Salut les gars, y'a pas longtemps deux potes tombent sur quelques photos d'une de mes expés en montagne, ça leur plaît, je leur dis ok je vous emmène pour un weekend si vous voulez, du coup je leur fais une check-list matos, on pioche dans mon stock et on fait les courses pour ce qui manque, et vendredi matin je passe les prendre et on file direction Bourg d'Oisans, on déjeune au pied de la montagne et vers les 15h nous voilà partis pour un weekend de 4 jours en autonomie, soleil au programme et moral au beau fixe.
On part en remontant la vallée du Ferrand il fait chaud, la vue est chouette, tout va bien.

Le soir on plante au pied de la bosse qui monte au lac des Quirlies, on monte la tente pour mes potes moi je dors dehors car la nuit est belle et je veux voir les étoiles

Le lendemain matin au réveil il y a au moins trente busards qui sont en train de choper la pompe et tournent dans le ciel, on se met en route, on monte au col de la Valette, puis à la cime de la Valette, belle vue sur l'Oisans

On redescend sur le glacier de St Sorlin, au pied du pic de l'Etendard ; on traverse la moraine par la glace car les torrents sous le glacier sont de véritables fleuves, infranchissables

Là les choses commencent à se gâter car un de mes potes a mal au genou, visiblement tendinite, du coup il boite et on descend tout doucement. Dès qu'on arrive sur le plat on s'arrête et on plante la tente car je ne veux pas forcer sur ce genou, du coup on se retrouve à camper au-dessus des lacs de l'Etendard, un vilain goulet où souffle un vent à décorner les boeufs, glacial de surcroît car il vient droit du glacier. Mes potes m'aident à planter la tente, il faut la tenir pour qu'elle n'e s'envole pas le temps que je tende bien les suspentes. Après ça je me fais un abri aussi avec mon poncho, malgré le soleil couchant il fait déjà 1°C à l'abri du vent.

Le matin j'ouvre l'oeil au point du jour il est 4h du matin le ciel est clair, je regarde les étoiles, le vent ne s'est pas calmé de toute la nuit, à 4h30 je regarde l'altimètre il vient de prendre 100m en une demi-heure, ça craint

. Du coup à 6h l'Etendard a brutalement mis son chapeau, ça me plaît pas, je réveille mes potes et on plie en vitesse sans prendre de ptit dèj, direction le refuge de l'Etendard, à 20min de marche.

On a mis un peu de temps à plier j'ai eu du mal à booster les copains qui ne comprennent pas vraiment ce qui va nous tomber sur la gueule, du coup sur le trajet on se fait choper par les premières gouttes de l'orage, le vent souffle à l'horizontale, on arrive juste à temps pour s'abriter au refuge.

Le temps est noir, on s'assied sur un banc, à l'abri, on prend le petit dej pendant qu'il tombe une averse diluvienne et que les premiers roulements de tonnerre font trembler la montagne. Je rentre dans le refuge demander poliment les prévisions météo, histoire de savoir à quoi s'en tenir : je me fais recevoir fraîchement par une gamine qui m'explique qu'ils n'ont pas de bulletin météo (un comble pour un refuge) et que ce sont les gens de passage qui me renseigneront le mieux. Ptain, on est dimanche matin, faut qu'on soit à la voiture lundi soir au plus tard, lundi midi étant mieux, mon pote boite de plus en plus malgré la pommade et je peux pas connaître la météo. Cool.
On descend ensemble à la faveur d'une accalmie sur le col de la Croix de Fer, mon pote est obligé de s'appuyer sur nous pour marcher, on se traîne, on essuie deux orages, on descend ensuite sur les chalets de la Balme, et on s'y abrite pour déjeuner. On ne peut pas continuer comme ça, on n'avance pas et on va geler si ça continue. J'abandonne mes potes avec la tente, le village de St Sorlin n'est plus qu'à une heure en descendant, on convient qu'ils camperont dans le secteur pendant que je vais chercher la voiture. Je garde le réchaud. Rendez-vous demain dans l'après-midi à St Sorlin. Il est 14h, on se sépare, et je dois me taper une traversée de la mort sous un orage monstrueux. J'entonne un chant de guerre et j'enquille à marche forcée. Dénivelé : -300m, +600m, -700m, +400m, -700m, +100m.
Dans la vallée qui monte au col des prés nouveaux je marche sous l'orage il tombe de la grêle deux fois et des averses d'une violence incroyable, je commence à flipper car toute l'eau qui est tombée a transformé les torrents en fleuves ; le massif est fait d'ardoisières, l'eau a pris une bonne couleur noire, et la progression est difficile, le sentier lui-même s'est transformé en rivière.

A un moment j'entends passer des avions de chasse en rase-mottes au-dessus de ma tête, mais impossible de les voir. Un quart d'heure plus tard je comprends : ce n'était pas le bruit des réacteurs, mais d'un barrage de boue qui a dû céder, il faut traverser un delta plein de boue dans laquelle on enfonce au dessus du genou. Pas le choix, je sonde puis je me fous à la baille. Il y a là, au milieu de nulle part, quelques vaches qui doivent me prendre pour un fêlé

La traversée a été rude, heureusement j'ai des rangers montantes et un pantalon imperméable par dessus, ce qui limite les dégâts mais j'ai quand même l'air d'avoir traversé une coulée de boue.

Après avoir traversé il reste le raidillon à monter, en haut c'est le col mais il est pris dans l'orage et ça claque de partout, j'attends 40 minutes en battant la semelle que ça se dégage pour tenter le passage, je bouffe de la pâte d'amandes pour me requinquer, quand j'arrive en haut le vent est si fort que j'avance par saccades.

De l'autre côté il y a une petite bergerie, j'échange deux mots avec le berger mais le vent est tellement fort qu'on ne s'entend pas, il me propose de dormir là, mais je ne veux pas m'arrêter, je lui serre la main et j'attaque la descente, en glissant dans la boue, l'orage redouble lorsque j'arrive en bas

La vallée est interminable, il faut grimper ensuite pour franchir la crête et redescendre sur Besse, où j'arrive quand le clocher sonne 21h, je prends la route et j'aperçois sur l'autre versant Clavans où j'ai laissé la voiture.

Une minute plus tard, le brouillard arrive il fait noir et je sors la frontale. Sur la route il y a une coulée de boue, et les gars de la DDE sont en train de tenter de dégager, je passe avec la boue à mi-mollet, ils me regardent comme un extra-terrestre

j'en rigole encore. 22h15 j'arrive au parking!

Je capte à nouveau avec le téléphone portable, j'ai un texto des copains, ils sont confortablement à l'hôtel et espèrent que je vais bien. Tu parles! Les pieds ont chauffé, j'ai les mollets et les cuisses qui tirent, et les épaules déchirées par le sac. Je me désape, je me rince la gueule dans la fontaine (qu'elle est froide!), je me change pour des fringues sèches, dans le noir l'orage gronde encore, je bouffe une pâte de fruits et je me pose pour dormir.
J'attaque la montée du Lautaret (en circulation alternée avant le Grand Clot car un éboulement a bloqué à moitié la route). De l'autre côté aussi un éboulement a bloqué la route et elle a été déviée par le tunnel du Rif Blanc. J'attaque le Galibier, encombré de camping-cars (c'est bientot le Tour de France). Là encore, éboulement, la DDE s'affaire...

Puis le col du Télégraphe, vallée de la Maurienne, montée sur St Sorlin (route coupée là encore...les orages de la veille ont dû mobiliser tout le monde à la DDE je crois) et j'arrive à l'hôtel où mes potes ont dîné, dormi, et pris douche chaude et ptit déj

les vacanciers, pour 35 euros à deux donc une bonne adresse je recommande et le patron est sympa

Voilà, ne reste plus qu'à passer le col de la Croix de Fer, et puis retour à la civilisation, aux emmerdes, au boulot...@+