Vie Sauvage et Survie

Premiers secours et santé => Premiers secours et santé => Discussion démarrée par: Kilbith le 09 avril 2014 à 18:13:02

Titre: Cas d'hypothermie
Posté par: Kilbith le 09 avril 2014 à 18:13:02
Bonjour,

Voici un cas d'hypothermie (récent : 2002) relaté dans la littérature scientifique. Il m'a semblé intéressant de le rapporter ici :

Source : Wilderness and Environmental Medicine, 13, 125 128 (2002)
CASE REPORT A Case Report of Hypothermia in the Wilderness
Brian R. Irwin, DO

Citer
Case report
A 42-year-old male was descending from a solo ‘‘summit’’ of New Hampshire’s Mount Washington in earlyFebruary. The temperature was 10F, and the wind speed was 30 to 80 mph. Just prior to dusk, he staggered into the author’s camp. His jacket was unzipped, and his shirtwas untucked.
He said he ‘‘felt like a bug’’; when asked what he meant by this, he became agitated and upset. The patient was an athletic-appearing man of average
weight and height. He was not shivering. The skin on his face was erythematous. His lips demonstrated a bluish hue; otherwise, his gross exam was normal.
He was persuaded to enter our tent. After attempting sips of warm water, he vomited twice. He was dressed in a sweater, wool pants, and plastic double mountaineering boots. His outer layer consisted of a down jacket, which was not waterproofed. All of his clothing was damp.
He was stripped of his wet clothes, redressed, and placed in a sleeping bag. Water bottles full of warm fluids were placed in the bag around the victim’s thorax. Air-activated heat packs were also applied directly to his thorax, abdomen, and groin. The patient was given warm water by mouth. Within an hour, he began shivering.
He did complain of nausea but had no further vomiting. Twohours later, the patient’s lips were no longer blue and, although shivering, he stated that he ‘‘felt better.’’ He did pass some concentrated urine and was conversant
and calm, recalling the entire event.
After recovery, the patient was further interviewed. He cited no past medical problems. He denied consumption of ethanol, medications, or recreational drugs.
The patient reported little navigation experience, which apparently led to his wandering off the route in near whiteout conditions. He became cold and frightened and began running. Losing his balance, he stumbled into a snowdrift, resulting in his clothes becoming damp. He was exposed on the mountain for over 12 hours before finding our camp; over 3 hours of this time was spent
in damp clothing

C'est intéressant sur plusieurs points.

- Ici  la personne se présente d'elle même. Il fait -12°C et un vent d'au moins 50 km/h soit un risque de gelure allant de très faible à probable (plus de 30 min) sur les parties exposées.
- L'homme est athlétique et dans un premier temps semble se porter "comme un charme" selon ses dires. Mais son attitude et des signes cliniques montrent que ce n'est pas le cas. Il avait dépassé le stade des tremblements pour entrer dans le délire.
- L'équipement est correct. Mais mal utilisé.
- La cause problème du problème c'est à la fois la perte de l'itinéraire, le jour blanc et la panique. Il se met donc à courir, tombe dans la neige et ses vêtements se trempent.
- On tente de lui donner à boire et il vomit.
- Puis on le réchauffe par les méthodes classiques ( avec en plus chaufferettes chimiques)
- Il se remet à trembler.
- Puis sa santé revient.
 :)
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: AC le 09 avril 2014 à 20:24:46
Intéressant, je ne savais que l'hypothermie pouvait provoquer des délires de ce genre.

Concernant les secours à apporter, on avait discuté dans ce fil (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,5603.msg504062.html#msg504062) d'un document de Organisation Maritime International qui précise qu'en cas d'hypothermie plus grave il faut éviter d'appliquer les chaufferettes directement sur le corps.

Citer
The best method of active re-warming is the use of forced warm air (maximum 40°C). Never use a hot bath or hot shower !
Never place [heating pads or hot water bottles] against the bare skin as cold skin is easily burned.
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: fry le 09 avril 2014 à 22:52:11
Qu'on ne s'y trompe pas, c'est un cas d'hypothermie particulièrement grave, il est passé à deux doigts. Pour moi cet homme ne doit sa vie qu'à sa probable très bonne condition physique... sans oublier un gros facteur chance.

La disparition des frissons et les troubles cognitifs sont un signe d'hypothermie inférieure à 32°, l'ensemble de ses tissus sont hypoperfusés y compris le cerveau, du fait d'une combinaison de dépression cardio-circulatoire ( le coeur perd en force de contraction et le tonus vasculaire est de plus en plus lâche ), et d'une augmentation de la viscosité du sang qui rend le travail du cœur encore plus difficile. Pour se protéger de ce manque d'oxygène, toutes les fonctions cellulaires du corps se mettent en hypométabolisme ( une maigre tentative de singer les animaux qui hibernent, chez une espèce qui en est hélas incapable ), permettant de consommer beaucoup moins d'oxygène et d'énergie, mais provoquant une dépression cardio-circulatoire, respiratoire, et neurologique, le tout s'auto-entretenant, avec au stade de cette victime, un risque très élevé de faire un trouble du rythme cardiaque létal ( fibrillation ventriculaire ).

Il y a un stade encore plus grave d'hypothermie mais les patients sont généralement et quasiment toujours comateux, et sont au bord du désamorçage et de l'arrêt cardiaque.

Dans le cas présent, le comportement idéal est de déshabiller rapidement la victime, la mettre dans une ambiance réchauffante de manière passive ( température ambiante d'une vingtaine de degrés ) en la couvrant pour lui permettre de conserver le peu de chaleur qu'elle produira. Dès le retour des frissons, on pourra passer à un réchauffement plus actif avec éventuellement les petites chaufferettes citées. Il vaut mieux les appliquer sur le tronc ( qui permettra un réchauffement plus long ) que sur les membres au contact des grands axes vasculaires, ou des circulations trop brutales de sang à température différentes peu provoquer des " after-drop ", des hypotensions sévères qui grèvent le pronostic.

- En montagne: Le bouger le moins possible, ne rien lui donner à boire, à manger, ne lui donner aucun médicament, le laisser dans la tente à l’abri du vent et en position allongée. Appeler les secours.

- Si c'est un noyé / hypotherme: idem que plus haut. L'instant critique est la sortie de l'eau ( il peut désamorcer et mourir sur le coup ), une fois qu'il est sur le pont c'est déshabillage, couverture en milieu ambiant chaud ( et isolé du sol mouillé ), le laisser strictement allongé et ne pas le bouger, et bien sûr l'extraire du milieu hostile ( contacter le CROSS pour médicalisation et évacuation selon l'état ).
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: DavidManise le 09 avril 2014 à 23:02:22
Le cas est effectivement très intéressant.  Et assez classique...  Le coup du vomissement est assez fréquent.  Et les troubles de la conscience avec agitation ou apathie sont fréquents aussi.

Et justement, voyant ça je me dis qu'ils ont eu de la chance...

On est visiblement face à un cas où ça devient dangereux de réchauffer la personne.  Difficile à dire sans avoir pris ses constantes mais sa température devait être autour de 33°C ou moins.  Il commençait à avoir des troubles de la conscience en tout cas.  Le fait qu'il bouge encore a sans doute mobilisé et homogénéisé la température des masses sanguines, ce qui a probalement fait la différence...  mais pfff.  Poil de cul.

Typiquement, une personne qui ne frissonne plus et qui commence à avoir des troubles de la conscience à cause d'une hypothermie est une urgence vitale...  il y a de gros risques de fibrillation cardiaque pendant le réchauffement, surtout si la circulation sanguine s'est compartimentée (courant quand la personne reste immobile et commence à s'enfoncer vraiment).

Dans ce genre de cas on recommande souvent de se contenter de limiter le refroidissement et d'isoler la personne délicatement... mais surtout de ne pas mobiliser ses membres ou la frictionner (risque de retour sanguin froid brutal qui cause une fibrillation : du sang à 10, 8, 4°C arrive massivement dans le coeur, et il réagit comme vous sous la douche quand on prend subitement toute l'eau chaude...), ni la réchauffer activement.  On l'isole du sol, on la couvre et on appelle les urgences pour une prise en charge spécialisée.

Après, un humain c'est solide et on a souvent de la chance.  Là ça a été le cas.  Mais j'aime bien donner des chances à la chance en évitant les trucs qui peuvent nuire ;)

Tchuss ;)

David

Edit : Grillé par Fry...  comme son nom l'indique ;#
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: DavidManise le 09 avril 2014 à 23:09:31
Fry : intéressant cette histoire d'hypotension brutale.  J'ai lu quelques trucs là-dessus qui indiquaient que c'est l'une des bonnes raisons de réchauffer DOUCEMENT les hypothermiques (1°C par heure d'après ce que j'ai lu).

Est-ce que tu as des infos concernant une corrélation possible entre un état de déshydratation plus ou moins important et ce genre de problème d'hypotension brutale ?

Est-ce qu'une réhydratation rapide dès l'apparition des frissons (quand la personne est capable de boire par elle-même en gros) à 35-37°C ne pourrait pas minimiser ce risque ?

Si t'as des infos je suis preneur (et j'intègrerai ça dans le module hypothermie du CEETS avec ta permission).

Thanks :)

David
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: fry le 09 avril 2014 à 23:35:06
Tout à fait il faut réchauffer très doucement et progressivement, et non activement si l'hypothermie est trop profonde.

Le mécanisme de l'after-drop est simple. En hypothermie importante le réseau vasculaire est vasoconstricté au possible, diminuant le débit sanguin en particulier périphérique. Avec un brutal réchauffement en particulier des grands axes, une vasodilatation s'opère, faisant affluer le sang froid se promenant encore partout, jusqu'aux régulateurs centraux de la chaleur. Ainsi le phénomène fait à la fois plonger la tension, et aggrave l'hypothermie centrale et ses réactions physiologiques inappropriées ( mais l'after-drop peu aussi avoir lieu simplement en mobilisant de manière inopportune la victime, provoquant un afflux sanguin froid... ).

L'hypothermie est une hypovolémie relative, une déshydratation l'aggravera quoiqu'il arrive ( le traitement médical inclue toujours un remplissage vasculaire, mais très prudent et lent, car le cœur sidéré par le froid est équivalent à celui d'un insuffisant cardiaque ).

Une réhydratation orale n'aura jamais la rapidité et l'efficacité de solutés médiaux, mais surtout il est déconseillé de trop tenter d'hydrater par la bouche une victime dont on est pas certain du degré de gravité. Le risque qu'elle fasse un trouble du rythme ou autre complication grave nécessitant d'être au possible estomac vide, est supérieur au bénéfice d'un apport d'hydratation par la bouche. Souvent comme dans le cas présent, des troubles de la vigilance sont présents, rendant le contrôle des voies aériennes supérieure hasardeux et potentiellement dangereux pour la victime, fausse route, vomissements, autant de situations à risque pour une victime précaire. Si la situation semble vraiment contrôlée il n'est pas impossible de faire boire un peu la personne si elle a très soif, mais la réhydrater rapidement par la bouche ( impliquant de boire beaucoup et / ou vite ), risque de provoquer à nouveau vomissements ou complications. Ne pas perdre de vue que le patient se remettant à frissonner va mieux, mais revient de loin, il est réellement précaire et doit être pris en charge avec des pincettes.

Bien sûr pas de soucis pour aborder n'importe quel sujet que j'ai pu évoquer dans l'une ou l'autre des formations du CEETS.
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: DavidManise le 10 avril 2014 à 00:20:44
Ok.  Je te remercie d'avoir pris le temps :)

Bon du coup je m'en tiens à mes recommandations actuelles.  Schématiquement :

1) PREVENIR l'hypothermie...  (ça c'est 70% de mon boulot en fait, gérer correctement le risque d'hypothermie) ;

2) Détecter le moment où la victime (généralement d'abord la personne de petit gabarit du groupe ou la moins bien équipée / acclimatée) ne va plus pouvoir compenser les pertes de chaleur, et où elle va commencer à s'enfoncer.  Si on en arrive là, AGIR VITE ET BIEN pour éviter la descente dans les abimes glacés.  Là, artillerie lourde : matelas, duvets, bouillottes, et on appelle le 15 pour avis médical au moindre doute.  Bien penser à gérer le reste du groupe parce qu'il fait froid pour tout le monde.  On traite la victime avec son matériel en priorité si possible.

3) En cas de suspicion d'hypothermie plus importante (troubles de la conscience / inconscience, stade du frisson dépassé -- NB certains ne passent jamais par le frissonnement...)

- évaluer l'état de conscience et prendre les constantes si possible (pouls, rythme ventilatoire, couleur de la peau et des levres, état des pupilles si inconscient) ;
- appeler les secours (même si mort apparente) ;
- en cas de trouble / perte de conscience : ne pas mobiliser / ne pas surélever les membres (retirer prudemment les vêtements mouillés) ;
- limiter les pertes de chaleur ;
- isoler du sol, du vent, couvrir avec des duvets ;
- préparer l'évacuation (DZ, point de RV ou autre)...

--> Une fois que la personne se remet à frissonner et qu'elle retrouve un niveau de conscience normal et stable (si les secours ne sont pas arrivés), appliquer UN PEU de chaleur au niveau du thorax / abdomen (une gourde d'un litre à 50° environs dans une chaussette pour éviter toute brûlure).

Quelque chose à améliorer ?  Suis toujours preneur.  Soit on progresse, soit on régresse.

Tchuss ;)

David
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: Enid le 10 avril 2014 à 01:24:50
Je vais transmettre ce petit topo-là, si tu veux bien, dans mes assos de reconstitution, j'ai eu à réchauffer une copine maigrichonne et très mal équipée samedi dans la nuit dans les Ardennes. (et situation pas vraiment prise au sérieux par le reste des copains  :'( )

Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: fry le 10 avril 2014 à 07:53:00
Ça me parait bien !

En général les divers moniteurs et encadreurs d'activités à risque sont bien au point sur l'hypothermie ( moniteurs de plongée, guide en montagne, etc ), je vois avec David et comme on peut s'y attendre, que le CEETS ne fait pas défaut.
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: DavidManise le 10 avril 2014 à 14:30:54
Oui lourse, c'est de l'open source, et c'est fait pour être diffusé ;)

Fry : merci !  Ceci dit je suis pas sûr que ça soit le cas de tous...  j'ai notamment pas mal de potes AEM qui ne savaient même pas qu'il fallait éviter de réchauffer un hypothermique inconscient.  Avant ils devaient faire un brevet de premiers secours "à l'ancienne" mais au fil des évolutions des programmes, les mecs ne sont plus tenus qu'à un PSC1.  Ca fait un peu léger pour accompagner des groupes au fond du Kirgizistan... 

En revanche ils sont obligés d'être au top sur la flore et sur la géologie, et ils ont des obligations de formation pour savoir faire une déclaration de TVA correctement, ça oui...  ::)

Bref.  Je m'arrête là je vais devenir vulgaire.

Merci pour les inputs. 

Tchuss ;)

David
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: lambda le 10 avril 2014 à 14:48:33
Salut, :)

Merci tout d'abord pour cette avalanches d'infos!  :love:

Je me posais la question suivante, fondée sur le problème de ne pas réchauffer trop vite, voir d'éviter un réchauffement actif d'une personne inconscient/en hypothermie avancée:

- ne peut on pas installer cette personne dans un sac de couchage/sous des couvertures/dans un cocon isolant de l'extérieur (limiter les pertes par convection/conduction/radiation/évaporation) avec les moyens dont on dispose
ET
- se glisser avec elle sous ce cocon d'isolant en s'allongeant à côté d'elle contre elle, afin de réchauffer tout doucement TOUTE les parties du corps en même temps et limiter le risque de voir du sang froid des extrémités reffluer vers le noyau central?)

En fait on jouerait le rôle d'une espèce de "feu en long" pour la victime, mais à une échelle d'intensité bien bien moindre bien-sûr..

Ca serait une méthode simple à mettre en oeuvre et autorisant une remontée en température très progressive, non?

à+,
Lambda


Titre: Re : Re : Cas d'hypothermie
Posté par: musher le 10 avril 2014 à 16:58:03
Fry : merci !  Ceci dit je suis pas sûr que ça soit le cas de tous...  j'ai notamment pas mal de potes AEM qui ne savaient même pas qu'il fallait éviter de réchauffer un hypothermique inconscient.  Avant ils devaient faire un brevet de premiers secours "à l'ancienne" mais au fil des évolutions des programmes, les mecs ne sont plus tenus qu'à un PSC1.

Ca concerne tous les diplomes sportifs. Pour les mushers pro (donc activités plutôt hivernales), ils passent aussi que le PSC1.
Après certains centres de formation les incitent à suivre des formation plus poussés proposer par les fédés sportives comme la FFM, le CAF ou la fédé de spéléo.

Même chose pour l'ARVA. Une journée de formation.

Après si les pros se recyclent pas d'eux même, le jour du pépin, ils auront oublié la moitié.

Merci Fry pour ce rappel.
On nous apprend comme éviter l'hypothermie, combattre l'hypothermie légère. On a juste dit qu'il faut pas réchauffer les hypothermies graves.
Mais on nous a jamais expliqué comment faire la différence entre hypothermie grave et une légère, pourquoi fallait pas réchauffer.

Ce qui serait bien, c'est d'en faire un post verrouillé et en post it pour que ca sorte bien sur Google et que celui qui tombe dessus est un signal fort et pur.
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: Kilbith le 10 avril 2014 à 18:07:47
On nous apprend comme éviter l'hypothermie, combattre l'hypothermie légère. On a juste dit qu'il faut pas réchauffer les hypothermies graves.

Ca m'amuse toujours ce type de "conseil des autorités"  ;#

Si je suis "sur le terrain" il faut bien faire quelque chose. Si je peux appeler les urgences, ben je les appelle. Si je ne peux pas (pas de réseau, mauvais temps, manque de temps), il faut bien agir.

Encore une fois, on est dans le cadre de la "rationalité limitée" : il n'existe pas de "bon choix" juste de "moins mauvais".

Tu es dans la bafougne, tu tombes sur un type en hypothermie qu'il soit de ton groupe ou d'ailleurs. Trois cas.

CAS 1 : Ok il est juste un peu en hypothermie...on lui fait quitter ses fringues en général humide, on le couvre on lui donne à boire un truc chaud (pas brûlant!) et sucré. Pour beaucoup ce n'est pas de l'hypothermie juste un "refroidissement". C'est une situation courante (perso au moins 3 fois des cas à gérer).

CAS 2 : Il est en hypothermie. Par exemple il a des tremblements continuels, ou il est apathique mais conscient. L'intérêt du cas ci-dessus c'est qu'on se rend compte qu'on peut être en hypothermie avancée et sembler "normal".
Les situations où tu fais le 112 et la cavalerie arrive dans les 15 minutes, sont tout de même rares en montagne. Encore plus dans les situations où on a à gérer une hypothermie. Par exemple par -20°C avec un vent de 80km/h et un jour blanc...on risque d'avoir du mal à utiliser un téléphone, à donner sa position exacte et encore plus à voir arriver rapidement un hélicoptère.
Il faut donc agir, au risque de voir le cas s'aggraver. Fry à fait une super description des choses à faire (et surtout à ne pas faire!!!!) avec les moyens du bord.

CAS 3 : Il est en hypothermie avancée. Le type ne bouge plus et il est inconscient, mais tu te rends compte qu'il n'est pas mort. Idem, le samu ne va pas apparaitre par magie. On doit faire quelque chose non?
Cela va être moins bien que ce qu'on peut faire à l'hôpital, il est préférable de se fixer comme objectif de seulement "stabiliser" la situation, mais je ne suis pas certain que d'attendre (au mieux) 30 minutes et plutôt plusieurs heures en se croisant les bras que les éventuels secours arrivent ce soit mieux.
Si tu es en Laponie, même sur un lieu relativement fréquenté comme la Kungsleden. Il n'y a pratiquement pas de réseau. Tu tombes sur un type en hypothermie avancé, tu es à 2 heures de marche de la prochaine cabane (dans de bonnes conditions!), il faut bien faire quelque chose.

Alors ok : Primum non nocere...mais dans un sens bien compris.


@ Lambda.
Citer
- ne peut on pas installer cette personne dans un sac de couchage/sous des couvertures/dans un cocon isolant de l'extérieur (limiter les pertes par convection/conduction/radiation/évaporation) avec les moyens dont on dispose
ET
- se glisser avec elle sous ce cocon d'isolant en s'allongeant à côté d'elle contre elle, afin de réchauffer tout doucement TOUTE les parties du corps en même temps et limiter le risque de voir du sang froid des extrémités reffluer vers le noyau central?)

SOUS RESERVE DE MODIFICATION PAR UN EXPERT JE NE SUIS PAS MEDECIN!!!!


NON, AMHA, tu risques de l'achever.  :o

En fait ta méthode est presque bonne, mais tu loupes un truc fondamental :
Le sac de couchage, le matelas, les couvertures sont à -20°C....et ont une inertie thermique importante. Si tu mets DIRECTEMENT le type dedans, Comme il est plus chaud c'est lui qui va les "réchauffer" au début. Il va donc céder son peu de chaleur à ce qui est sensé le "réchauffer".
IL FAUT donc RECHAUFFER AU PREALABLE le sac, le matelas et le reste à une température supérieure à la personne en hypothermie. Le plus simple sur le terrain c'est qu'une personne dénudée et en bonne santé se glisse dedans et fasse des pompes ou des abdos...

UNE FOIS le sac de couchage chaud on peut DELICATEMENT en recouvrir le patient (SANS trop le manipuler et normalement on ne devrait pas bouger quelqu'un en hypothermie profonde. Idéalement on devrait découper ses vêtements et non le déshabiller).
ALORS on peut essayer de le réchauffer "par le tronc" (noyau central) avec des sources de chaleur faibles, par exemple un corps humain nu et chaud. Il faut éviter absolument de réchauffer les extrémités qui sont plus froides, le coeur risque de s'arrêter (comme expliqué ci dessus).

Évidemment, si on est à 8km à "vol d'oiseau" d'un centre spécialisé comme c'est souvent le cas chez nous (ex : Vallée de Chamonix)...on commence par les appeler.  ;)

NB : au passage les hypothermies c'est comme les emmerdes et les impôts : ça a tendance à voler en escadrille. Il faut faire très gaffe "aux biens portants".
Parce qu'un groupe de randonneur qui marche bien équipé par -10°C, il a rarement froid. Mais s'il faut s'arrêter pour s'occuper de quelqu'un : rares sont les randonneurs qui ont équipement pour affronter plusieurs heures du -10°C en plein vent. Rapidement, il vont commencer à se refroidir (d'abord par les pieds).
Avec un problème en plus : les gens qui vous accompagnent sont "gentils et bien élevés" en général. Et donc comme il y a un "blessé" ils risquent d'hésiter à se plaindre "pour ne pas déranger". Et quand ils se plaignent ou que l'on s'en rend compte : le mal est déjà avancé. Pensez à checker le groupe...et vous (surtout si vous êtes le "chef" : le chef tombe aussi malade).
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: Cocoeau le 10 avril 2014 à 22:59:26
Je m'éloigne peut-être un peu du thème du mec qui fait une hypothermie dehors, mais il m'est arrivé 4 fois de faire des hypothermies (stade des frissons, température entre 34,5° et 35°) à la maison (il fait généralement autour de 20° dans ma chambre, une fois j'étais habillée (jean - t-shirt - pull) et les 3 autres fois sous la couette (épaisse et largement assez chaude pour la température de ma chambre).

Bref, dans ces cas l'hypothermie n'était clairement pas provoquée par une température extérieure polaire avec défaut d'équipement, ni par l'humidité... Quelles peuvent être les causes de ce type de soucis hormis les conditions extérieures ? Ca m'ennuirait de me retrouver glacée en rando estivale en plaine par 30° :lol:

Merci d'avance :)
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: Kilbith le 11 avril 2014 à 10:19:42
Bonjour,

Il faut savoir qu'il existe des protocoles qui déterminent la marche à suivre en fonction du niveau d'hypothermie (Grade I à IV).

Le cas ci-dessus est vraisemblablement un cas II à la limite du III.

Par exemple : Med Intensiva. 2012; 36(3) :200---212.
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: lambda le 11 avril 2014 à 10:21:55
Merci Didier pour ces éclaircisements et correctifs! :)

En effet, j'ai oublié de prendre en compte ce paramètre important...  :-[

- De là à au moins 3 individus en randonnée, Ca suppose qu'un des équipiers soccupera de réchauffer le sac en s'y glissant dedans pendant que l'autre s'occupe de la victime.

- à 2, on peut imaginer faire prendre une positon de la tortue, sans bouger excessivement ladite victime, avec une bougie au fond d'une gamelle, en appliquant les conseils vu dessus, et pendant ce temps là, le second s'occupe de "faire monter le sac en température" pour le rendre près à recevoir la victime...

à+,
Lambda
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: fry le 11 avril 2014 à 19:51:45
Le tout est d'avoir une ambiance chaude passive sans l'être trop non plus. Si vous êtes sous une tente en pleine tempête de neige soyez sûrs qu'il ne fera pas 20 degrés sous la toile, de même une personne en hypothermie dégage très peu de chaleur, la couvrir ne va permettre que de conserver sa propre chaleur ( qui est donc assez négligeable ) mais ne la réchauffera pas si l'ambiance autour d'elle n'est pas à température adéquate.

L'idéal est donc effectivement de pré-chauffer le sac de couchage pour envelopper la victime dans un cocon à bonne température.

Pour Cocoeau:  chacun est différent, les personnes de petit gabarits et particulièrement fines sont plus sensibles à l'hypothermie, il y a aussi des personnes dont le métabolisme fait qu'elles sont naturellement sujettes à faire des hypothermies assez facilement sans autre explication que " on est comme on est ". De même les personnes âgées, les nouveaux nés, les patients polymédicamentés ou avec de lourdes maladies chroniques, les personnes à mobilité réduites et bien entendu par dessus tout les gens alcoolisés ( qui n'ont aucune conscience de leur propre refroidissement et perdent bien plus de chaleur du fait de la vasodilatation entraînée par l'alcool ), sont plus à risque de développer une hypothermie.
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: Cocoeau le 11 avril 2014 à 22:59:03
Fry : Je suis mince mais pas maigre, je n'avais pas bu ces jours là. Et plus étrange encore, je n'avais pas froid deux minutes avant de me mettre à grelotter violemment...
Est-ce que ça peut selon toi être causé par un virus ou une bactérie qu'on choperait sans que ça n'entraine d'autre symptômes ? Ou alors pendant qu'on "couve un truc" ? 2 des 4 fois j'ai été malade peu après (2-3 jours plus tard) d'une belle grosse angine une fois et d'une infection rénale l'autre fois. Mon médecin affirme qu'il est possible qu'il y ait un lien mais qu'il est aussi possible que ça soit sans rapport...

Merci d'avance :)
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: Kilbith le 12 avril 2014 à 17:21:02
Quelques informations sur les différences entre les personnes en ce qui concerne la susceptibilité à l'hypothermie.

Etude chez les milloufs US. Il faut lire attentivement, c'est nuancé (En anglais) : http://www.dtic.mil/cgi-bin/GetTRDoc?AD=ADA418462
Titre: Re : Cas d'hypothermie
Posté par: fry le 13 avril 2014 à 11:18:23
Cocoeau: C'est possible sans plus. Les frissons pendant les infections sont un effort du corps pour atteindre une température de fièvre afin de mieux lutter contre ses agresseurs. L'hypothermie dans l'infection est un signe peu fréquent, généralement témoin d'un sepsis assez grave.

Killbith: oui la plupart des études sur le sujet sont nuancées, la France a une littérature très pauvre et uniquement militaire sur le sujet, qui ne tire pas de conclusions extraordinaires non plus, et n'en tire de toute façon aucune application pratique ( ce qui entraîne donc peu de motivation à d'autres études ), puisque concrètement qu'il s'agisse de stages grand froid ou de stage commando élémentaires ( en particulier marine ), tout le monde est accueillis à bras ouverts, et ceux qui ne tiendront pas ( notamment suite à des hypothermies ) échoueront et seront donc naturellement écartés du circuit, quelque soit leur couleur de peau.

Sinon, hasard situationnel: je sors d'une garde où j'ai eu à prendre en charge une hypothermie à 29,8° chez une dame âgée en collapsus cardio-tensionnel majeur. Il m'a fallut 8h pour la réchauffer jusqu'à 35° de manière lente et prudente et avec des moyens médicaux conséquents. Elle est maintenant tirée d'affaire, mais vous voyez que rien ne peut s'improviser sur le terrain si l'hypothermie est trop profonde, il ne faut jamais hésiter à solliciter un avis médical.