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Auteur Sujet: Quelques éléments pour suivre ce qui se passe à Fukushima  (Lu 12834 fois)

31 mars 2011 à 13:19:47
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mad


Quelques éléments pour suivre ce qui se passe à Fukushima.

Avertissement : ce petit texte (trop) rapidement écrit n’a pas la prétention d’être exhaustif, et il peut contenir des erreurs, des simplifications et des approximations. Il n’a d’autre prétention que d’aider ceux que ça intéresse à se faire une opinion, et à décrypter les informations plus ou moins correctes qui sont diffusées dans les médias. Il ne reflète pas non plus nécessairement l’opinion de l’organisme dans lequel travaille son auteur. Son principal apport est d’aider à structurer la réflexion.

Une des premières recommandations à donner aux lecteurs de ce texte est de ne pas s’en contenter, et de compléter leur information au fur et à mesure de leurs besoins. Wikipedia (en français, ou souvent mieux en anglais) n’est certes pas parfait, mais est en général une source correcte si on s’en tient aux articles déjà bien relus. Je souligne dans le texte beaucoup de mots clés qui gagneraient à être mieux cernés avec Wikipedia ou une autre source.  

Pour des informations de base sérieuses, vous pouvez lire : "Le nucléaire expliqué par des physiciens", trouvable en librairie ou sur Amazon etc. Il est maintenant téléchargeable gratuitement et facilement ici  http://iramis.cea.fr/spec/Nuclear.pdf   C'est un bouquin vraiment objectif et bien documenté sur l'énergie nucléaire, écrit par un groupe de physiciens qui n'avaient pas d'a priori sur le sujet, mais qui ont travaillé ensemble pendant des années pour se faire une opinion objective. Tous les maillons de la filière sont expliqués et décortiqués, avec un regard critique et pas doctrinal : ça permet de se faire une idée personnelle, et de ne pas avoir le tournis entre les informations contradictoires et souvent erronées énoncées ici et là ...

Il y a aussi un certain nombre de liens d’actualités qui méritent d’être suivis, même si il est frappant de voir combien les informations sont incomplètes :

http://www3.nhk.or.jp/nhkworld/
http://www.asn.fr/
http://www.irsn.fr/FR/Documents/home.htm (en français)
http://www.iaea.org/newscenter/news/tsunamiupdate01.html
http://www.bbc.co.uk/news/world/asia_pacific/
http://www.tepco.co.jp/en/press/corp-com/release/index-e.html
http://english.kyodonews.jp/news/
http://www.nisa.meti.go.jp/english/index.html

Et vous pouvez regarder ce dessin animé, qui est à la fois désolant et drôle, où les autorités japonaises communiquent auprès des enfants sur la catastrophe :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=5sakN2hSVxA


L’Energie nucléaire : fusion, fission, étoiles, bombes, réacteurs


Les atomes diffèrent par le nombre des protons (Z) et des neutrons qui composent leur noyau, et les différents « éléments » sont classés par nombre de protons croissant : du plus léger, l’hydrogène (un seul proton), aux plus lourds, les « transuraniens », dont on n’a pas fini de dresser la liste. Chaque élément a des « isotopes » : le noyau, en plus de ses Z protons, comporte aussi des neutrons. Et pour avoir un atome, il faut que ce noyau soit entouré de Z électrons, la charge totale étant alors nulle (un atome avec pas assez ou trop d’électrons est appelé un ion). Seul l’hydrogène peut exister sans neutrons – mais il a quand même deux isotopes, le deutérium (1 proton plus 1 neutron), et le tritium (1 proton et 2 neutrons). Il ya une relation semi empirique qui prédit le nombre de neutrons qui doivent être ajoutés aux Z protons pour former un atome Z stable. Et les formes isotopiques s’écartant de cette loi sont souvent moins stables : ils se détruisent spontanément en cassant leur noyau en d’autres noyaux plus légers, ou en émettant un neutron, ou encore en transformant un de leurs neutrons en proton (changeant ainsi de Z, donc de nom d’élément).

Les atomes très lourds sont souvent instables, et cette « fission nucléaire » dégage de l’énergie. A-contrario, il est possible de regrouper des noyaux légers en gagnant de l’énergie (« fusion nucléaire »). Au milieu, le fer avec Z=26, est désespérément stable.

L’énergie des étoiles provient essentiellement de la fusion de l’hydrogène. Ce n’est que quand celui-ci est presque épuisé que la fusion de l’hélium, puis d’éléments plus lourds, se produit. Quand on arrive à brûler des éléments lourds (moins lourds que le fer), il n’y a plus assez d’énergie pour soutenir la masse de l’étoile, et celle-ci se contracte de façon plus ou moins catastrophique suivant sa masse initiale. Le reste peut être une naine, ou donner une nova, une supernova, et éventuellement une étoile à neutrons ou un trou noir. C’est lors de cet effondrement que sont produits tous les éléments de Z > 26 : nous sommes construits avec des cendres de supernova.

L’homme a découvert ces réactions dans la première moitié du XX° siècle, et a commencé à faire des bombes avec. La bombe A développée par le programme Manhattan, et qui a donné lieu à Hiroshima et Nagasaki, est le résultat de la maitrise d’une réaction de fission divergente, alors que les réacteurs nucléaires sont le résultat d’une réaction en chaine stable et maitrisée (hors accident…).

La fusion thermonucléaire quant-à elle n’a été vraiment réalisée par l’homme que de façon explosive : c’est la « bombe H ». Les chercheurs essaient depuis plus d’un demi-siècle de la réaliser de façon contrôlée (par confinement magnétique principalement, et le programme ITER est un grand pas dans cette direction). L’avantage d’un réacteur à fusion résidera dans l’absence de possibilité de détournement militaire, dans l’impossibilité d’accidents graves, dans la disponibilité à très long terme de carburant, et enfin dans l’absence de déchets. Mais son inconvénient est la difficulté technologique et le coût.

L’énergie nucléaire que nous utilisons tous les jours est donc une énergie venant de la fission de noyaux. Bien qu’il existe plusieurs filières de combustibles : avec de l’uranium naturel  (non enrichi en U235) comme dans la filière canadienne, ou encore avec du thorium etc., nous regarderons essentiellement le cas le plus fréquent, celui du réacteur nucléaire à uranium enrichi.

La réaction de base est la fission de l’uranium 235 : un neutron venant d’une fission spontanée (rare, mais non exceptionnelle) va induire une fission dans un autre noyau d’U235, libérant deux noyaux plus légers, et des neutrons. Pour que la réaction se poursuive, il faut qu’au moins un des neutrons produits induise une autre réaction : c’est là que s’introduit le concept de criticité. La criticité est mesurée par le rapport de multiplication k, qui est le nombre de neutrons produits à la génération n divisé par le nombre de neutrons produits à la génération n-1.

Dans une bombe A, on cherche à maximiser k pendant le plus longtemps possible, pour faire fissionner le maximum d'uranium ou de plutonium : réaction en chaine divergente, excursion exponentielle. Si on concentre toute la matière fissile en une sphère, il existe une masse critique pour laquelle la réaction divergera (k>1). Mais elle cessera vite, car la sphère se disloquera. Et si la matière fissile n'est pas concentrée en une sphère, la masse critique est plus élevée.

On peut réduire cette masse en entourant la sphère de réflecteurs de neutrons, et prolonger la durée de la réaction en chaine en comprimant la configuration avec des explosifs classiques (c'est l'énergie cinétique des matériaux fissiles implosant qui maintient la configuration assez longtemps, aidée par les réflecteurs). Cette compression peut être faite soit en configuration "gun" avec de l'U235, soit en implosion sphérique avec du PU239. La puissance maximum d'une bombe A est limitée par le fait qu’il est difficile de disposer un maximum de matériau fissile en gardant la possibilité de rassembler tout ça en une sphère assez parfaite lors de l’implosion.

La quantité de matière fissile dans un réacteur serait largement assez grande pour atteindre des k très élevés. Mais les ingénieurs s'arrangent pour que ça ne se produise pas. Le pilotage d'un réacteur se fait précisément à la limite de criticité k=1 : il y a autant de neutrons produits par fission que de neutrons absorbés. C'est une réaction en chaine "constante".

La régulation se fait de façon passive (effet doppler entre autres) et active (barres de régulation par exemple). Et elle doit se faire à 10^-5 près. Un élément favorable est qu'une partie des neutrons (dits "prompts" – à ne pas confondre avec les neutrons « rapides ») est émise dans les 10^-14 s après la fission de l'uranium, alors qu'une faible fraction est émise nettement plus tard par des fragments du noyau fissionné. Le retard peut atteindre plusieurs secondes, ce qui permet le pilotage par les barres de contrôle. Mais un réacteur en activité est toujours juste critique (k=1 +/- 10 ^-4).

Les différentes filières de réacteurs à fission

Pour comprendre l'importance relative des différents accidents du nucléaire civil, il faut bien distinguer les technologies des réacteurs : ceux de Three Miles Island (PWR), Tchernobyl (Graphite) et Fukushima (BWR) ont des filières totalement différentes, et ça a un énorme impact sur les conséquences des accidents respectifs.

Les différents types de réacteurs se distinguent par le choix du combustible (uranium naturel, uranium enrichi, MOX, thorium etc.), et par le choix du modérateur (eau lourde, graphite, eau « normale »), mais les deux sont en effet liés. La possibilité d’utiliser l’uranium naturel, à faible teneur en U235 est tentante, mais elle oblige à utiliser de l’eau "lourde" D2O  comme modérateur – c’est la solution utilisée par exemple dans la filière gaz - eau lourde qui était la première filière envisagée en France, mais aussi  dans les réacteurs canadiens CANDU qui fonctionnent à l'uranium naturel. L'eau "normale" modère trop les réactions de fission pour utiliser de l'uranium naturel, d'où le recours à de l'uranium enrichi (on augmente le taux d'U235), et de MOX (avec recyclage d'une partie du plutonium produit dans un premier cycle du combustible). Le graphite peut aussi être utilisé comme modérateur : il y a plusieurs filières qui utilisent le graphite, la grande différence portant sur le fluide de refroidissement. En France, on a utilisé la technique graphite - gaz (Chinon et Marcoule : 6 réacteurs aujourd'hui arrêtés). A Tchernobyl, c'était graphite - eau. Et sans entrer dans les détails, ce n'est pas le plus facile ...

La majorité des réacteurs en service aujourd’hui dans le monde utilisent l’uranium enrichi comme carburant (avec une part plus ou moins importante de carburant recyclé contenant du plutonium : le MOX), et l’eau « normale » comme modérateur. Mais même alors il y a plusieurs choix technologiques possibles, les deux principaux étant les PWR et les BWR (respectivement REP et REB en français) :

- PWR = « Pressurized Water Reactor » ou « REP » = « Réacteur à Eau Pressurisée » - c'est à dire que l'eau du circuit primaire en contact avec le cœur et radioactive est pressurisée et ne bout pas. Sa température est d'environ 325°C. Elle passe dans un échangeur et chauffe l'eau du circuit secondaire - non radioactive - qui fait tourner les turbines. Cette eau secondaire peut être en circuit ouvert, ou être refroidie par une tour de refroidissement. Tous les réacteurs en service en France actuellement sont des PWR.

- BWR = « Boiling Water Reactor » ou « REB » = « Réacteur à Eau Bouillante » : c'est la vapeur de l'eau du circuit primaire qui fait tourner les turbines, et retourne au réacteur après avoir été refroidie par un condenseur où passe de l'eau en circuit ouvert, non radioactive. La température de l'eau dans le réacteur (circuit primaire) est d'environ 285°C. A Fukushima, c'est l'eau de mer filtrée qui était utilisée dans le secondaire.

Rappelons encore que les PWR et les BWR utilisent de l'eau normale, ou "légère", c'est à dire H2O par opposition à l'eau "lourde" D2O Dans le cas des PWR, on met de l'acide borique dans l'eau primaire pour ajuster la réactivité. Dans les BWR, il n'y a - en régime normal - pas de bore dans le circuit primaire.

Les accidents :

Accidents de criticité


Il y a eu différents accidents de criticité dans la recherche et l'industrie nucléaire, et Tchernobyl a bien eu un accident de criticité : on a brièvement dépassé k=1, et la puissance instantanée a dépassé dix fois la puissance maximum (excursion transitoire – probablement interrompue par la destruction partielle du cœur), mais on n'a pas eu une divergence exponentielle prolongée comme dans une bombe ; et si il y a eu fonte du cœur ,fonte qui fit un horrible tas de "corium" par la suite, ce corium, pour autant que je sache, n'a pas atteint une configuration critique. Néanmoins, Tchernobyl avait tout pour plaire : c'est le feu du graphite qui a été un des éléments clefs. Les gros problèmes de Tchernobyl étaient que :

1) ce  type de réacteur est naturellement instable à puissance faible

2) le graphite brûle

3) il n'y avait pas plusieurs enceintes de confinement.

Quand à la suite d'une manœuvre imprudente le réacteur s'est trouvé en régime instable, les opérateurs ont accumulé une série de réponses erronées qui ont conduit à une violente explosion, à la rupture de l'enceinte de confinement du cœur, et à l'incendie du graphite. La quantité de radioéléments libérés a été énorme. Un bilan sanitaire des conséquences de Tchernobyl que je trouve objectif se trouve ici :  http://www.wonuc.org/xfiles/aurengo1.htm


On peut aussi citer des accidents de criticité brefs liés à des manipulations en laboratoire d’une sphère sub-critique de plutonium. Aussi invraisemblable que ça puisse paraître, la même sphère (demon core) a tué deux chercheurs – en 1945 et 1946 à Los Alamos - les deux manipulant à la main des réflecteurs de neutrons pour voir la limite critique. Dans le même genre de délire, il y a eu à OakRidge un bidon qui recueillait des liquides radioactifs, sans qu’on se préoccupe trop de savoir ce qu’il y avait dedans, et qui s’est mis à avoir le hoquet  en faisant des petits sauts de criticité …


Les autres types d’accidents

En dehors de la perte de contrôle entrainant directement une excursion de criticité, un certain nombre d’autres perturbations peuvent entraîner des dysfonctionnements plus ou moins graves.

Des erreurs humaines dans la conduite du réacteur, dans la manutention des combustibles etc. : ce fut le cas à Three Miles Island.

Des accidents naturels : séisme, tsunami, chute de météorite etc. : à Fukushima Daishii, ce fut séisme ET tsunami …

Des accidents liés aux humains : chute d’avion (accidentelle ou terroriste), bombardement ou sabotage des installations etc.

Les structures sont de plus en plus surdimensionnées pour résister à des accidents : les PWR actuels sont dimensionnés pour résister à la chute d’un avion de tourisme, les EPR en construction à celle d’un gros porteur type A380 ! Entre Tchernobyl et les réacteurs français actuels, il y a des ordres de grandeur dans la sécurité, et encore des ordres de grandeur avec les nouveaux EPR. Est-ce assez ?

Dans tous les cas où un accident entraîne l'arrêt d'un réacteur (l'arrêt de la réaction en chaine), il faut néanmoins assurer le refroidissement, car la chaleur dégagée par les éléments combustibles reste suffisante pour provoquer des dommages en l'absence de ce refroidissement :



On comprend facilement que si la circulation d'eau n'est pas maintenue, et en particulier si les éléments de combustible ne sont plus immergés, la température peut monter à plusieurs centaines de degrés, et conduire ainsi à une dégradation des gaines de combustible, puis à une fonte partielle ou totale du cœur.



Le cas de Fukushima Daishii

Un schéma de principe des réacteurs BWR (la piscine de stockage est collée contre l'enceinte principale):



Et un plan de l'ensemble du site :



Les réacteurs 1, et 2 avaient été chargés avec de l'uranium faiblement enrichi, seul le 3 contenait en plus du MOX. Mais ça ne signifie pas que les combustibles sont "propres", car ayant été utilisés un certain temps, le combustible est devenu un mélange complexe d'isotopes variés, dont certains sont dangereux.

A Fukushima, il n'y a pas eu d'accident de criticité, car, malgré le séisme, les barres de contrôle ont bien fonctionné et ont stoppé la réaction en chaîne. Mais ce sont les circuits de refroidissement qui sont tombés en panne, ce qui a conduit à la situation actuelle.
Le séisme a entraîné l'arrêt d'urgence des réacteurs en activité (1, 2 et 3), et l'interruption de l'alimentation électrique. Il a aussi sans doute causé d'autres dégâts aux différents équipements hydrauliques et de contrôle. Le tsunami quant à lui a balayé une partie des installations, mais surtout a provoqué la mise hors service des générateurs diesels de secours, ce qui a rendu l'alimentation des circuits d'eau impossible. Il n'est pas encore établi de façon claire si les circuits hydrauliques (primaire et secondaires) avaient encore une intégrité suffisante juste après le séisme.

La situation actuelle (MAJ le 04 avril 2011)

Tout d'abord, un lien sur des images du site après l'accident : http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2011/03/fukushima-les-photos-o%C3%B9-lon-voit-presque-tout-.html (ce lien provient du blog de Sylvestre Huet : http://sciences.blogs.liberation.fr/home/, qui est un bon blog scientifique).

Dans le cas de Fukushima, à la suite de l'arrêt automatique de la réaction en chaine en cours dans les réacteurs 1, 2 et 3 (arrêt provoqué par l'insertion des barres de contrôle, qui s'est bien opérée), le refroidissement n'a plus été assuré par suite d'une rupture du réseau électrique (en raison du séisme) ET d'une panne des générateurs de secours, inondés par le tsunami. La vapeur en surpression a été libérée, et le haut des barres de combustible qui n'était plus refroidi a peut-être commencé à fondre (d'où le césium mesuré). L'interaction entre l'eau et les gaines de zirconium ont produit de l'hydrogène dans le réacteur. Pour préserver l'intégrité de ces réacteurs, l'hydrogène a été relaché pour faire baisser la pression. Les toits des bâtiments ont été soufflés par l’explosion de l’hydrogène produit par la chaleur élevée, mais ce n’est pas le problème majeur, ça a au contraire permis l’arrosage des zones chaudes par des lances à eau, et dans une moindre mesure par largage depuis des hélicoptères. Ces opérations, bien qu'impressionnantes et paraissant désespérées ont permis d'éviter d'envoyer du personnel dans des zones où les radiations étaient à ce moment là très dangereuses. Des canons à eau sont toujours utilisés pour remplir certaines piscines.

La difficulté d’accès, et l’interruption de l’alimentation en eau et en électricité ont ensuite posé des problèmes de refroidissement des piscines de stockage des combustibles usagés situées à proximité immédiate des réacteurs 1, 2, et 3, mais aussi de celle du réacteur 4 qui –ce réacteur venant d’être déchargé de ses éléments combustibles - était (et est encore, bien sûr) très pleine. En outre, les réacteurs 5 et 6 qui étaient en arrêt « à froid » ont aussi donné des inquiétudes, car même en arrêt à froid, la nécessité d’un refroidissement est encore là. Il semble que pour ces deux réacteurs on n’ait jamais frôlé la catastrophe, et que jusqu'au 30 mars, TEPCO envisageait de les redémarrer dans le futur. Pour les réacteurs 1,2 et 3, dès lors qu'on y avait mis de l'eau de mer, ils étaient condamnés à la casse.

Les gros problèmes étaient donc les cœurs des réacteurs 1,2 et 3, et les piscines des réacteurs 1 à 4.

Pour reprendre le contrôle de la température des réacteurs, les opérateurs ont essayé d’injecter de l'eau borée pour refaire les niveaux, mais, faute d’eau douce disponible, ils ont été amenés à refroidir le cœur par de l'eau de mer.
Depuis, en raison de fuites dans le circuit primaire, et sans doute de fissures dans l’enceinte primaire du cœur d’un au moins, voire de deux ou trois des réacteurs, cette eau de mer qui a été en contact avec des barres de combustibles probablement dégradées (rupture des gaines des barres de combustible), s’échappe sur les planchers des bâtiments des réacteurs et des bâtiments des turbines, et ce qui est plus grave, semble avoir a envahi les tranchées de câbles électriques en dehors des bâtiments - ici, sous toutes réserves, un schéma qui circule de ces tranchées :



Les plus ou moins brèves évacuations successives du site sont liées aux pics de radioactivité émis soit sous forme gazeuse, soit par ces flaques contaminées.

Le problème actuel est le pompage de cette eau fortement contaminée (et son stockage pour traitement ultérieur ?), afin de permettre une remise en état du maximum de circuits pour rendre pérenne la stabilisation des températures, et pour commencer à colmater les fuites.

Une bonne nouvelle est le remplacement progressif de l'eau de mer par de l'eau douce dans le refroidissement des primaires et des cœurs : l'eau de mer est corrosive, et les circuits ne sont pas prévus pour ça, d'autre part, une partie de l'eau injectée partant sous forme de vapeur, il y a des dépots de sel qui peuvent former des bouchons.

L'intégrité d'au moins une des cuves étant dégradée, et en raison d'apparentes fuites sur les circuits primaires, la partie supérieure des barres reste dénoyée dans au moins un des réacteurs. Savoir si la fusion de ces barres continue est très difficile : un des enseignements de cette catastrophe (mais Tchernobyl aurait du nous y préparer) est qu'il est indispensable d'avoir des circuits de mesure et d'observation suffisamment "durcis" pour résister à un accident majeur. Là, on a l'impression que les opérateurs travaillent largement à l'aveugle.

Point de situation le 04/04/2011 :
(dolgan)
Pas d’évolution majeure.
Le 2 avril, une seconde barge d’eau douce a été amenée sur le site.
La situation bloquante reste l’évacuation de l’eau présente dans les salles des machines et les tunnels de service.
Unité 1 :  ils ont pompé une partie de l’eau présente dans la salle vers le condensateur. Une fois celui-ci plein, ils l’ont vidé dans un second réservoir. Ils devraient bientôt se remettre à pomper l’eau vers  le condenseur.
Unité 2 :  Idem unité 1. Ils ont juste un peu de retard.
Unité 3 : pas d’info.
Unité 4 : le pompage de l’eau n’est pas une priorité. Le réacteur étant vide.
Le 2 avril,  une voie de fuite radioactive vers la mer a été identifié sur le tunnel de service de l’unité 2. Deux tentatives pour colmater la fuite ont échoué. La première utilisait du Béton, la seconde un polymère qu’ils ont chaque fois tenté sans succès d’injecter pour boucher la fuite. Le 2, ils ont installé une caméra pour surveiller à distance le niveau d’eau dans cette tranchée.

Pour pouvoir pomper et stocker l’eau fortement contaminée (plus de 1000mSv/h) située dans la tranchée de l’unité 2, Tepco a eu l’autorisation du gouvernement japonnais de rejeter à la mer 10000T d’eau « faiblement » contaminée (reste à chiffrer le faiblement). 1500T d’eau faiblement contaminée présente dans les sous-bassement des unités 5 et 6 devrait aussi être vidangée vers la mer pour éviter qu’elle ne dégrade les installations de ces unités. L’opération n’avais pas encore eu lieu le 4 avril, l’IAEA ayant demandé plus d’information sur la question.

Etat des réacteurs :
Pas d’évolution majeure.
R1 : L’injection d’eau se poursuit 6m3/h. Température à la buse d’alimentation en eau :  243°c
R1 : L’injection d’eau se poursuit 8m3/h via des canalisations de secours incendie. Température à la buse d’alimentation en eau :  140°c
R1 : L’injection d’eau se poursuit 7m3/h via des canalisations de secours incendie. Température à la buse d’alimentation en eau :  114°c
R4 : vide
R5/6 : arrêt a froid. Situation normale.

Etat des piscines :
Pas dévolution majeure.
Le 1er avril, un complément de 70T d’eau par une canalisation d’eau a été réalisé sur la piscine de l’unité 2.
Des compléments d’eau on aussi était fait le 31mars et le 1er avril sur les piscines 1 et 2. Ils utilisent toujours des camions et des lances à eau pour cette opération.


Les scénarios possibles

Je reproduis d’abord en italique un texte que j’avais écrit il y a une dizaine de jours :

Si les opérateurs arrivent à maintenir le refroidissement pendant quelques jours, on aura une catastrophe certes, avec une pollution radioactive à large échelle, mais bien minime par rapport à Tchernobyl. Si par contre ils n'arrivent pas à empêcher la fusion (fusion thermique, c'est à dire fonte - comme un glaçon qui fond, à ne surtout pas confondre avec la fusion thermonucléaire comme des journalistes le font ces jours-ci) quasi-complète du combustible, et si de plus les enceintes primaires perdent sérieusement leur intégrité, alors il est difficile de mesurer les conséquences.

Ce texte est maintenant obsolète : bien que d’énormes efforts aient été consacrés à refroidir les cœurs, on sait aujourd’hui qu’une fusion partielle (mais pouvant aller jusqu’à 70%) s’est produite dans les cœurs des réacteurs 1, 2 et 3, et que au moins une des enceintes primaires (celle du 2) n’est plus étanche ; Il n’est pas certain que les phénomènes de fusion des cœurs soient maintenant derrière nous : un surcroit de radioactivité qui empêcherait le maintien des opérations de refroidissement pourrait aboutir à une fonte totale, avec au pire une perte du carburant vers le bas, aboutissant à une accumulation de corium sous le réacteur. Mais rappelons encore que le risque de fusion thermonucléaire est égal à zéro, alors que de nombreux journalistes confondent sans cesse ça avec la fusion thermique (fonte) du cœur.

A Tchernobyl, rappelons que le tas de corium n'a très vraisemblablement pas atteint une configuration critique. A Fukushima, on peut espérer qu'il en sera de même, même si la fusion des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 se poursuivait - ce qui pourrait arriver si la radioactivité répandue sur le site empêchait la poursuite des opérations de refroidissement. Mais, contrairement à d'autres types de réacteurs où le cas est explicitement prévu, je n'ai vu nulle part qu'il y avait des répartiteurs de corium pour assurer au moins la non-criticité. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en a pas : simplement, je n'ai pas cette information.
Si cette fonte se poursuivait, même sans qu’une configuration critique soit réalisée, il pourrait quand même y avoir une explosion - non nucléaire - due à la vapeur d'eau ou à des réactions physico-chimiques – ce qui serait catastrophique car dispersant des radioéléments un peu partout.

Sauf si les techniciens japonais réussissent rapidement à reprendre définitivement le contrôle (et en particulier à faire monter et à maintenir le niveau d'eau dans les cœurs et les piscines), l'accident de Fukushima risque donc d'avoir des conséquences directes non négligeables sur notre santé et la qualité de notre alimentation.
Si l'exploitant arrive à reprendre définitivement le contrôle de la température des réacteurs et des piscines dans les prochains jours, et que le "nettoyage" (démantèlement partiel plutôt que sarcophage global) est fait proprement, la quantité relarguée sera sensiblement moindre qu'à Tchernobyl. Mais ce n'est pas encore gagné.

Les conséquences du "pire" scénario sont environ de l'ordre de celles de Tchernobyl (potentiellement encore plus élevées, en raison des quantités de combustibles usagés stockés dans les piscines). Et la circulation atmosphérique globale se chargera de répartir ça dans tout l'hémisphère Nord. Le contaminant le plus ennuyeux sur une large échelle spatio-temporelle est le Césium 137 - qui à Tchernobyl n'a représenté que le 1/40° de la radioactivité totale libérée dans l'accident, mais qui a eu les répercussions les plus lointaines. La radioactivité liée au Césium 137 libéré par Tchernobyl a été estimée à 2,5 MCi (2,5 mégacuries), soit environ le dixième de ce que l'ensemble de tous les essais nucléaires atmosphériques a produit. Mais c'est sur une échelle temporelle brève, et les conséquences sont donc relativement plus importantes. En raison de la dilution irrégulière des contaminants, il est hautement probable que certains cancers ont été causés par Tchernobyl, même dans des pays éloignés.


Quelques remarques locales

Il semble évident que l’exploitant TEPCO n’est pas à l’abri de toute critique : il a falsifié des rapports de sécurité, n’a pas tenu compte d’expertises soulignant que les dimensionnements étaient faits pour des séismes trop faibles par rapport aux risques réels, etc.

Pire, il semble qu’il n’y avait pas une culture d’intervention en cas de sinistre : pas de robot, pas de réserves d’eau borée, pas  de générateurs de secours en nombre suffisant etc. Par ailleurs, la technologie des BWR utilisée n’est pas – et de loin – la plus récente ni la plus sure.

Remarques générales et conclusion

De l’aveu même des autorités nucléaires françaises, l’accident de Fukushima met le doigt sur un nouveau problème : bien que le dimensionnement de la sécurité des centrales soit de plus en plus exigeant, personne n’a vraiment travaillé sur des scenarios avec cumul de risque. En particulier, personne n’avait examiné ce qui se passerait s’il y avait un séisme ET un tsunami à Fukushima. C’est d’autant plus absurde qu’on sait bien qu’un séisme provoque souvent un tsunami. Ca montre donc les limites de la raison humaine dans la prévision. Mieux vaut compter sur des schémas naturellement sûrs. Or il existe des filières dites à « sécurité passive », où tout est conçu pour qu’en cas d’incapacitation soudaine de l’ensemble du personnel technique (bombe à neutrons, gazage etc.), et en cas d’incident sur le réacteur, il se mette spontanément en configuration d’arrêt sans risque. Il semblerait raisonnable qu’à l’avenir on privilégie ce type de concepts.

Pour ceux que les méthodes d’études des arbres de risque pour des installations industrielles (nucléaires ou non) intéresseraient, il y a une littérature très abondante. Quelques mots-clés : Fault Tree analysis, probability risk assesment etc.

Aussi horribles que soient les conséquences immédiates du tremblement de terre et du tsunami, elles sont faibles par rapport à celles du tsunami  de 2004 ou du séisme d'Haïti. Sauf les conséquences sur la centrale de Fukushima. Et là, on assiste très vraisemblablement à un bouleversement historique d'un certain nombre de paradigmes de notre société capitaliste (ce qui n'est pas forcément un mal), mais au prix d'une catastrophe écologique qui potentiellement peut être la pire de l'histoire humaine si les opérateurs ne reprennent pas le contrôle dans les prochaines semaines.

Il y a avait un changement progressif dans la vision du nucléaire au sein des opinions publiques, qui de plus en plus voyaient le nucléaire comme un mal nécessaire pour passer le cap de la transition vers des énergies renouvelables et vers l’énergie de fusion, en limitant le recours aux énergies fossiles afin de réduire autant que possible l’effet de l’homme sur le climat. Cette acceptatibilité meilleure est aujourd’hui remise en cause par les évènements au Japon.

Et si je puis conclure sur une note personnelle, je dois reconnaître qu’ayant admis longtemps que le recours à l’énergie de fission était un mal nécessaire (je suis un fervent défenseur de la fusion sur le long terme, et ai consacré 20 ans de ma vie à faire avancer la théorie des plasmas), que j’étais raisonnablement convaincu qu’après Tchernobyl les précautions de sécurité seraient renforcées et qu’un accident majeur serait sinon impossible, mais du moins assez anticipé pour être rapidement circonscrit et stabilisé, j’ai aujourd’hui des doutes.
Il est maintenant prouvé que même dans un pays qui fut le premier à subir une catastrophe nucléaire, qui est un pays technologiquement et culturellement avancé, le souci du profit passe devant celui de la sécurité.

Je pense que si l’on doit garder une partie de la production d’énergie sous forme nucléaire, ce doit être sous un contrôle étatique fort – sans sacrifier la transparence.
« Modifié: 06 avril 2011 à 17:07:38 par dolgan »

31 mars 2011 à 13:43:14
Réponse #1

zapi


belle synthèse, merci pour le travail effectué  :up:,

31 mars 2011 à 14:15:07
Réponse #2

dolgan


Brouillon: article en préparation pour compléter la présentation ci dessus.

Citer
On mesure les conséquences sur les tissus vivants d'une irradiation ou contamination en Sievert (Sv). C'est une unité trés élevée . C'est pourquoi on parle plus en millième de sievert. Les spécialistes estiment que pour un dose équivalente inférieure 0,1 Sv, ou 100 mSv, le risque de développer un Cancer (ou des effets médicaux notables) n'est pas supérieure à celui produit par la nature de l'activité humaine moderne.
L'irradiation mesurée au Japon serait de 1mSv/h. Il faudrait rester exposé plus de 100 heures consécutives à ce débit de dose, pour atteindre le seuil de 100 mSv.

La prochaine fois que vous subirez une radio ou un scanner, je vous invite à demander au Radiologue de vous fournir la dose absorbée ! (s'il vous la donne !). Comparez à ces valeurs et jugez par vous même ! Peut être jugerez vous l'imagerie médicale comme une technologie bien pire que l'énergie nucléaire...C'est encore un pb de bénéfice/risque....
moléson
Citer
Pour comprendre les taux de radiations:

1'000 mSv = maladie aigue des rayons
500mSv = augmentation de la mortalité à long terme (leucémies etc..)
100mSv = pas de problème.

Exposition d'un français moyen de l'ordre de 2.5 mSv/an.

Les valeurs qui sont communiquées sont des mSv/heures.

Donc en gros si on a 400mSv/h on peut rester 15 min et si on a 50 mSv on peut rester 2 heures, sans craindre de problèmes majeurs pour la santé. Logiquement ça ne concerne que l'urgence, dans la vie de tout les jours, les limites d'expositions sont 1mSv pour les personnes normales = 3 radios des poumons et 20 mSv pour les travailleurs dans le nucléaire.

http://www.irsn.fr/FR/base_de_connaissances/librairie/Documents/documents_reference/IRSN_reference_Accidents_Graves_REP.pdf
« Modifié: 05 avril 2011 à 17:30:23 par dolgan »

31 mars 2011 à 14:28:11
Réponse #3

nadia


Merci pour l'effort de vulgarisation  :)
Cela permet de mieux comprendre la situation, sans a priori.

31 mars 2011 à 15:30:44
Réponse #4

dolgan


La première partie est quand même très complexe.

Citer
Le problème actuel est le pompage de cette eau fortement contaminée (et son stockage pour traitement ultérieur ?),

Oui, l'eau des salles est pompée dans les condenseurs. pour le 1, ils ont déjà pompé la moitié: 20cm (c'était déjà il y a 12h au moins).

Les condenseurs de 2 et 3 sont pleins. ils les vidangent vers des réservoirs de stockage avant de pouvoir y pomper l'eau présente dans les salles. L'opération est prévue pour durer plusieurs jours, en supposant que les condenseurs soient étanches.

Tant que cette eau n'est pas évacuée, personne ne pourra intervenir dans ces salles. Le refroidissement classique ne pourra donc pas être rétabli. La situation restera donc critique.

Pour être complet, il manque sans doute un focus sur les piscines.

Personnelement, je n'ai toujours pas compris certaines choses. je ne sait pas si quelqu'un a une réponse:
- ils injectent de l'eau de mer dans les réacteurs pour les refroidir. apparement à des débits de l'ordre de 8m3/h (débit qu'ils adaptent en fonction de la température). que devient cette eau?
A priori, une partie au moins part encore en vapeur.
- sur les états de situation de l'irsn ,qui se sont de plus en plus espacés, on trouve l'information suivante sur les réacteurs:
Citer
Le débit d’injection d’eau est ajusté afin d’assurer le refroidissement du coeur, qui reste cependant partiellement dénoyé, tout en contrôlant la pression dans l’enceinte.
 Tu sembles toi aussi y faire référence sans développer le sujet:
Citer
(et en particulier à faire monter et à maintenir le niveau d'eau dans les cœurs et les piscines),
Qu'elle contrainte technique fait qu'on n'arrive pas à les noyer complètement. quelles en sont les conséquences?
Depuis le temps, je suppose que ce qui est hors d'eau a fondu.

Si je peux me permettre, je pense que certaines illustrations seront très utiles. je les rajoutes au fur et à mesure:
Edit: image virée puisque reprise plus haut.

Plan centrale Fukushima Daini. la centrale de Daishi est sur le même modèle. il y a juste 2 autres réacteurs en haut. la deuxième photo est celle que je trouve interessante. Elle permet de se représenter la centrale dans l'espace.

source: asn aussi. j'ai cherché ailleurs, j'ai pas trouvé d'autre coupe transversale. il serait interessant de pouvoir visualiser les tranchées inondées. il y a une représentation dans un communiqué de l'irsn, mais la qualité est très médiocre, et il faut l'extraire d'un pdf.
intéressant, mais trop détaillé je trouve: https://lh4.googleusercontent.com/-34OvT-s_6Kg/TYS7DZwKjgI/AAAAAAAAKwU/6fvhD3LztP4/fukushima_daiichi_map_plan.jpg
« Modifié: 31 mars 2011 à 16:42:20 par dolgan »

31 mars 2011 à 15:50:30
Réponse #5

stefalive


Le monde est un livre, et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page...

31 mars 2011 à 16:13:45
Réponse #6

mad


@ dolgan et aux autres - j'ai l'intention d'incorporer vos remarques et images dans le post initial, sans chaque fois vous en attribuer le mérite, et sans justifier pourquoi je prends tel truc et rejette tel autre. Ne m'en veuillez pas, c'est la seule méthode efficace. Par ailleurs, à partir de samedi, je pars 3 semaines au Spitzberg. Vos interventions sont de toutes façons lisibles et identifiables dans la suite du fil - un grand merci pour votre aide :)


PS : une partie notable des pheautthes d'orthographe qui subsistent dans le texte est due à la rapidité d'écriture, et aussi à des modifications au vol de structures de phrase - merci à dolgan de m'en avoir signalées, et que les autres veuillent bien accepter mes plus plates excuses
« Modifié: 31 mars 2011 à 18:24:23 par mad »

31 mars 2011 à 22:03:34
Réponse #7

ChP


... Par ailleurs, à partir de samedi, je pars 3 semaines au Spitzberg. ...
T'es-tu inquiété des éventuelles retombées la-haut  :blink: ?

C'est très instructif. Peut-on avoir quelques données du genre :

  • quelle masse de combustible pour quelle énergie,
  • le combustible usagé reste-t-il ad vitam aeternam dans sa piscine ?

Cordialement.

Pierre


31 mars 2011 à 22:24:25
Réponse #8

dolgan


  • quelle masse de combustible pour quelle énergie,

tu veux dire combustible neuf? la masse pour produire X Kw d'energie? ça peut se trouver. sache déjà que généralement, les réacteurs sont chargés pour au moins 6mois. dont la masse de combustible est bien plus importante que la masse utilisée à un instant T.

si c'est la chaleur dégagée par une masse X de combustible, oui on les a pour les piscines. (si personne ne le fait, j'irai retrouver les valeurs quand j'aurai le temps). Pour les réacteurs, l'état du combustible étant incertain, je suis pas sur qu'on puisse donner des valeurs.

# le combustible usagé reste-t-il ad vitam aeternam dans sa piscine ?
ça dépend des pays. normalement non, mais certains pays n'ayant pas fait de choix pour le stockage temporaire ou définitif, les combustibles usés peuvent s'accumuler dans les piscines des réacteurs. C'est un des paramètre qui limite la filière: ces piscines doivent à tout moment pouvoir acceuillir l'ensemble du combustible présent dans le réacteur. on peut donc par les remplir à ras bord. si tu n'as plus de place, tu fermes ton réacteur. C'est sur ce paramètre que jouent les ecolos allemands en bloquant les trains de dechets nucléaires envoyés à la hague pour être retraité.

Le cycle français, c'est un temps de refroidissement (environ 2 ans) certain dans la piscine du réacteur. quand le combustible a suffisament refroidi pour être transporté, on l'envoi à la hague où il est stocké encore plusieurs années dans de grandes piscines pour continuer à refroidir. Ensuite il est retraité et conditionné pour un stockage plus long.

A fukushima, il y a une piscine collective sur le site qui sert à décharger les piscines des réacteurs quand le combustible a suffisament refroidi.

Un mauvais choix à mon avis est aussi de concentrer le stockage des combustibles usé (tu as des distances de sécurité entre chaque conteneur). ça passe par des gaines protégeant le combustible. ça permet de réduire les distances de sécurité, et donc de mettre plus de combustible dans une même piscine. Mais en cas de problème, tu te retrouves avec plus de combustible au même endroit. les Usa et le japon entre autre utilisent cette technique.
« Modifié: 31 mars 2011 à 22:41:12 par dolgan »

31 mars 2011 à 23:45:22
Réponse #9

Lolo94


Merci pour ce travail de synthèse.  :up:

Remarque sur un point qui m'a tarabusté depuis le début au fil des explications entendues ailleurs et que je retrouve ici:
A Fukushima, il n'y a pas eu d'accident de criticité, car, malgré le séisme, les barres de contrôle ont bien fonctionné et ont stoppé la réaction en chaîne. Mais ce sont les circuits de refroidissement qui sont tombés en panne, alors que même après l'arrêt de la réaction en chaine, il faut maintenir le refroidissement.
Sans rentrer dans le détail des réactions nucléaires, qui me dépassent, la raison pourrait en être précisée: qu'il ne s'agit pas d'un simple refroidissement, comme un four qu'on arrête, mais qu'il y a encore une production de chaleur, et une activité. Il me semble qu'il y a là toute la nuance sémantique entre le discours de "l'ingénieur" qui dit "la réaction de fission est contrôlée" et une vision plus inquiète des petites complications réelles, qui sont peut-être finalement la cause des problème.

Je cite wikipédia :
"Chaleur et puissance résiduelles:
Même si le réacteur est mis à l'arrêt, l'activité des produits de fission continue de produire de la chaleur. La puissance de cette chaleur résiduelle correspond environ à 6% de la puissance thermique nominale à l'instant de l'arrêt de la réaction nucléaire en chaîne, elle diminue ensuite et disparait en l'espace de quelques jours."

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9acteur_nucl%C3%A9aire#Chaleur_et_puissance_r.C3.A9siduelles

01 avril 2011 à 01:20:56
Réponse #10

dolgan



01 avril 2011 à 10:50:10
Réponse #11

bloodyfrog


Merci Mad pour cette synthèse. :)
Merci à ceux (dolgan and co) qui font depuis plusieurs semaines un travail efficace de recherche/partage d'infos sur ce sujet.

Ca m'a permis, à moi mais sans aucun doute à de nombreux lecteurs, d'y voir plus clair dans les évènements japonais et leurs implications éventuelles.

A tous, merci de garder ce fil le plus propre possible, en gardant les brêves de comptoir, infos non vérifiés et autres commentaires apocalyptiques pour "l'autre fil".

Manu.

01 avril 2011 à 11:19:12
Réponse #12

Diesel


Pour souligner le taf  :up:

Sacré condensé d'info. :)

Une petite question, quelle est la température d'un coeur en activité ?
J'ai cru lire dans les 400° 500° ?  :huh:

Ps. Sésolé si la réponse existe dans un autre fil, j'ai pas le temps de trop lire le forum en ce moment. :-[

01 avril 2011 à 12:34:50
Réponse #13

mad


Les modos ni David n'ayant pas répondu à ma proposition de virer ce fil, j'en déduit qu'il est à sa place, surtout après plusieurs retours positifs dont celui de bloodyfrog   :) .

Je viens de demander à Dolgan d'en tenir la mise à jour en mon absence, afin en effet de garder un document propre : j'espère qu'il acceptera   8) ...

Il serait bien aussi d'y insérer de façon structurée certaines des contributions qui ont été faites dans l'autre fil, en particulier par dolgan, Corin, moleson, bowmeg84, athlon, wally leif   :up: (mais ce n'est pas exhaustif). Là, je n'ai plus le temps ...

01 avril 2011 à 12:36:50
Réponse #14

DavidManise


Salut mad.  Sorry, j'avais pas vu cette requête.  Je pense que ce fil est parfaitement utile, légitime, et à sa place... ;)

Merci à toi et Dolgan ;)

David
"Grand, gros, lourd, sale, fort et bête" ;)

Stages survie CEETS

01 avril 2011 à 15:43:06
Réponse #15

dolgan


Je viens de demander à Dolgan d'en tenir la mise à jour en mon absence, afin en effet de garder un document propre : j'espère qu'il acceptera   8) ...

Je peux difficilement refuser une telle demande. J'essaierai de me montrer à la hauteur.

La suite du message est plus destiné à Mad et éventuellement aux Admins.

J'ai fait un copié/collé dans le troisième post. comme tu peux le voir, les balises sont ok. j'ai pas eu à les modifier.

Par contre, derrière, en terme d'organisation, ça va être compliqué. Soit je recrée un troisième post sur le sujet, soit il faut que quelqu'un mette le message sur lequel j'ai des droits d'éditions en début de ce post. On va bien trouver un moyen.

J'essayerais de mettre à jour avec des données validées. J'irais aussi chercher des interventions dans l'autre fil pour completer. Par contre, je vais me restreindre à l'évolution technique de la situation. Je n'aborderais pas la partie radiologique pour laquelle je ne me sent pas à l'aise.


01 avril 2011 à 17:02:16
Réponse #16

DavidManise


Salut !

Je viens de donner à Dolgan les droits d'administration sur cette section du forum, de manière à ce qu'il puisse modifier le message de mad, et gérer le truc proprement, avec les outils nécessaires.  Je lui fais entièrement confiance, et je le remercie de reprendre ce travail fort utile, et très intéressant. 

J'ai appris un paquet de trucs, déjà...  et je suis tout ça avec intérêt.

Quand le fil sera enterré, Dolgan me rendra les clés de la section.

Merci à tous, Mad et Dolgan en particulier :)

David
"Grand, gros, lourd, sale, fort et bête" ;)

Stages survie CEETS

04 avril 2011 à 16:45:25
Réponse #17

dolgan


J'ai ajouté une petite mise à jour sur le peu de choses s'étant passées ce WE.

05 avril 2011 à 16:30:49
Réponse #18

metabaron


Pour souligner le taf  :up:

Sacré condensé d'info. :)

Une petite question, quelle est la température d'un coeur en activité ?
J'ai cru lire dans les 400° 500° ?  :huh:


Ca dépend du type de réacteur je pense...
Pour les réacteurs de 1300 MWatt français la température du combustible varie de 300 °C à basse puissance jusqu'à 700 °C .
La température moyenne de l'eau du circuit primaire varie entre 297 °C et 306 °C sous 155 bar.

05 avril 2011 à 16:34:04
Réponse #19

Ishi


Pour les réacteurs de 1300 MWatt français la température du combustible varie de 300 °C à basse puissance jusqu'à 700 °C .
La température moyenne de l'eau du circuit primaire varie entre 297 °C et 306 °C sous 155 bar.

 :blink:
La terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre.

05 avril 2011 à 23:42:57
Réponse #20

Bison


Modération

Ménage fait - pour éviter que ce fil ne tourne au débat d'opinion, ce qui n'est pas sa vocation.
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

06 avril 2011 à 00:30:57
Réponse #21

h


superbe exposé.. encore une fois merci à ce forum où les enseignements sont toujours riches et plus particulièrement à Mad qui a (ouvert), couvert cette actualité. Mon petit msg n'est pas aussi développé que toutes vos interventions , mais il est là pour souligner le travail fourni par vous tous . merci !

06 avril 2011 à 11:22:49
Réponse #22

dolgan


Pas d'évolution majeure. il ne devrait d'ailleurs pas y en avoir avant 6ou7 jours.

les températures connues des réacteurs semblent stables ou en baisse. quand je dis réacteur, c'est pas au niveau du combustible. là tous les détecteurs ont été détruits. les mesures que l'on a, sont principalement au niveau de la canalisation d'alimentation en eau normale. donc en partie haute.

2 nouvelles cependant:
- Ils ont réussi, en utilisant un colorant, à localiser une fuite (j'espère la dernière) entre les tranchées de l'unité 2 et la mer. Elle a été colmatée le 5 avril.

- Le 4 avril, ils ont commencé à vidanger les cuves de l'installation de gestion de déchets vers la mer: 11500T en tout. L'eau est faiblement contaminée. le rejets de ce type d'eau est assez commun. Mais jamais dans de telles proportions. C'est pas le top, mais c'est un mal pour un bien: les cuves vidées permettront de pomper et stocker l'eau extrêmement contaminée de la tranchée de l'unité 2. L'opération devrait prendre 5 jours. donc jusqu'au 9/04.

Un document très intéressant que je suis en train de lire (50 pages):
http://www.irsn.fr/FR/base_de_connaissances/librairie/Documents/documents_reference/IRSN_reference_Accidents_Graves_REP.pdf
On y parle de ce type d'accident pour les réacteurs français. Mais pas mal de choses sont transférables sur les REB.

Ca dépend du type de réacteur je pense...
Pour les réacteurs de 1300 MWatt français la température du combustible varie de 300 °C à basse puissance jusqu'à 700 °C .
La température moyenne de l'eau du circuit primaire varie entre 297 °C et 306 °C sous 155 bar.

Tu es sur pour les 700°c ?

Les gaines de Zircaloy semble commencer à se dégrader à partir de 700°c. ça fait pas une grosse marge.

Si on compare REP et REB, les REB sont sous une pression moitié moindre que les REP, et leur température légèrement inférieure (10 à 15°).

Pour le cas du japon, il est probable que la température du combustible dénoyé ait dépassé les 1500 degrés, voir même le double.
« Modifié: 06 avril 2011 à 12:35:32 par dolgan »

06 avril 2011 à 17:05:52
Réponse #23

dolgan


Question un peu pointue, au cas ou quelqu'un aurait la réponse:
On sait si les fusions qui ont eu lieu sont des fusions à haute ou à basse pression? autre manière de poser la question: y a-t-il eu production d'eutectiques UO2-Zr?

06 avril 2011 à 22:20:07
Réponse #24

jctout


La température atteinte au coeur d'un réacteur en fusion est de l'ordre de 3000°C (température de fusion de l'oxyde d'uranium)
Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Corium

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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