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Auteur Sujet: Pour que la pluie reste un plaisir  (Lu 18338 fois)

27 octobre 2010 à 10:36:58
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Karto


Ca faisait un an que je voulais voir les Cuillins, ce petit groupe de montagnes au sud de l'île de Skye, réputées pour leur beauté et leur caractère rude. J'ai dû décaler deux fois le voyage pour cause de visites familiales inattendues, alors quand je me suis retrouvé avec une semaine de vacances à solder sans bien pouvoir choisir la date je me suis dit : "voilà ma chance".

Mon pote MacPherson avec sa barbe rousse m'a bien dit "les Cuillins en octobre c'est pire qu'une machine-à-laver, c'est pour ça que personne n'y va". Venant d'un gars qui a grandi dans les îles et encore plus féru de plein-air que moi ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Mais je crois que sur le moment j'ai juste voulu comprendre "c'est cool, j'y serai encore plus peinard".

Arrivé le soir après la tombée de la nuit, en ouvrant la porte de la voiture j'ai compris que le vent ne rigolait pas. J'ai cherché un endroit un peu potable où mettre ma tente pour la nuit, mais la mauvaise habitude de faire mon sac de plus en plus à l'arrache année après année implique que j'oublie des trucs à chaque fois. Cette fois c'était la frontale. Je me souviens l'avoir eu dans la main à la maison, mais je ne l'ai pas mise dans le sac...

J'ai donc monté ma tente dans le noir à la lueur d'une "photon" de Maximil, pas évident sur le terrain irrégulier. Pas très bien, pas assez tendue. Me suis installé pour la nuit. Tiens, j'ai pas pris non-plus les sacs-poubelle habituels pour protéger le duvet... Et une cuillère, je me rappelle, j'en avais une dans la main en même temps que la frontale...

Le vent a forci encore pendant la nuit, puis la pluie s'est mise à tomber. C'était le début des 40 jours et 40 nuits. La tente battait dans tous les sens. Pas assez tendue, j'étais à peu près sûr qu'elle ne passerait pas la nuit. Un des piquet a été arraché. Je me suis rhabillé et suis sorti dans le vent et la pluie pour essayer de la tendre mieux. J'estimais le vent dans les 60/70 km/h peut-être. Là j'ai vu à quel point il maltraitait ma tente. Je n'ai pas réussi à bien la retendre, elle était simplement un peu mal montée, dans le noir. Me suis recouché et me suis endormi malgré le bruit.

Le soleil m'a pris en train de faire la grasse matinée, et moi je n'ai pas vraiment compris comment la tente n'avait pas été transformée en lambeaux de toile et en éclats d'aluminium après la rouste qu'elle s'était prise .

Me suis mis en route le long du Glen Sligachan, la large vallée qui devait me mener jusqu'à la côte sud de l'île. A vue de carte une douzaine de bornes plus ou moins à plat, avec un sentier, une broutille. Même avec la gueule battue par les gouttes que le vent de face amènait à l'horizontale, deux ans à randonner en Ecosse ont fini par changer ma perception de la pluie :D Comme disait un collègue (petit-fil du médecin Alexander Macklin qui était sur l'Endurance avec Shackleton) "eventually you just end up embracing the wetness".



Sauf que...
Le sol était une pataugeoire. Autre chose que les marécages habituels. Le sentier était souvent un petit torrent, parfois il s'élargissait en petit étang. J'ai croisé de nombreuses petites rivières qui n'avaient pas toujours de gué. De plus en plus profondes. Je me suis dit "OK" et j'ai laissé tomber la recherche de gués, commencé à traverser toutes les rivières et les étangs avec l'eau jusqu'aux genoux. 12 bornes seulement, essorer les chaussettes et vider les chaussures de temps en temps, je mettrai des changes sèches une fois arrivé.
  
Quelques rivières étaient plus fortes que les autres. L'une d'elles était trop profonde et le courant trop fort. J'ai cherché un gué, et j'ai trouvé un vague passage légèrement sous l'eau. J'ai fait mon chemin de rocher submergé en rocher submergé. J'arrivais à la rive opposée quand le courant m'a fauché. Heureusement la rive opposée était verticale, j'ai pu me raccrocher à des bruyères et m'y hisser. C'est solide la bruyère ! Je n'ai pas été trop mouillé au dessus de la ceinture, et sous la ceinture finalement c'était déjà mouillé pareil avant.

Tout était inondé. Le terrain le plus "sec" que je pouvais en huit bornes de marche avait un centimètre d'eau stagnante, le reste montait aux chevilles, aux mollets, aux genoux, même en passant très loin des lacs. J'ai commencé à comprendre ce que Gus voulait dire avec son histoire de machine-à-laver.

Après huit ou neuf bornes à ce train un endroit m'a choqué par son absence d'eau. Un petit lopin, pourtant horizontal. De quoi monter trois ou quatre tentes. Dans l'univers aquatique où je baignais ce sol sec jurait comme un furoncle sur le nez d'une mariée. J'ai allumé mon GPS et marqué un waypoint, juste au cas où.

J'ai continué. Me suis retrouvé face à une autre rivière encore plus grosse. Là je me suis dit que ça faisait juste chier, tout ça, en fait, sans savoir si derrière je trouverais un endroit où m'installer pour la nuit, ou bien si le vent de mer ne serait pas encore plus fort que ce qui aurait décorné les boeufs déjà ici, s'il y avait eu des boeufs. Que j'allais retourner au petit havre de sècheresse que j'avais trouvé et aviser demain.

J'ai fait ainsi. Monté la tente, bien tendue comme une fesse de babouin. En voyant l'eau ruisseler en paquets sur la toile j'ai réalisé la violence réelle de cette pluie à laquelle je m'étais habitué.

Me suis installé dedans, enfilé des changes sèches de la tête aux pieds, éparpillé tous mes petits trucs de partout, fait cuire des pâtes et balancé l'eau de cuisson dans une gourde au fond duduvet mouillé. Ajouté une conserve d'anchois dans les pâtes pour faire bonne mesure. J'ai commencé à manger ma plâtrée (avec les doigts, vu que ma cuillère était avec ma frontale, je pouvais toujours essuyer l'huile d'anchois dans mon caleçon mouillé). J'écoutais le battement assourdissant de la pluie, dégustais mes pâtes en admirant la tempête dehors par une petite ouverture en haut de la porte, du côté sous le vent. Le vent secouait la tente mais cette fois elle était bien accrochée et j'avais de quoi voir venir. J'étais au chaud et au sec et jubilais déjà en philosophant sur le confort du randonneur moderne. Karto 1 -- Machine-à-laver 0. On verrait demain pour la suite.

J'en étais juste à me dire ça. Pile. Quand j'ai vu de l'eau plein le porche. J'ai d'abord cru que la pluie était rentrée par l'ouverture mais ce n'était pas le cas. Le niveau montait à vue d'oeil. Mon sac à dos baignait déjà, il était plein d'eau. Le sol de la tente était bombé et faisait matelas à eau. Je me suis dit à voix haute "quelle m*rde, je peux pas rester là, faut partir tout de suite". J'ai englouti mes pâtes (un gâchis gastromonique, les bonnes choses prennent du temps) et ai fourré mes affaires dans le sac à dos après en avoir vaguement vidé l'eau. Renfilé mon pantalon trempé, mes chaussettes chaudes et mouillées, et tout le reste. Je n'aurai profité du confort qu'une demi-heure. Vu que ça avait été le seul endroit sec que j'avais vu à des bornes à la ronde, j'allais être obligé de passer un mode dégradé, camping sans confort. Et là, grande inspiration, l'idée de génie. Comme les anciens juifs qui célébraient pâques en disant "l'an prochain à Jérusalem", je me suis dit en rigolant "cette nuit dans mon lit" !

(c'était au sec 5 minutes avant)


(juste après avoir démonté la tente)


Il y a huit ou neuf ans j'aurais probablement insisté. Trouvé un autre autre endroit. Allé voir peut-être si la cabane en ruines sur la carte à trois bornes de là était vraiment en ruines, moyennant moultes traversées supplémentaires de rivières et d'étangs qui m'auraient éloignées encore plus de ma bagnole. Me serais calé derrière un des rares rochers et aurais passé la nuit.
Mais je n'ai plus besoin de me prouver ces trucs. Je sais que je peux le faire, et je sais qu'il n'y a aucun plaisir. Le plein-air est devenu mon loisir, plus mon miroir.

Mon seul obstacle restait la plus grosse des rivières à retraverser dans l'autre sens. J'avais le sentiment qu'elle avait encore gonflé un peu en mon absence et ne retrouvais plus le passage emprunté à l'aller deux heures plus tôt.




Je l'ai descenscendue un peu et ai trouvé un endroit un chouilla plus large avec moins de courant. Pas question de faire l'équilibriste dans un endroit pareil toutefois. Cette traversée représente un obstacle sérieux, et j'ai assez joué dans des rivières pour ne pas la sous-estimer.


(pour l'échelle, la bruyère là forme de petits buissons, et non pas des paquets herbeux)

Je suis allé très lentement. Tout petit pas après tout petit pas. J'avais de l'eau jusqu'aux hanches. Le courant me poussait avec une force inouie. Je m'arc-boutais avec la main aval contre le haut des gros rocher sous l'eau, et avec le pied aval contre leur base, pour me verrouiller contre le courant. J'avais doucement le pied amont en essayant de contrôler le mouvement de ma jambe, et en m'assurant qu'il n'y a pas de trou avant de mettre mon poids dessus.  Technique éprouvée depuis des années, mais tendue quand-même. (et celui qui me parle de Ray Mears et du tripode n'a qu'à me trouver un arbre dans le coin, ou même un malheureux buisson assez costaud pour resister ; pas de buisson, pas de bâton) Faut être concentré et ne pas penser au froid.  Mieux vaut deux minutes de plus dans le courant glacé que de se faire faucher et emporter dans les rapides ou pire, foutre une jambe dans un trou entre les rochers.


Voilà. C'était le dernier vrai obstacle. Le reste, c'était du déjà vu, 8 bornes de flop flop et de sploutch sploutch, que je pourrais finir même après la nuit tombée. En chemin une petite troupe de cerfs se moque de ma retraite. Rira bien qui rira le dernier, j'avais justement prévu d'essayer bientôt un restau du front de mer d'Aberdeen, réputé pour ses steaks de cerf au chutney de griottes.




A ma gauche les sommets de la Cuillins Ridge, discernables dans le brouillard, vomissent des cascades immenses partout sur leurs flancs. Même près des sommets. J'ai l'impression d'assister à une éruption volcanique à base d'eau. Je n'ai jamais vu autant d'eau provenant d'aussi peu de dénivelé. Ca en dit long sur la violence de cette pluie. La photo ne donne rien, champ trop petit et pas assez de lumière, mais je suis fair-play et te laisse juger toi-même.








et, heu, voilà ;D
« Modifié: 14 avril 2011 à 14:28:01 par Karto »

27 octobre 2010 à 10:59:36
Réponse #1

Karto


Et la prochaine fois que je verrai Gus, je lui dirai : "tu sais, les Cuillins en octobre, c'est pire qu'une machine à laver. Personne n'y va"  ;D

27 octobre 2010 à 11:01:27
Réponse #2

Kilbith


Salut,

Citer
Le plein-air est devenu mon loisir, plus mon miroir.

Superbe!  :)

(tu n'as pas eu de problème avec tes pieds par la suite...genre la petite couleur toute mauve du pieds qui a bien macéré 48 heures ?)

[Edit] : tu devrais remettre du déperlant sur ton pantalon, il est naze!  8)  :lol:
« Modifié: 27 octobre 2010 à 11:09:35 par kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

27 octobre 2010 à 11:04:45
Réponse #3

Clemstout


 ;D ;D ;D
Sympa la pluie! Merci pour le récit....ça donne envie! ..ou pas hein!
La température n'a pas posé trop de problèmes par rapport à la pluie? parce qu'avec le vent en plus...
C'est vrai que des fois on se retrouve dans des galères on n'a plus qu'une envie c'est de se mettre bien pénard quelque part au sec, si possible au chaud..sans quoi ça devient vite pénible.

Cela dit, les photos sont très jolies, les paysages "austères"  :up:
Merci d'avoir pris le temps de poster,

Clemstout
Développe en toi l'indépendance à tout moment, avec bienveillance, simplicité et modestie.--Marc-Aurèle--

27 octobre 2010 à 11:05:34
Réponse #4

guillaume


Cong, impressionnant !

Tu n'as pas eu de problème de pieds de tranché ?
Je suppose que tu étais mouillé en permanence mais chaud, non (sous-entendre : tu portais quoi ? ;#) ?
Ton sac de couchage, c'était ton Yeti ? Il s'est comporté comment en baignant dans la flotte ?

Sinon, venant de toi, cette phrase m'a bien fait marrée :
J'ai englouti mes pâtes (un gâchis gastromonique, les bonnes choses prennent du temps)

a+

27 octobre 2010 à 11:11:24
Réponse #5

Karto


(tu n'as pas eu de problème avec tes pieds par la suite...genre la petite couleur toute mauve du pieds qui a bien macéré 48 heures ?)
Tu n'as pas eu de problème de pieds de tranché ?

Non, l'Ecosse m'a enseigné la valeur d'un petit séchage de pied régulier, même si ce n'est que pour 15 minutes. Aucun problème de pied sur cette ballade.

La température n'a pas posé trop de problèmes par rapport à la pluie? parce qu'avec le vent en plus...

Suffit de pas oublier sa petite laine ;)

Je suppose que tu étais mouillé en permanence mais chaud, non (sous-entendre : tu portais quoi ? ;#) ?
Ton sac de couchage, c'était ton Yeti ? Il s'est comporté comment en baignant dans la flotte ?

En bas : chaussettes en laine et pantalon en coton. J'avais le froc en nylon dans le sac à dos, mais à ce niveau là d'"humidité" ça n'aurait plus changé grand-chose. Ajoute mon vieux caleçon long en laine au retour, qui a fait des merveilles lors du passage dans la rivière. En haut, t-shirt en laine et veste en Nikwax Analogy. Au retour j'avais ajouté ton brynje et une micropolaire entre les deux.

Le sac de couchage en duvet, oui c'est celui là, il a été transformé en crèpe mouillée quand l'eau a inondé la tente d'un coup. Là il est tout misérable près d'un chauffage.

27 octobre 2010 à 11:22:00
Réponse #6

Kilbith


Non, l'Ecosse m'a enseigné la valeur d'un petit séchage de pied régulier, même si ce n'est que pour 15 minutes. Aucun problème de pied sur cette ballade.

+1000 (j'ai été EVASAN pour un pied de tranché)

Citer
En bas : chaussettes en laine et pantalon en coton.
G1000 te disais-je!    ;#

Citer
J'avais le froc en nylon dans le sac à dos, mais à ce niveau là d'"humidité" ça n'aurait plus changé grand-chose. Ajoute mon vieux caleçon long en laine au retour, qui a fait des merveilles lors du passage dans la rivière. En haut, t-shirt en laine et veste en Nikwax Analogy. Au retour j'avais ajouté ton brynje et une micropolaire entre les deux.
Faudrait nous en reparler en détaillant à l'occasion.
*AMHA le brynje (j'imagine le modèle en polypropylène) est un gros plus dans ces conditions.
*Quid du nikwax analogy ?

Au final ce qui est important ce n'est pas d'être au sec (une fois un travail psycho important réalisé), c'est d'être au chaud.

Citer
(et celui qui me parle de Ray Mears et du tripode n'a qu'à me trouver un arbre dans le coin, ou même un malheureux buisson ; pas de buisson, pas de bâton)
+1. De même il faut se méfier des guêtres quand le courant est violent : elles font "voiles" et/ou elles s'arrachent si velcro.



Dans ces conditions, est-ce qu'une paire de bottes sans doublure (ou doublure synthé) n'auraient-elles pas été adaptées ?
« Modifié: 27 octobre 2010 à 11:42:10 par kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

27 octobre 2010 à 11:25:03
Réponse #7

DA


Merci pour la ballade ;).
Tout d'un coup, je ressens le bonheur d'être au sec et au chaud devant mon ordi.
Pourtant, allez savoir pourquoi, j'ai quand même une partie de moi qui dit : "on y va ?" :D.

 

27 octobre 2010 à 11:32:58
Réponse #8

Outdoorsman


Super récit qui rend très bien l'ambiance.

Comme Killbith, j'ai adoré ce passage emprunt de la sagesse du vieux baroudeur :

Mais je n'ai plus besoin de me prouver ces trucs. Je sais que je peux le faire, et je sais qu'il n'y a aucun plaisir. Le plein-air est devenu mon loisir, plus mon miroir.
"On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du coté de la forêt. " Ivan Tourgueniev
"Là où il y a une volonté, il y a un chemin" Edward Whimper
"Dégaine toi du rêve anxieux des bien-assis" Léo Ferré

27 octobre 2010 à 11:34:02
Réponse #9

VieuxMora


Merci Karto pour ce récit.

A ton avis combien de temps aurais-tu pu tenir dans ces conditions si tu n'avais pas eu ta position de repli ?
Quelle température faisait-il ?


27 octobre 2010 à 11:53:33
Réponse #10

Arthurus


Impressionnant, j'y suis passé à coté il y a une année....................en été. C'était pas les même conditions  ;)
« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » In: L'usage du monde. Nicolas Bouvier

27 octobre 2010 à 11:54:59
Réponse #11

Karto


*AMHA le brynje (j'imagine le modèle en polypropylène) est un gros plus dans ces conditions.
*Quid du nikwax analogy ?

Va me falloir un peu plus de temps. Ce brynje, Guillaume me l'a donné à le fin de l'hiver dernier et je m'en suis encore très peu servi. Je vois ça comme un vêtement d'hiver. Mon usage idéal c'est sous un coupe-vent, en faisant un effort, dans un vent froid. Ca éloigne le coupe-vent de la peau (donc le contact direct du froid) et n'entrave pas la respirabilité.
Ca a d'autres intérêts aussi mais je n'ai pas encore assez expérimenté mes théories pour en parler.

Le Nikwax Analogy est une veste Lomond de Hilltrek. Les mecs sont à un jet de pierre de chez moi, j'aime le contact direct avec la nana qui a fabriqué la veste (sans grivoiserie, même si j'avoue qu'elle n'est pas déplaisante à l'oeil). Je ne l'ai que depuis deux mois, j'aurai besoin de plus d'expérience à long-terme avec. Mes premiers retours sont que le matériau est beaucoup plus agréable que n'importe quel gore-tex, et tellement respirant qu'on ne pèse pas le pour et le contre avant de l'enfiler. Souple et silencieux. Excellent coupe-vent. Très bon sous la pluie intermittente, même violente. Mais là dans les conditions vraiment rudes de cette sortie la capuche a percé au bout de quelques heures. Rien de violent, mais ça a percé. Et les épaules sous la pression des bretelles de sac. Le reste était parfaitement sec, et mon torse était essentiellement sec. Pour un mec qui part en expé en climat extrême ça remplacera pas une ProShell, mais pour moi qui vis ici et cherche un usage plus rustique et moins extrême, ça a l'air bien adapté.


Dans ces conditions, est-ce qu'une paire de bottes sans doublure (ou doublure synthé) n'auraient-elles pas été adaptées ?

Non. J'ai usé une paire de bottes ici. Ca s'use vite... Mais le confort des pompes de rando est juste irremplaçable pour faire de la distance. J'étais adepte de trails légères dans les Alpes hors neige/glace, mais ici je trouve que les grosses de bonne qualité se justifient parfaitement et font un bon compromis.

Récemment dans le cadre du boulot, Alt-Berg m'a proposé un deal très correct, genre -70% sur une paire de ce que je veux. J'ai hésité à essayer ça : http://www.altberg.co.uk/Web/country_GKHighmoor.jsp conçues justement pour ce type de terrain.

Mais vu que je payais quand-même une part du prix je suis resté plus près des choses que je connais et ai demandé des pompes B1 pour faire marcher les crampons (pour lesquels j'ai "trouvé" des liens flexibles pour remplacer le lien rigide d'origine), des Mallerstang. Sont pas encore arrivées, mais ça devrait faire bien dans les marécages aussi.

A ton avis combien de temps aurais-tu pu tenir dans ces conditions si tu n'avais pas eu ta position de repli ?
Quelle température faisait-il ?

Température dans les 5°C le matin, 10°C le soir. L'ouest du pays est plus doux que l'est, influence Atlantique plutôt que Scandinave. A l'est on a déjà de la neige sur les collines.

Honnêtement, j'aurais pu tenir aussi longtemps que ma réserve de bouffe, prévue pour 3 jours. Après quand j'ai faim je deviens méchant.
Le feu aurait été difficile, mais j'avais un réchaud qui marche nickel en plein vent (merci DEUN, je l'adore ce truc) et une réserve conséquente de carburant. J'avais des vêtements résistants à l'humidité (en tout 2 t-shirts en laine, un brynje, plusieurs paires de chaussettes en laine, une polaire, une bonne veste, deux pantalons, un buff en laine... j'étais pas dépourvu). J'avais une toile de tente, j'avais même un sursac que j'avais prévu de tester une nuit ou deux pour Mathieu, mais là il aurait fallu me payer cher pour que je passe exprès la nuit dans un sursac.


Impressionnant, j'y suis passé à coté il y a une année....................en été. C'était pas les même conditions  ;)

J'attendrai la neige, ça devrait être plus gérable. En été y'a les requins pèlerins par là. Le rêve  :love:
« Modifié: 27 octobre 2010 à 12:15:15 par Karto »

27 octobre 2010 à 15:39:41
Réponse #12

guillaume


Concernant le Brynje, ce que j'ai retenu :

-C'est très respirant, très léger et sèche vite.
-C'est chaud sous un bon coupe vent.
-Frais quand rien au dessus (j'ai l'impression même que ça aide à la transpiration).
-Ça pue très vite.
-Très dangereux seul au soleil (ha le bronzage brynje ;#).
-Ça se tâche facilement.

Je pense d'ailleurs qu'un jour je m'en rachète un, lorsque j'en aurais finis avec la laine et compagnie.

a+

27 octobre 2010 à 15:43:30
Réponse #13

Karto


Concernant le Brynje, ce que j'ai retenu :

-C'est très respirant, très léger et sèche vite.
-C'est chaud sous un bon coupe vent.
-Frais quand rien au dessus (j'ai l'impression même que ça aide à la transpiration).
-Ça pue très vite.
-Très dangereux seul au soleil (ha le bronzage brynje ;#).
-Ça se tâche facilement.

Je pense d'ailleurs qu'un jour je m'en rachète un, lorsque j'en aurais finis avec la laine et compagnie.

a+

Et tu peux ajouter : c'est bien désagréable à même la peau, sous les bretelles d'un sac ou quand on s'accoude par exemple. Gênant pour un sous-vêtement.

27 octobre 2010 à 15:58:55
Réponse #14

Kilbith


Et tu peux ajouter : c'est bien désagréable à même la peau, sous les bretelles d'un sac ou quand on s'accoude par exemple. Gênant pour un sous-vêtement.

Autant je suis ok sur les points relevés par guillaume, autant (pour la version polypropylène) je ne suis pas trop d'accord avec toi. La maille est relativement fine et compressible ce qui ne marque pas beaucoup aux épaules avec un sac moderne (qui a de la mousse aux épaules). Pour le coudes,  c'est vrai le problème c'est que cela s'use vite, encore plus si on "prends la maille" dans quelque chose. Reste que le polypro n'est pas toujours agréable au contact...cela dépend des gens.

Pour la version "coton" du brynje, je suis d'accord avec toi : marquage en grille rapide du corps (mais qui disparait). D'ailleurs les versions mili (coton) avaient un tissu plein sur les épaules.

Perso, je trouve qu'une excellente utilisation de ces sous vêtements....c'est comme couche intermédiaire entre deux couches d'isolant. Cela crée une épaisseur supplémentaire où l'air circule bien et dans laquelle les isolants compressibles peuvent se déployer, un peu comme un thermarest.



« Modifié: 27 octobre 2010 à 17:53:44 par kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

27 octobre 2010 à 16:03:30
Réponse #15

Karto


Perso, je trouve qu'une excellente utilisation de ces sous vêtements....c'est comme couche intermédiaire entre deux couches d'isolant. Cela crée une épaisseur supplémentaire où l'air circule bien et dans laquelle les isolants compressibles peuvent se déployer, un peu comme un thermarest.

Autant j'insiste sur le déplaisir que j'ai à avoir la maille en polypropylène contre la peau, autant je te rejoins là.
C'est ça les expérimentations dont je ne voulais pas parler ;D
C'est bien aussi pour porter un isolant mouillé qui fonctionne encore mais qui devient désagréable.

27 octobre 2010 à 17:17:49
Réponse #16

Kilbith


une bonne soluce chez Brynje :

"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

27 octobre 2010 à 17:25:33
Réponse #17

Kilbith


De plus, c'est un sous-vêtement à multiples usages, il peut servir de filet de pêche aussi :



Là, c'est en coton sous une chemise 80% laine 20% polyamide. Les débardeurs de ce type font de bonnes écharpes. Les modèles en polypro ont une maille moins large.

C'est une solution "old school" intéressante à explorer (ensemble solide, hygiénique et endurant aux lavages), certainement valable pour la vie sauvage à long terme...mais dépassée en terme de poids et d'isolation dans une optique randonnée.

C'est une solution qui peut être intéressante aussi dans le cadre de l'usage d'un sous vêtement synthétique standard, du brynje par dessus en "buvard" et d'un ciré ou anorak non respirant (type armée) dessus. Le coton capte l'humidité et est séché le soir au feu par exemple. L'intérêt du ciré c'est qu'il ne se "mouille" jamais. L'intérêt de l'anorak outre son prix et poids mini...c'est qu'il peut servir de VBL. Une solution que j'explore pour la rando en condition très froide avec usage de duvet (normalement l'anorak imperméable ne devrait pas servir pour la pluie en situation très froide sauf execption, en faisant aussi VBL on retrouve la maxime : un item deux usages).

J'efface ce post très vite car on est en train de polluer le sublime post de Karto (en plus il est shaman et j'ai pas de chocolat sous la main).  ;D
« Modifié: 27 octobre 2010 à 17:40:05 par kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

27 octobre 2010 à 17:35:11
Réponse #18

Kilbith


C'est probablement du à la haute hydrophobie du polypropylène ?

Je ne sais pas. Il existe des débardeurs très confortables en coton à petite maille (Eminence), d'ailleurs plus petite mailleque les brynje polypro. Peut être que le polypro ne peut pas avoir de grande maille pour des raisons de confort ou de solidité. Les sous vêtements ACLIMA en laine et maille ont la même taille de maille que les brynje polypro.

Aclima (laine) : http://www.aclima.no/index.php?view=prod&cat=1&subcat=2&lang=en

Un exemple de modèles mili finlandais avec "protection d'épaule" (Verkkopaita) :


ça se vend toujours : http://salainenagentti.fi/PublishedService?file=page&pageID=9&itemcode=1455058

Mais il me semble que c'est connoté "sauvage" :



Bonne discussion en anglais ici : http://www.militaryphotos.net/forums/showthread.php?149001-Military-Fishnet-Mesh-Underwear-AKA-String-Vest
« Modifié: 27 octobre 2010 à 18:08:18 par kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

27 octobre 2010 à 19:09:40
Réponse #19

Karto


Moi y'a un truc qui me fait doucement rire...

Karto avec son pantalon en coton (!), son sac en duvet (!) et son emplacement de bivouac (!) en milieu super humide, voir marécageux.

Fredou, tu m'obliges à m'expliquer, je peux pas encaisser le soufflet sans rien dire  ;#

- Pantalon en coton, nickel, j'étais content. Tu veux quoi d'autre, quand tu patauge à mi-cuisse un bon quart du temps ? Le nylon m'aurait bouffé la peau. Reste les trucs de pêcheurs, pas tellement chouettes pour bouger loin et vite. Non sérieux, j'avais un froc éprouvé en nylon/teflon/cordura, mais il est joyeusement resté dans le sac-à-dos. J'aurais pu m'en servir si je l'avais trouvé nécessaire.

- Emplacement de bivouac. C'était le meilleur emplacement de bivouac à plusieurs kilomètres à la ronde. Le meilleur que j'ai vu depuis que j'avais commencé ma journée. Même les pentes étaient couvertes de ruissellement, et dès que c'était assez plat pour mettre une tente c'était inondé, même les petits rebord de rien du tout à 150 m au dessus du niveau des lacs. Je sais, j'ai regardé.

- Duvet... là oui. J'ai un Defence 1, il aurait été mieux, même si avec trois ans au compteur il commence à ne plus me tenir bien chaud. Je m'attendais pas à des températures si douces. Je me suis déjà gentiment pelé (je veux dire assez pour que la nuit ne soit pas agréable, rien de méchant) cette saison dans le defence 1 et deux polaires, mais c'était du côté est du pays, avec beaucoup d'air Scandinave qui descend. Erreur effectivement.

27 octobre 2010 à 19:12:29
Réponse #20

Karto


En fait, on peut difficilement me reprocher de camper dans les marécages. Ce pays, c'est des marécages. Point. Le gars qui veut pas camper dans les marécages, il campe pas ;)

27 octobre 2010 à 19:33:55
Réponse #21

VieuxMora



Ou un petit sevylor gonflable...

27 octobre 2010 à 19:40:01
Réponse #22

Karto


Ouaip, ça sonne plus réaliste ça déjà  ;D
Bon ça sera très peu pour moi parce que jusque là ma tente m'avait 100% satisfait pour camper dans les zones marécageuses même avec pas mal de flotte en dessous. Suffit de pas se foutre en plein dans les trous. Y'a quand-même peu d'autres choses qui gèrent aussi bien la vent+la pluie+les insectes+l'eau du sol pour un poids encore raisonnable et avec tant de confort.

Cette journée là était quand-même un peu exceptionnelle, et c'est pour ça que je poste :) Juste histoire de dire : "ça existe, ces endroits et ces situations".

Après si on veut être vraiment confort dans ce merdier, y'a des solutions oui, mais à quel poids, et quel manque de polyvalence.

27 octobre 2010 à 20:06:05
Réponse #23

Kilbith


Moi y'a un truc qui me fait doucement rire...

Karto avec son pantalon en coton (!), son sac en duvet (!) et son emplacement de bivouac (!) en milieu super humide, voir marécageux.
Guillaume, idem : pantalon coton (!) dans le Cantal en conditions pourrites et d'autres qui dorment la tête vers le coté ouvert du tarp (!) ... :closedeyes:

On serait pas un peu masochistes, ici, sur les bords ?!  :huh:

 ;#

L'objectif du forum n'est pas de faire de la randonnée, il ne faut pas perdre de vue cet aspect des choses. En revanche, on cherche à expérimenter l'usage de différents types de matériel dans une optique d'apprentissage (survie) ou bien encore à "vivre" au contact de la nature (vie sauvage). Autant apprendre à gérer le pantalon coton.

Quel intérêt pour Karto de traverser ce terrain en "tout Goretex" et coque plastique?
Il aurait été comme un scaphandrier et aurait "survolé" ces conditions. En revanche, avec un équipement "standard" il faut de l'astuce et de l'expérience pour gérer ces conditions. Si on est dans une situation "tangente" il y a plus de chance de se retrouver avec un pantalon coton qu'avec un pantalon neuf en Event.

Perso, quand je fais des sorties rando classiques avec un "équipement classique, je n'en parle pas ici car cela n'aurait pas d'intérêt.

 ;)

"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

27 octobre 2010 à 22:02:28
Réponse #24

Criss Kenton


Trop bon  ;D
Bien fait pour ta gu**le, ça t'apprendra à me laisser à la maison avec les enfants  :wife:  ;#


Non sérieux, les conditions sont impressionnantes. Ton pote avait raison, ça lessive salement dans le coin. Hallucinant le spot de bivouac après le démontage de la tente.

Citer
Mais je n'ai plus besoin de me prouver ces trucs. Je sais que je peux le faire, et je sais qu'il n'y a aucun plaisir. Le plein-air est devenu mon loisir, plus mon miroir.
A graver dans le marbre ou à tatouer sur le chat! Ne plus rien avoir à se prouver à soit même et aux autres est une véritable libération. Je me retrouve à 100% dans cette phrase, et bizarrement prends un coup de vieux rétrospectivement   :D
N'empêche, je l'ai déjà dis, mais t'écris vachement bien pour un tubercule. J'suis jaloux.


Did et Karto, marrant la réflexion sur le filet Brynje et la possibilité de le mettre en couche intermédiaire. C'est une solution à laquelle j'avais déjà pensé mais je n'ai pas encore sauté le pas. Le look filet à légume peut-être. Sais pas. Mais l'idée est ancrée  :)
Citer
Mais il me semble que c'est connoté "sauvage" :
Ca veut dire que je peux abandonner tout espoir de draguer la scandinave et la lapone tout de filet vêtu ? Même avec mon corps d'éphèbe grec ? :'(


L'objectif du forum n'est pas de faire de la randonnée, il ne faut pas perdre de vue cet aspect des choses. En revanche, on cherche à expérimenter l'usage de différents types de matériel dans une optique d'apprentissage (survie) ou bien encore à "vivre" au contact de la nature (vie sauvage). Autant apprendre à gérer le pantalon coton.
:akhbar:
A graver sur le chat en plus du tatouage précédent!

Citer
Quel intérêt pour Karto de traverser ce terrain en "tout Goretex" et coque plastique?
Il aurait été comme un scaphandrier et aurait "survolé" ces conditions. En revanche, avec un équipement "standard" "ou inadapté" il faut de l'astuce et de l'expérience pour gérer ces conditions. Si on est dans une situation "tangente" il y a plus de chance de se retrouver avec un pantalon coton qu'avec un pantalon neuf en Event.
Avant même de rentrer dans l'apprentissage de techniques ou connaissances destinées à prolonger la vie, ce paramètre est à titre perso une énorme source de plaisir "intellectuel". Le voyage ou la randonnée, amputés de cette réflexion, perdraient pour moi une grande partie de leur intérêt. Le challenge de l'adaptabilité aux évenements est aussi important que la distance à parcourir. Cet état d'esprit est un des apports majeurs de ce forum  :up:

La faculté d'adaptation est un des principaux atouts que l'on peut avoir dans une situation qui sent le fennec avarié. Or cette faculté s'acquiert d'une part à l'aide d'un bon bagage théorique, mais surtout par des confrontations-validations sur le terrain. D'où l'intérêt de tester des solutions rustiques, durables et polyvalentes plutôt que des solutions High-tech très, voir ultra, spécialisées.
Comme l'indique à juste titre Did, nos préoccupations ne se situent pas vraiment au même niveau que celles de Trek Magazine. Enfin bref, +1 quoi!  ;#

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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