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Auteur Sujet: Pratiques martiales, sens de l'effort et structuration de la personne  (Lu 4628 fois)

15 mars 2009 à 19:25:44
Lu 4628 fois

** Mathieu **


Dans la perspective tracée par Neurocombat, de récents travaux dans le domaine des neurosciences fonctionnelles permettent d'éclairer d'un jour nouveau des enseignements fondamentaux des arts martiaux traditionnels.

Le «sens de l'effort» - un sixième sens

C'est en Europe, au XIXe siècle, qu'apparaît l'idée d'un sens interne permettant de percevoir la force musculaire volontaire indépendamment de la contraction musculaire elle-même.

Un axe de recherche étudiant le fonctionnement et les bases cérébrales de ce que Maine de Biran nommera «sens de l'effort», se développe jusqu'à nos jours.

Ces dernières années, plusieurs expériences concluantes ont permis de démontrer l'existence de ce «sens de l'effort» ;
ce sens précède le mouvement et permet de s'informer sur celui-ci par anticipation, car l'activité neuronale qui provoque - et donc précède - la contraction musculaire, est celle-là même qui engendre la sensation d'effort.
La quantité d'effort fournie peut ainsi être perçue et utilisée pour moduler l'intensité de la commande avant que le mouvement ne démarre...


Les bases cérébrales du «sens de l'effort»

> Lors de la réalisation d'un acte moteur volontaire, le cortex préfrontal s'active : c'est là que le but de l'action est représenté en cohérence avec les états émotionnels et motivationnels.

> Le signal est ensuite transmis à l'AMS - l'Aire Motrice Supplémentaire, une zone connue pour son implication dans le contrôle prédictif de l'action : c'est la première zone de transformation des idées en actions.

> L'AMS envoie ses ordres au cortex moteur primaire M1 où les muscles à contracter sont sélectionnés.

> Le signal suit ensuite deux circuits distincts :

1. L'AMS envoie une copie de la commande motrice émanant du cortex moteur («copie d'efférence») au cortex pariétal inférieur qui simule par anticipation les caractéristiques des sorties motrices ;
cette représentation des mouvements à accomplir est à l'origine des sensations d'effort qui précèdent le mouvement.

2. Les neurones en partance de M1 transmettent le signal aux motoneurones qui descendent le long de la moelle épinière et qui activent les muscles et déclenchent le mouvement.

> Enfin pour que l'effort soit pleinement perçu comme «effort moteur», les signaux en partance du cerveau et les signaux nerveux remontants doivent fusionner.
Cette fusion s'opère dès le début du mouvement au sein des ganglions de la base, un ensemble de structures nerveuses situées sous le cortex et avec lequel elles forment des boucles fonctionnelles impliquées dans différentes fonctions cognitives et sensorimotrices.


«Sens de l'effort» et conscience de soi

«Le moi se structure autour de la sensation d'effort volontaire.
Sans sentiment d'effort l'individu ne connaîtrait rien, ne soupçonnerait aucune existence... Il n'aurait même pas d'idée de la sienne propre»
Maine de Biran, 1805, Mémoire sur la décomposition de la pensée (tomeIII)

Les dernières avancées tendent à montrer que la conscience de soi ne peut se passer de l'expérience subjective de l'effort.
Sans expérience subjective de l'effort, point de conscience de soi...
Ainsi certains troubles - schizophrénie notamment - devraient pouvoir être traités en améliorant la stabilité comportementale du réseau cérébral de l'effort.


«Sens de l'effort», structuration de la personne et arts-martiaux

Dans les arts martiaux traditionnels chinois, l'intention «Yi» - ce qui est en action dans le coeur - doit précéder le mouvement de boxe : l'intention active la forme extérieure.
On retrouve cette composante dans de nombreux arts-martiaux traditionnels ; et elle est aussi à mettre en relation avec les stratégies de motivation et de conditionnement proposées dans Neurocombat.

Les arts martiaux traditionnels, au delà des simples techniques martiales sont de véritables méthodes de développement personnel.
Développement basé sur ce «sens de l'effort» structurant - que l'on peut retrouver par extension dans toutes les pratiques sportives ;

Les pratiques de type self-défense et self-protection peuvent également être structurantes pour l'individu même si la plupart du temps cet apport n'est que peu voire pas du tout évoqué...



Pour en savoir plus :

Gilles Lafargue - Quelques apports de la neuropsychologie à la compréhension de l’action :
http://eugrafal.free.fr/Neuropsychologie-L3-2009.pdf

Gilles Lafargue - La face cachée de l’action : son rôle dans le contrôle et la compréhension du comportement :
http://eugrafal.free.fr/ISRP.pdf

CONSCIENCE & ACTION : http://conscience.risc.cnrs.fr/conscience_2007/actes.htm

Dr Marc-Williams Debono - La Plasticité Motrice : Nouvelles Perspectives :
http://www.ceops.net/artciles2006/CEOPS2006MWD.pdf

A specific role for efferent information in self-recognition :
http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.129.1431&rep=rep1&type=pdf

Attention to Intention :
http://www.fil.ion.ucl.ac.uk/~hclau/Lau_2004_Science.pdf

The Where and When of Intention :
http://neuro.bcm.edu/eagleman/papers/EaglemanSciencePerspective2004.pdf

Sense of muscular effort and somesthetic afferent information in humans :
http://www.shadmehrlab.org/Reprints/Sanes_Shadmehr_CJPP_95.pdf

Central and peripheral mediation of human force sensation following eccentric or concentric contractions :
http://jp.physoc.org/cgi/content/full/539/3/913

http://deafferented.apinc.org/deafferent.htm
http://deafferented.apinc.org/biblio.htm
« Modifié: 15 mars 2009 à 20:25:29 par Mathieu »

16 mars 2009 à 13:30:10
Réponse #1

Hexenwulf


petite précision, peut être à corriger.
Dans les arts chinois,
xin (le coeur, les sentiments) engendre shen (l'esprit)
shen engendre yi (l'intention)
yi engendre qi (l'énergie)
qi engendre li (la force musculaire)
5 éléments (très chinois) avec un cycle d'engendrement  (au moins mais le reste, je ne connais pas)
a bien analyser cela donne du grain à moudre (enfin, pour moi au moins)

17 mars 2009 à 18:02:13
Réponse #2

crotale


On dirait du "gloubiboulga" :lol: je plaisante, mais....prenons gare à ne pas tout mélanger et à ne pas stigmatiser les disciplines sans les connaître en profondeur !

Une pratique martiale digne de ce nom doit favoriser le développement de la personne, son épanouissement. Elle préserve la santé du pratiquant en le rendant plus efficace avec l'âge et moins "dépensier" en énergie musculaire.
Et cet idéal, sans un certain goût de l'effort plus que prononcé, il est vain de penser l'atteindre.

Lorsque l'on a la chance de croiser la route de professeurs émérites, crédibles et consciencieux, il devient possible, à condition d'en présenter les capacités, de percevoir une infime partie du chemin à parcourir.....et puis de continuer si il nous reste encore du courage et de la passion :D

Pour le reste, on a beau tortiller du bulbe pendant des lustres en se tapotant le menton, ou s'imprégner d'études réalisées par des gens qui n'ont jamais perdu une goutte de sueur ou de sang à l'entrainement, pour en rester persuadé :closedeyes:

http://fredbouammache.blogspot.com/    "Qui s'instruit sans agir, laboure sans semer !"

"Finir est souvent plus difficile que commencer". Jack Beauregard.

17 mars 2009 à 18:12:30
Réponse #3

** Mathieu **


Pour le reste, on a beau tortiller du bulbe pendant des lustres en se tapotant le menton, ou s'imprégner d'études réalisées par des gens qui n'ont jamais perdu une goutte de sueur ou de sang à l'entrainement, pour en rester persuadé :closedeyes:

 :blink:

18 mars 2009 à 15:14:05
Réponse #4

DavidManise


Moi j'ai jamais pratiqué de façon sincère au dojo, j'avoue.

Là où j'ai pratiqué de façon vraiment sincère, c'était généralement ailleurs :-[

Je fais mon méa culpa là : j'ai jamais été une bête de dojo, et ça me saoûle très très vite de faire du sparring appuyé.  Je sais pas faire les choses à moitié.  Sparring léger, ok.  Ca développe le coup d'oeil et les réflexes.  Sparring de brutasse, je sais même pas faire parce qu'une fois que j'ai mal je passe tout de suite à l'arrachage de pièces anatomiques utiles...  A la limite le combat de compète au karaté me plaisait bien parce que c'était du no-touch au visage, et que du coup on se faisait plaisir...  c'était un sport, comme le ski ou le basket.

C'est quoi un travail sincère ?  Sans déconner j'en sais foutre rien.  J'arrive pas à le faire volontairement.  C'est comme dormir.  C'est comme être drôle.  Si j'essaye j'y arrive pas. 

David
"Grand, gros, lourd, sale, fort et bête" ;)

Stages survie CEETS

18 mars 2009 à 15:19:00
Réponse #5

** Mathieu **


Salut :)

Je comprends votre propos ;

J'ai seulement réuni ces quelques données car je pense qu'elles peuvent intéresser certains lecteurs de Neurocombat.

Loin de moi l'idée de "donner des leçons" ou quoi que ce soit d'autre...  :-[

Ce sont les dernières avancées de certains domaines de recherche des neurosciences fonctionnelles et il est intéressant de relever qu'elles semblent corroborer certains enseignements fondamentaux des arts-martiaux traditionnels.

Des savoirs millénaires construits sur l'intuition et la pratique sont aujourd'hui vérifiés par la science moderne, parfois démystifiés, parfois validés...

Perso, je trouve cela intéressant, mais si c'est hors de propos on peut le transférer en feu de camp ou le virer cela ne me dérange pas...

:)

18 mars 2009 à 15:31:00
Réponse #6

DavidManise


Nonon :)

Moi perso, je kiffe les neurosciences.  C'est vraiment super sympa comme approche.  Simplement, j'ai l'impression que pour expliquer des trucs ultra-simples de notre vécu, ils se sentent obligés de pondre des articles de 200 pages.  Ca me rappelle ma période anthropologique ;)

David
"Grand, gros, lourd, sale, fort et bête" ;)

Stages survie CEETS

18 mars 2009 à 15:43:00
Réponse #7

** Mathieu **


Simplement, j'ai l'impression que pour expliquer des trucs ultra-simples de notre vécu, ils se sentent obligés de pondre des articles de 200 pages.

Bein c'est normal, parce que les applications premières sont destinées à la médecine et au traitement de pathologies graves...

Je posterai quelques exemples pour éclairer un peu ça...

Dans le même style j'ai trouvé des études de neurosciences consacrées à l'étude de la douleur, à son traitement par l'acupuncture par exemple ; les scientifiques s'intéressent aussi à la médecine chinoise et aux recettes de chamanes, c'est intéressant de voir quels sont les résultats de telles études...

:)
« Modifié: 18 mars 2009 à 16:15:13 par Mathieu »

18 mars 2009 à 15:50:15
Réponse #8

DavidManise


Ouaipe.  C'est sympa de voir à quel point tout converge et concorde.  Enfin pas mal de trucs. 

J'adore ces trucs, sans dec.

David :love:
"Grand, gros, lourd, sale, fort et bête" ;)

Stages survie CEETS

20 mars 2009 à 16:37:18
Réponse #9

bison solitaire


Moi j'ai jamais pratiqué de façon sincère au dojo, j'avoue.

Là où j'ai pratiqué de façon vraiment sincère, c'était généralement ailleurs :-[

Je fais mon méa culpa là : j'ai jamais été une bête de dojo, et ça me saoûle très très vite de faire du sparring appuyé.  Je sais pas faire les choses à moitié.  Sparring léger, ok.  Ca développe le coup d'oeil et les réflexes.  Sparring de brutasse, je sais même pas faire parce qu'une fois que j'ai mal je passe tout de suite à l'arrachage de pièces anatomiques utiles...  A la limite le combat de compète au karaté me plaisait bien parce que c'était du no-touch au visage, et que du coup on se faisait plaisir...  c'était un sport, comme le ski ou le basket.

C'est quoi un travail sincère ?  Sans déconner j'en sais foutre rien.  J'arrive pas à le faire volontairement.  C'est comme dormir.  C'est comme être drôle.  Si j'essaye j'y arrive pas. 

David

Lorque j'ai commencé en Karaté, j'y croyais; je me posais pas de question, j'y croyais. Je voulais en faire depuis tout petit, mes parents n'est pas pour et je n'ai pu commencer qu'à 19 ans. Je me suis renseigné, j'ai appris les termes par coeur avant même re m'inscrire en club, mais j'étais déjà acquis à la cause du Karaté.
Pour moi c'était magique, guérisseur... j'avais la foi, ben ouais.
Et puis j'ai voulu pousser plus loin, j'ai voulu l'enseigner légalement, en plus ça faisait un boulot "joker" au cas où; j'ai passé le BE et me suis grandement intéressé au sport, ce qui a été le moyen d'expliquer beaucoup de chose, de répondre à des questions que je ne m'étais même pas posées... Beaucoup de "phénomènes" étaient expliqués par les sciences, et j'ai commencé sournoisement à ne plus y croire... Ce qui m'a amené à d'autres choses, tout aussi intéressantes, mais ce que je n'ai pas retrouvé, c'est un foi quelconque... ou en tous cas je suis incapable maintenant d'y mettre un nom (ça rejoint mon "problème" avec les religions)
...
Tout ça pour dire que rationaliser tout, n'est pas, à mon sens, forcément une bonne chose... lorsqu'on veut croire.

 


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