Anecdote.
J'avais toujours entendu dire que ces semelles ne pouvaient pas être recollées, réparées, et tout ça. Et du coup j'étais parti du principe qu'un cordonnier ne pouvait que réparer des semelles cousues à la mode norvégienne, et patati et patata.
Puis un jour, rentrant d'un trek au Népal avec un pote dont la semelle avait évidemment lâché en cours de route (et là vive le duct tape, j'avais heureusement pris soin d'en avoir avec moi ce jour là), on passe devant un mec -- c'était à Pokhara je pense -- qui nous fait signe de venir le voir. Le gars bricolait des chaussures et des trucs, assis sur une couverture en poil de cul au bord du lac.
Il a fait signe à son pote de lui donner sa godasse. Mon pote a dit "combien" en Népalais. Après une petite négociation le prix a été fixé à 80 roupies. Soit à peu près 80 centimes d'euro.
Le gus a pris un couvercle de cirage à chaussures et a commencé à faire des trous dedans avec un clou et un marteau. Genre 150 trous. C'était interminable. Ensuite il a enlevé le scotch (qu'il a ré-enroulé et mis de côté précieusement). Ca a pris des plombes. Puis il pris le couvercle de cirage à chaussures, et là j'ai compris qu'il venait de fabriquer une râpe. Et il a poncé la semelle et le côté godasse jusqu'à ce que tout soit nickel. Ensuite il a brossé pendant un temps interminable.
Ensuite il a enduit tout ça de colle contact. Les deux côtés. Et puis il a laissé tout ça là et il a repris ce qu'il faisait sans dire un mot. Pendant genre 5 ou 10 minutes.
Après ça, il a pris la botte, recollé la semelle, Puis il a mis un gros caillou (j'ai compris ensuite qu'il avait à peu près la forme d'un pied) dans la chaussure. Et il a tapé la semelle avec son marteau. Super fort. Apparemment pour faire bien adhérer la colle dans la mousse un peu pourrie. Ca aussi ça a pris des plombes.
Et puis avec son sourire népalais plein de dents pourries mais radieux, il a rendu la pompe à mon pote, et tendu la main pour avoir ses billets.
J'étais sur le cul. Et j'y croyais moyennement. MAIS. On a fait ensuite 50 bornes au bas mot, et quelques milliers de mètres de dénivelé en plus, et la semelle a tenu, hein.
Moralité : ça se répare. Avec un couvercle, un parteau, un clou, une brosse dure, un gros caillou et de la colle contact.
Des bisous de riche

David