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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Une expérience "torride" dans les Alpes  (Lu 4378 fois)

23 juillet 2008 à 00:50:08
Lu 4378 fois

MuleSkinner


Salut les gars, y'a pas longtemps deux potes tombent sur quelques photos d'une de mes expés en montagne, ça leur plaît, je leur dis ok je vous emmène pour un weekend si vous voulez, du coup je leur fais une check-list matos, on pioche dans mon stock et on fait les courses pour ce qui manque, et vendredi matin je passe les prendre et on file direction Bourg d'Oisans, on déjeune au pied de la montagne et vers les 15h nous voilà partis pour un weekend de 4 jours en autonomie, soleil au programme et moral au beau fixe.

On part en remontant la vallée du Ferrand il fait chaud, la vue est chouette, tout va bien.


Le soir on plante au pied de la bosse qui monte au lac des Quirlies, on monte la tente pour mes potes moi je dors dehors car la nuit est belle et je veux voir les étoiles


Le lendemain matin au réveil il y a au moins trente busards qui sont en train de choper la pompe et tournent dans le ciel, on se met en route, on monte au col de la Valette, puis à la cime de la Valette, belle vue sur l'Oisans


On redescend sur le glacier de St Sorlin, au pied du pic de l'Etendard ; on traverse la moraine par la glace car les torrents sous le glacier sont de véritables fleuves, infranchissables


Là les choses commencent à se gâter car un de mes potes a mal au genou, visiblement tendinite, du coup il boite et on descend tout doucement. Dès qu'on arrive sur le plat on s'arrête et on plante la tente car je ne veux pas forcer sur ce genou, du coup on se retrouve à camper au-dessus des lacs de l'Etendard, un vilain goulet où souffle un vent à décorner les boeufs, glacial de surcroît car il vient droit du glacier. Mes potes m'aident à planter la tente, il faut la tenir pour qu'elle n'e s'envole pas le temps que je tende bien les suspentes. Après ça je me fais un abri aussi avec mon poncho, malgré le soleil couchant il fait déjà 1°C à l'abri du vent.


Le matin j'ouvre l'oeil au point du jour il est 4h du matin le ciel est clair, je regarde les étoiles, le vent ne s'est pas calmé de toute la nuit, à 4h30 je regarde l'altimètre il vient de prendre 100m en une demi-heure, ça craint  :'( . Du coup à 6h l'Etendard a brutalement mis son chapeau, ça me plaît pas, je réveille mes potes et on plie en vitesse sans prendre de ptit dèj, direction le refuge de l'Etendard, à 20min de marche.


On a mis un peu de temps à plier j'ai eu du mal à booster les copains qui ne comprennent pas vraiment ce qui va nous tomber sur la gueule, du coup sur le trajet on se fait choper par les premières gouttes de l'orage, le vent souffle à l'horizontale, on arrive juste à temps pour s'abriter au refuge.

Le temps est noir, on s'assied sur un banc, à l'abri, on prend le petit dej pendant qu'il tombe une averse diluvienne et que les premiers roulements de tonnerre font trembler la montagne. Je rentre dans le refuge demander poliment les prévisions météo, histoire de savoir à quoi s'en tenir : je me fais recevoir fraîchement par une gamine qui m'explique qu'ils n'ont pas de bulletin météo (un comble pour un refuge) et que ce sont les gens de passage qui me renseigneront le mieux. Ptain, on est dimanche matin, faut qu'on soit à la voiture lundi soir au plus tard, lundi midi étant mieux, mon pote boite de plus en plus malgré la pommade et je peux pas connaître la météo. Cool.

On descend ensemble à la faveur d'une accalmie sur le col de la Croix de Fer, mon pote est obligé de s'appuyer sur nous pour marcher, on se traîne, on essuie deux orages, on descend ensuite sur les chalets de la Balme, et on s'y abrite pour déjeuner. On ne peut pas continuer comme ça, on n'avance pas et on va geler si ça continue. J'abandonne mes potes avec la tente, le village de St Sorlin n'est plus qu'à une heure en descendant, on convient qu'ils camperont dans le secteur pendant que je vais chercher la voiture. Je garde le réchaud. Rendez-vous demain dans l'après-midi à St Sorlin. Il est 14h, on se sépare, et je dois me taper une traversée de la mort sous un orage monstrueux. J'entonne un chant de guerre et j'enquille à marche forcée. Dénivelé : -300m, +600m, -700m, +400m, -700m, +100m.

Dans la vallée qui monte au col des prés nouveaux je marche sous l'orage il tombe de la grêle deux fois et des averses d'une violence incroyable, je commence à flipper car toute l'eau qui est tombée a transformé les torrents en fleuves ; le massif est fait d'ardoisières, l'eau a pris une bonne couleur noire, et la progression est difficile, le sentier lui-même s'est transformé en rivière.


A un moment j'entends passer des avions de chasse en rase-mottes au-dessus de ma tête, mais impossible de les voir. Un quart d'heure plus tard je comprends : ce n'était pas le bruit des réacteurs, mais d'un barrage de boue qui a dû céder, il faut traverser un delta plein de boue dans laquelle on enfonce au dessus du genou. Pas le choix, je sonde puis je me fous à la baille. Il y a là, au milieu de nulle part, quelques vaches qui doivent me prendre pour un fêlé


La traversée a été rude, heureusement j'ai des rangers montantes et un pantalon imperméable par dessus, ce qui limite les dégâts mais j'ai quand même l'air d'avoir traversé une coulée de boue.


Après avoir traversé il reste le raidillon à monter, en haut c'est le col mais il est pris dans l'orage et ça claque de partout, j'attends 40 minutes en battant la semelle que ça se dégage pour tenter le passage, je bouffe de la pâte d'amandes pour me requinquer, quand j'arrive en haut le vent est si fort que j'avance par saccades.


De l'autre côté il y a une petite bergerie, j'échange deux mots avec le berger mais le vent est tellement fort qu'on ne s'entend pas, il me propose de dormir là, mais je ne veux pas m'arrêter, je lui serre la main et j'attaque la descente, en glissant dans la boue, l'orage redouble lorsque j'arrive en bas


La vallée est interminable, il faut grimper ensuite pour franchir la crête et redescendre sur Besse, où j'arrive quand le clocher sonne 21h, je prends la route et j'aperçois sur l'autre versant Clavans où j'ai laissé la voiture.


Une minute plus tard, le brouillard arrive il fait noir et je sors la frontale. Sur la route il y a une coulée de boue, et les gars de la DDE sont en train de tenter de dégager, je passe avec la boue à mi-mollet, ils me regardent comme un extra-terrestre  :D  j'en rigole encore. 22h15 j'arrive au parking!


Je capte à nouveau avec le téléphone portable, j'ai un texto des copains, ils sont confortablement à l'hôtel et espèrent que je vais bien. Tu parles! Les pieds ont chauffé, j'ai les mollets et les cuisses qui tirent, et les épaules déchirées par le sac. Je me désape, je me rince la gueule dans la fontaine (qu'elle est froide!), je me change pour des fringues sèches, dans le noir l'orage gronde encore, je bouffe une pâte de fruits et je me pose pour dormir.

J'attaque la montée du Lautaret (en circulation alternée avant le Grand Clot car un éboulement a bloqué à moitié la route). De l'autre côté aussi un éboulement a bloqué la route et elle a été déviée par le tunnel du Rif Blanc. J'attaque le Galibier, encombré de camping-cars (c'est bientot le Tour de France). Là encore, éboulement, la DDE s'affaire...


Puis le col du Télégraphe, vallée de la Maurienne, montée sur St Sorlin (route coupée là encore...les orages de la veille ont dû mobiliser tout le monde à la DDE je crois) et j'arrive à l'hôtel où mes potes ont dîné, dormi, et pris douche chaude et ptit déj   >:(  les vacanciers, pour 35 euros à deux donc une bonne adresse je recommande et le patron est sympa 


Voilà, ne reste plus qu'à passer le col de la Croix de Fer, et puis retour à la civilisation, aux emmerdes, au boulot...@+
« Modifié: 23 juillet 2008 à 02:12:50 par MuleSkinner »

23 juillet 2008 à 01:44:02
Réponse #1

emmuel



23 juillet 2008 à 08:43:04
Réponse #2

Corin


 :D :D :D
Bien géré. Juste une question: ne pouvais-tu aller comme tes potes à l'hôtel et te faire emmener ensuite au parking pour récupérer ta voiture?
La montagne par temps d'orage, ça reste une sacrée expérience ;). Faut rappeler que l'on est censé se mettre à l'abri et s'y tenir...

A+
« Modifié: 23 juillet 2008 à 19:08:14 par Corin »

23 juillet 2008 à 09:04:34
Réponse #3

Diesel


Et bé, vive les vacances.  ;D

23 juillet 2008 à 18:50:34
Réponse #4

MuleSkinner


Salut j'ai bien pensé à mettre à la cape avec les copains mais pour aller rechercher la voiture le lendemain c'était chaud au niveau de l'horaire, et pour y aller en stop, pas gagné, c'est 65 bornes de route de montagne, au choix par la Croix de Fer ou le Galibier. Du coup vu que le chemin était majoritairement en vallée sauf un passage de col j'ai tenté le coup. C'est vrai que l'orage en montagne c'est impressionnant, mais du moment qu'on ne se trouve pas au mauvais endroit au mauvais moment (p.ex. le bivouac qu'on a déplanté en urgence) le risque reste gérable. @+

23 juillet 2008 à 19:39:01
Réponse #5

jilucorg


Merci pour ce super récit en tout cas, mené avec un vrai talent, on vibre jusqu'au bout en sautant d'un paragraphe illustré au suivant :up:


jiluc.

23 juillet 2008 à 22:49:08
Réponse #6

guillaume


Ouaip, chaud time là quand même...
À savoir s'il y vaut mieux être en retard à son taf que de mourir... ;)

a+

23 juillet 2008 à 23:11:37
Réponse #7

MuleSkinner


Merci les gars, rassurez-vous je suis pas inconscient et je calcule par rapport à la situation, ça m'est arrivé de passer dans des galères encore plus chaudes, et aussi de renoncer, la montagne et surtout la haute montagne ça pardonne très peu les erreurs et les ennuis s'accumulent trop vite quand on se goure.
Dimanche matin à 5h du matin je regardais le temps se couvrir avec inquiétude, j'ai vu passer deux cordées qui attaquaient l'Etendard, je leur ai dit attention vu la dégringolade du baro il nous arrive une tempête, et le glacier ça attire la foudre, ils m'ont dit que la météo ne la prévoyait que dans l'après-midi. Une heure plus tard c'était noir, encore un quart d'heure et ça claquait de partout. J'espère qu'ils ont fait demi-tour à temps. @+

24 juillet 2008 à 07:34:31
Réponse #8

SavageBeast


Salut MuleSkinner, peux-tu donner plus de détails sur l'altimètre (modèle), mode de fonctionnement, et ce qui t'a fait réagir (les 100m de différence), à partir de quelle différence de hauteur il faut considérer la situation comme à risque / dangereuse (10m, 20m, etc). Merci pour tes explications.

A+. SavageBeast

25 juillet 2008 à 00:41:39
Réponse #9

MuleSkinner


Salut mon altimètre c'est un vieil altimètre de saut réglementaire, tu ne risques pas d'en trouver car ils les neutralisent maintenant avant de les réformer mais le principe est le même avec tout altimètre, en fait en gros 100m c'est à peu près comme 10hPa donc quand tu prends 100m sans bouger c'est que le baro dégringole de 10hPa. En fait la valeur absolue du baro n'est pas toujours significative mais ce qui est sur c'est qu'une chute, lorsqu'elle est lente, indique un changement de temps. Plus la chute est forte et soudaine plus ça annonce une tempete. Quand tu prends 100m en 30min ça veut dire que l'aiguille bouge à vue d'oeil, et ça présage d'un vilain coup de tabac. La même variation sur une demi-journée, ça indique que le temps fraîchit mais ça inquiète moins. En montagne à chaque fois que tu passes un col, une crête, un sommet, un torrent, etc tu recales l'alti par rapport à la carte et à chaque fois tu regardes si tu recales à la hausse ou à la baisse, de combien, et en combien de temps. Une fois en automne dans le brouillard j'ai recalé de 250m en 1h. A l'issue de ça il est tombé une tempête de grêle puis neige sous un orage comme j'en ai rarement vu. Voilà et si tu cherches à acheter un alti le modèle le plus basique à aiguille et surtout sans pile fonctionnera très bien, @+

25 juillet 2008 à 01:05:34
Réponse #10

SavageBeast



25 juillet 2008 à 19:33:23
Réponse #11

jilucorg


en fait en gros 100m c'est à peu près comme 10hPa donc quand tu prends 100m sans bouger c'est que le baro dégringole de 10hPa.
[...]
En montagne à chaque fois que tu passes un col, une crête, un sommet, un torrent, etc tu recales l'alti par rapport à la carte et à chaque fois tu regardes si tu recales à la hausse ou à la baisse, de combien, et en combien de temps.

Enfin une utilisation de l'altimètre de mon GPS, que je prenais jusqu'à présent pour un pur gadget inutile, et que je ne consultais jamais.


jiluc.

25 juillet 2008 à 19:37:23
Réponse #12

MuleSkinner


Salut j'y connais rien en GPS mais je suppose que l'altimètre GPS calcule l'altitude par rapport aux satellites et ne mesure pas du tout la pression atmosphérique. Auquel cas ça ne te sert pas pour prévoir le temps car il ne se décalera pas en fonction de la météo. Par contre tu peux t'en servir d'étalonnage pour un baro classique lorsque le terrain manque de repères topographiques (rare en montagne, quand même) @+

25 juillet 2008 à 19:45:51
Réponse #13

jilucorg


Salut j'y connais rien en GPS mais je suppose que l'altimètre GPS calcule l'altitude par rapport aux satellites et ne mesure pas du tout la pression atmosphérique.

Nan nan, c'est justement pour ça que je parlais de gadget : c'est un modèle avec un un altimètre barométrique, un Magellan Explorist 600 (mauvais achat d'ailleurs, je déconseille dès qu'on n'est pas dans des conditions de ciel dégagé (à flanc de pente ou en sous-bois). En plus l'autonomie est faible.


jiluc.

27 juillet 2008 à 19:50:58
Réponse #14

Bison


Alti et GPS.

Oui, certains GPS sont dotés d'un vrai alti barométrique, que l'on peu utiliser comme tel ou laisser se recaler gentiment par l'altitude calculée depuis le "point" satellite.

En deux ou trois clics, tu lis le baro ... (pression réduite au niveau de la mer ...)
Et quand le baro dégringole de trois ou 4 mb (sorry, hP) par heure, il y a souvent un sacré vent qui se lève!

Autre utilité de ce "gadget" ... ben si les satellites font la grève, il reste un alti. En principal ou en secours ...
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

28 juillet 2008 à 21:49:55
Réponse #15

MuleSkinner


Salut, on n'arrête pas le progrès, ça doit être sympa de pouvoir constater l'évolution du temps par comparaison entre les deux altis, en revanche j'aime moins le côté "ça marche à piles".
Dans la pratique, l'alti est bien pratique pour voir venir la météo, mais c'est surtout un instrument de survie dans le brouillard, lorsqu'on ne voit rien, avec un alti, une boussole et une carte on peut s'orienter au lieu de se paumer. Du coup je préfère un modèle mécanique basique @+

 


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