Salut,
Oxossi et moi avons quitté nuitamment Paris, ce samedi matin. 3 heures plus tard, nous déboulions dans l’Allier, en forêt de Tronçais.
La forêt de Tronçais est propriété du royaume de France depuis François Ier, en 1527. Mais surtout, Colbert a, par une
ordonnance sur le fait des Eaux et Forêts, en août 1669, décrit la politique forestière du royaume. Véritable code forestier, il s’agissait de décrire les grands principes de gestion des forêts dont l’enjeu était stratégique. Pour simplifier, il s’agissait principalement de décréter la culture en futaie des forêts les plus intéressantes pour obtenir le bois destiné à la Marine.
De cette époque-là, se garde la trace précise de ses plus anciens arbres et de l’histoire de cette forêt. Mais Tronçais a toujours été une forêt, habitée du temps des Romains (une centaine de sites recensés sur les 10 000 ha), elle va être une source de richesse considérable pour ses propriétaires. Aujourd’hui encore, son exploitation rapporterait 2,5 millions d’euros par an à l’Etat. Tant mieux

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Au XVIIIème siècle, la forêt arrivée à maturité va servir de source d’énergie pour la forge de Tronçais, longtemps réputée pour ses aciers et aujourd’hui à l’abandon, cathédrale industrielle perdue dans une immensité de verdure. De cette exploitation intensive, il ne restera qu’un tiers de la forêt debout. Le reste est redevenu lande.


Au XIXème, inspirés par les travaux allemands en la matière, les responsables des Eaux et Forêts introduisent une nouvelle technique de culture qui assure d’obtenir des troncs bien droits et sans branches sur 40 mètres. On part d’un fourré (500 000 pieds à l’ha) puis après l’étape de gaulis et de perchis (1000 pieds à l’ha), on va sélectionner grâce aux coupes d’éclaircissements par 10 ans puis 50 ans les arbres qu’on laissera pousser. Pour obtenir au bout de 100 ans environ une futaie d’une centaine de pieds à l’ha que l’on va laisser pousser pour obtenir des troncs bien droits avec des branches seulement au sommet.
C’est la privation de lumière qui fait pousser les arbres droits et sans branches.
http://paysdetroncais.free.fr/foret.html#organisationCette technique est encore utilisée aujourd’hui. La durée de révolution (durée de vie de la parcelle) est de 250 ans aujourd’hui. Ce qui veut dire que 42 ha seulement sont exploités chaque année, parce qu’arrivés à maturité (au-delà, le chêne meurt sur pied). Et ça repart naturellement. Ce sont les derniers et plus beaux spécimens qui vont fournir les glands pour réensemencer la parcelle…
Le bois de Tronçais est réputé dans le monde entier pour sa finesse. Il sert à faire les meilleures barriques de Bordeaux.
Par ailleurs, la culture exclusive du chêne a montré ses limites et l’ONF a introduit plusieurs autres règles : plantations de pins pour réintroduire des espèces d’insectes disparues, création d’une réserve biologique (futaie de Colbert avec des arbres de près de 300 ans), de zones dédiées à rester en l’état, ...
La forêt de Tronçais a été jusqu’il y a peu un objet de pouvoir. Ainsi pendant la Seconde guerre mondiale, le régime de Vichy a baptisé un chêne, Chêne du Maréchal Pétain. Nuitamment, les résistants de la région l’ont rebaptisé Chêne de la Résistance, nom qu’il conserve aujourd’hui encore.

Bref, je voulais depuis longtemps aller voir cette forêt et je n’ai pas été déçu.
(à suivre...)