'entrée du lac est riche  en canards et bernaches.
Alors qu'il se nourrissait sur un îlot au milieu du delta, j'ai surpris un ours imposant.

Le lac Otelnuk m'a rejeté sur sa rive tout une après-midi, alors que le vent s'est mis à souffler de plus en plus fort.
C'est tôt le matin que j'ai dû partir pour finir cette traversée et atteindre ses chutes les plus spectaculaires.

Une bien maigre consolation: ce projet peut amener travail et argent aux communautés Innus et Naskapis situées à une centaine de kilomètres.
Et au Canada, ce sont les premières Nations qui  ont encore réellement besoin de se développer économiquement.
Guide Boréal

28 novembre 2011 à 14:03:56
Réponse #1

Stephane


En effet, la forêt boréale est une forêt climax primaire. Elle n'a jamais été détruite mais pourra l'être même dans le possible 50% "protégé"!
J'ai eu, comme filmanue, la chance de visiter des coins non ouverts au public mais qui, si on y bâti les routes que notre gouvernement prévoit donner aux multinationales a nos frais, le territoire sera contaminé dans son ensemble par la simple présence de ces voies d'accès.
Pire, plutot que d'agir intelligemment et de facon engagée pour protéger immédiatement 50% du territoire, comme ils le promettent, en choisissant alors des parties significatives de cet environnement, le gouvernement ici se donne 31 ans pour le faire. Il "protégera" alors, probablement, les zones déjà exploitées et abandonnées par l'industrie puisque, de nombreuses mines ici ne sont exploitées que pendant environ 25-30 ans!
Objectivement, lorsqu'on "développe" un nouveau territoire, en 2011, l'environnement devrait passer en premier.
Aussi, comme la taiga ne se regénère pas a la vitesse des forêts du sud du Quebec, qu'en fait, une zone dévastée peut prendre jusqu'a 100 ans pour simplement reconstituer son couvert herbacé, on ne peut pas vraiment parler de "ressource renouvelable"!
La population du Quebec n'est pas pour un développement sauvage comme le veut notre gouvernement. La population est pour un développement sensé et mesuré donnant accès a des ressources précieuses et de grande valeur commerciale, en échange de participations importantes dans ces futures mines (plus que les maigres 12% sur les profits nets que veulent prendre nos gouvernements) mais, seulement après avoir protégé contre toute forme d'exploitation destructrice(y compris forestière et hydroélectrique), la moitié la plus valable, écologiquement parlant, de ce territoire.
Ce territoire magnifique est unique doit être préservé rapidement, avant que n'y entrent les pics des industriels avides de profits.
HS.Jean Charest ne nous représente pas, il n'est premier ministre que parce que 23% de la population a voté pour lui.
Stephane Deshaies
Estrie, Quebec

Pour conserver la même opinion en politique, il faut souvent changer de parti!

28 novembre 2011 à 14:33:35
Réponse #2

botchchikii


Citer
le plan nord c'est à partir du 49eme soit mais il n'existe qu'actuellement qu'une route allant jusqu'à Radisson et une autre ouest-est la Transtaiga ou se trouve les barrages jusqu'au LG4 qui doit se trouver un peu en dessous du 54eme ... mais il n'y a aucun developpement éco-touristique à part un peu de chasse ... les touristes ne viennent pas jusqu'ici c'est ainsi ...     
Le développement en Baie-James se fait de plus en plus rapidement. Si on exclue le « un peu de chasse », qui amène quand même énormément de monde entre mi novembre et mi décembre (grosso modo 1000 chasseurs / jour durant cette période), il faut ajouter la prospection et le forage pour l'or. Cette activité est chaque année plus importante. Et, ce qui est moins flagrant mais qui peut faire beaucoup de dégats dans les années à venir : la récolte du matsutaké, très prisé et qui semble pousser facilement en jamésie.

je continue à avoir des contacts avec des personnes du coin, et les alentours de Radisson changent vite. un secteur important de forage est en train d'être mis en place, des chemins parcourent les lignes de trappes des Crees. Et souvent encore sans leur aval. Cela, c'est sans parler du bois. je n'ai pas de source sure, mais il semblerait que les arbres de la taiga intéressent par leur forte densité.

Sinon, l'hydroélectricité est toujours d'actualité là haut, avec le projet de la rivière Rupert, achevée en 2009 malgré une grosse résistance des locaux et qui a ajoutée une nouvelle portion de route (jonction route du nord et route de la baie-james) et le projet de la grande baleine, qui ne semble pas vraiment perdu dans les esprits (en tout cas, on en parle toujours très régulièrement dans la région).

Après, que ça soit positif ou négatif, le temps le dira. mais personnellement, j'ai des craintes.

28 novembre 2011 à 15:06:40
Réponse #3

Kilbith


[HS=on]

Pssst!

Pour le non anglophones : Cree = Cris.

(je n'ai rien contre l’utilisation d'anglicismes qui souvent enrichissent notre langue. En revanche, quand ils viennent la "polluer" en se substituant à des mots français équivalents, c'est un source de confusion gênante. Surtout qu'il me semble que les francophones étaient en contact étroits avec les Cris, peut être avant les anglophones.)

[EDIT] : j'ai ajouté anglophone à la fin de mon message, sinon cela ne voudrait rien dire. Évidemment aucun reproches dans mes propos. C'est juste que j'aime à me souvenir que les francophones ont eu une longue et riche, parfois tumultueuse parfois fraternelle, histoire avec les premiers habitants de ces contrés. Mais on le voit rarement dans les "films d'indiens" qui sont souvent la seule source d'information de nos compatriotes sur ces autochtones.

[HS=off]
« Modifié: 28 novembre 2011 à 16:36:32 par kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

28 novembre 2011 à 17:37:57
Réponse #4

botchchikii


Salut.

Les 250 permis dont tu parles et qui sont donnés dans le pdf concernent seulement le tirage au sort de la zone 22A. Tu noteras que pour les autres zones (22b, 23 et 24), aucune limite de ce genre n'est donnée sur la page web que tu cites ( http://www.mrnf.gouv.qc.ca/publications/enligne/faune/reglementation-chasse/periodes-limites/caribou.asp), la seule limite, noté 2b, précise juste que les chasseurs doivent faire appel à une pourvoirie). Il existe bien un nombre de permis octroyé aux pourvoyeurs, mais je n'ai pas les chiffres (mais ça faisait vivre les pourvoyeurs à l'année donc c'est pas des cacahuetes).

De plus, il y a une grosse baisse cette année, due à une décroissance majeure de la population de caribous (http://www.radio-canada.ca/regions/abitibi/2011/02/28/002-chasse-caribous-permis.shtml). les années passées, rien que pour la 22A c'était 2000 permis au tirage au sort.

Franchement, j'ai pas mal cotoyé le secteur des pourvoiries de baie-james en 2008 et 2009. je n'en fréquentais qu'une, mais je t'assure que de mi-novembre jusqu'à mi-décembre, la pourvoirie était pleine tous les jours ~100-120 couverts. Au moins 5 pourvoiries sur la trans-taiga, dont mirage qui est pas mal achalandée, plus au moins 2 pourvoiries sur radisson… j'ai dit grosso-modo. allez y'en a pas 1000, je les ai pas compté mais avec les accompagnants, ça donne une idée du passage. Les chasseurs chassent pas tous les jours du caribous, mais sont là pour 4 jours, la durée du forfait. On les voit sur le bord des routes à tirer du lagopède quand ils ont leur quota.

Les chiffres, c'est bien, mais faut mettre les bons à ce moment là, le tirage au sort de la 22b, c'est pas ce qui attire le plus de monde, c'est réservé aux québécois (et en général ceux qui ont été tiré au sort prennent un forfait pourvoirie pour en avoir 2 de plus pour le meme trajet) Pour moi, c'est pas ce que j'appelle « un peu de chasse ». c'est le « big game » comme ils le disent eux même et il fait pas bon trainer dans le bois durant cette période ;)

sinon pour le HS, oui désolé on dit Cri en français, mea culpa.


« Modifié: 28 novembre 2011 à 17:51:55 par botchchikii »

29 novembre 2011 à 14:48:43
Réponse #5

Aishpanu


En réponse à ton premier message, filmanue

Dans sa définition, la forêt reste primaire tant qu'elle n'est pas perturbée par l'humain.

La forêt boréale au Québec, elle part du 49ème pour aller au 58ème du côté Est du pays. C'est énorme!!

C'est de l'impact humain que je veux protéger cette forêt. Pour sa seule valeur patrimoniale.
Parce que rares sont les endroits dans le monde où il existe d'aussi grands territoires vierges. Les plus grands troupeaux de caribous, des grands prédateurs... des mécanismes écologiques complexes et intacts.
Parce que le Québec étant l'un des pays les plus riches au monde, il peut se permettre ce luxe.

Au Québec, ce sont les technologies et l'innovation qui rapportent le plus d'argent. Pas les ressources naturelles.
L'avenir de la foresterie au Québec, ca fait déjà plusieurs années qu'on sait qu'il est dans le Sud de la Province.
La croissance y est plus rapide. Les essences plus diversifiées dont certaines de grande valeur. L'accessibilité de la ressource. La proximité des acheteurs.

Mais comme du 49è au 52è, les arbres sont là sans avoir besoin d'une vision à long terme, "qu'un arbre ça vaut rien tant qu'il n'est pas à terre"...

Il existe encore de la forêt primaire dans cette portion du territoire. J'espère que nous réussirons à en protéger une partie.
Sur les vastes territoires rendus accessibles par les compagnies forestières, il n'y a pas beaucoup plus d'écotouristes que dans le Nord.
Ce sont les pêcheurs et les chasseurs qui profitent de cette accessibilité accrue.

J'aimerais que le Nord reste inaccessible. Qu'il reste un mythe pour la majorité. Que les chutes Otelnuk ne deviennent pas celles du Niagara.
 
Je ne fais pas partie d'une élite, même s'il m'arrive de travailler pour elles.
Lors de l'expédition de canot déjà mentionnée, j'ai traversé le Québec de Schefferville à Kuujjuaq.
Pour 5 semaines d'expédition, incluant la voiture, le train et l'avion (retour Kuujjuaq-Schefferville), j'en ai eu pour 1000$
Guide Boréal

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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