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Auteur Sujet: Rando kayak en endurance: extrait du journal de bord  (Lu 831 fois)

11 mai 2009 à 16:32:25
Lu 831 fois

Cabochard


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6h le jour est bien levé et déja je glisse sur l'eau je sais que je n'irais pas trés loin le vent annoncé est de Sud Est 5 à 6 de force beaufort.Je pense et espére arriver avant que le vent se léve sur le cap Senetose. Dans ces parages j'ai deux trois planques seulement pour des embarcations sans tirant d'eau, je serais assez eloigné du sentier du littoral pour ne croiser personne.
Une joyeuse équipe de Marsouins croise ma route mais c'est l'heure de leur petit déjeuner et ma compagnie ne les interresse pas du tout. Comme prévu la brise fraîchit rapidement mais je suis arrivé prés de mon repaire de "corsaire". Bien planqué du large par un gros massif de granit et assez éloigné du sentier pour ne pas être repéré je suis sur de ne rencontrer personne.
Les sucessives tempêtes hivernales ont déposées assez de bois flotté pour alimenter un feu pour ma cambuse.
Comme hier un corbeau noir me survole avec son croassement bien spécifique. Peut être a t il compris que j'étais en train de lire un livre d'Emeric Fisset intitulé: "Sous l'aile du grand corbeau". Hier soir à coté du feu je lisait quelques pages de ce récit qui ce déroule sur la cote nord americaine en Colombie Britannique et en Alaska. Pour une fraction de seconde je n'étais plus ici mais bien là bas! Je me sens comme un aventurier "d'operette" devant ce bonhomme qui a parcourus tout ces territoires avec toutes sortes de moyens
( Kayak, à pied, avec des chiens de traineaux en tirant une pulka...)
Chacun sa légende!!!
Je suis ici dans un contexte facile avec des possibilités de retraites mutiples et variées, là bas aucune sauf une : "Survivre".
Je m'y prépare doucement car si je m'ecoutais je partirais demain, mais je ne me sens pas encore physcologiquement fort, je sais que l'année qui me sépare de ce départ sur le Yukon va me permettre de me découvrir encore plus et d'être pret à affronter mes fantomes.
Mais revenons au cap Sénétose, la tente bien plantée je pars à la recherche d'orties de mer (anémomes), j'ai pensé glisser dans mon sac étanche de victuaille de la farine de pois chiche et un peu d'huile d'olive. Dans trés peu d'eau ces fleurs qui en vérité sont des animaux vivent agrippées au cailloux. Avec le dos d'une fourchette il suffit de les décoller pour les recolter. Ensuite bien nettoyer son pied de petit cailloux encore agrippés et les faire sécher quelques minutes au soleil. Ensuite je les découpes en petites portions les roules dans la farine de pois chiche, à la poele à frire et voila le tour est joué.
J'ai aussi récolté de l'ail sauvage et des bigorneaux qui vont accommoder mes nouilles chinoise de ce soir.
J'adore me servir de ce qu'il y a sous la main, cela fait trois jours seulement que je suis parti et pourtant il me semble que le temps c'est arrété, je n'ai parlé à personne et la seule communication que je m'autorise est avec ma "Vrai" les soirs pour lui donner ma position et prendre des nouvelles de son périple sur le continent chez une tante bien fatigué.
Ce soir le vent semble mollir, je crois que je ne vais pas tarder à reprendre les pagaies pour essayer d'atteindre mon petit Cabochard. (Mon bateau qui est surtout ma maison)
20h30 le vent a effectué une rotation au nord ouest, je démonte le camp et charge méthodiquement le nautiraid, je ne pense pas aller bien loin mais juste assez pour grignoter quelques kilométres!
A 21h21 je suis finalement en mer, elle est encore hachée et j'essai de me convaincre sans trop y croire qu'elle va se tasser, je double le hameau de Tizzano et une brise de terre me prend par le travers, je continue pour voir!
Vers le cap Murtoli je dois faire un arret car je commence à ressentir le froid, certainement la fatigue. En me "beachant" je surprend un gros sanglier qui doit encore courir maintenant! Il a du me prendre pour un "Sangliophobe!!!".
Je continue ma route au moins jusqu'a Roccapina, la mer est de plus en plus haché et je me fais secoué pas mal, le vent commence à se mettre en brise mais dans mon nez, la vitesse s'en ressent, je double le fameux cap au lion est rentre dans le vif du sujet! 15 à 20 noeuds juste ou je veux aller! Je m'obstine il est déja 2h du matin, je me fixe la plage "di i Pastori" puis j'aviserais, j'ai un doute les rafales doivent par moment friser les 25 noeuds, j'enchaine sans penser aux muscles qui ne cessent de forcer, j'estime à 60 coups de pagaie la minute soit une par seconde, n'ayant aucune experience dans le kayak je ne sais quoi penser, mais là n'est pas la question, j'avance.
La plage atteinte je me restaure de deux tasses d'eau chaude provenant de mon thermos et d'une petite friandise: "de la créme de marron". Je reprend la route ce serait dommage de m'arreter si prêt du but plus que 10 kilométres. Je ne peux pas y echapper les baies que je dois traverser me malmenent et forment sur peu de distance une sacrée vague, cela s'appelle l'effet de "Fetch". Je m'obstine mais par moment le doute frappe à la porte de ma cervelle mais il lui refuse l'accés. les efforts me semblent surhumain mais en même temps je me surprends à bien encaisser cette mini torture, je m'évade et arrive même à effectuer des micros sommeil tout en ramant. Je sens même qu'en effectuant 4 à 5 fois ces brefs repos je récupére! J'atteint le travers de la baie d'Arbitru, je ne vais pas arreter maintenant ça n'aurait pas de sens, 5h du mat le jour pointe son nez , je fait relache au Ilots des Bruzzi, je me prépare un café avec deux canistrellis, c'est autour du soleil de se montrer , j'embouque le fjord de Figari j'aperçois dans la lumiére naissante les mats des bateaux qui reposent à côté du Cabochard, à 7h 21 je m'amarre à mon vieux complice...
je suis ému, ce n'est ni un exploit, ni un record loin de là mais juste une recherche d'aller au bout de moi même, deverouiller les doutes et les zones noires. En montant à bord je trouve un coeur dessiné avec des bougies sur la table à carte, je crois avoir compris; c'est l'amour qui m'a donné tellement d'énérgie...

Si je joue si souvent avec les elements c'est peut être tous simplement parceque je sais que je suis vivant!
Pour retrouver la totalité du journal de bord: http://frankbruno.over-blog.com/





http://videos.france5.fr/video/iLyROoafMYl8.html
Chaque jour est une aventure,
chacun est libre d'être l'explorateur de son âme...

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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