Petit compte rendu donc, soyez indulgent: premier jet, j'avais pas pris de notes, pas encore relu par ma moitié (rédacteur en chef de l'intérieur), j'espère n'avoir pas oublié trop de truc, et j'espère aussi que c'est compréhensible...
STAGE ACDS – Face à l’Arme Blanche -
– 15 et 16 MARS 2014 –
-MONTPELLIER –
-Philippe Perotti
Accueil : café, thé, fruits, viennoiseries, jus de fruits, eau…
Salle : Arte Suave, « multi combat », deux niveaux, le premier avec tatamis et espace musculation, ainsi que vestiaires, le second, avec tapis ring et « cage ».
Encadrants : Benoit, Brice, Jean-Pierre, et Arnaud, tous particulièrement attentifs, prévenants et dispensant sobrement les conseils.
LE SAMEDI :
MATIN :
« Chapeau » :
présentation ACDS :
- historique : création, Carter, Perrin, et Delvert. Académie du couteau et de la défense en situation, devenue plus tard, académie citoyenne de défense en situation. Ce changement de dénomination tient compte d’une évolution sociétale (peur du couteau mais aussi de toute forme de violence en général notamment lorsqu’il ne s’agit pas d’un courant traditionnel) mais aussi d’une volonté de caler la philosophie de l’ACDS avec la signification de son acronyme. En cela rien n’a changé depuis que je connais l’ACDS : le couteau reste l’interface du mode d’apprentissage.
- Philosophie : le mode d’apprentissage, le discours, les exercices… tout converge vers le non-combat pour tout ce qui est futilité, vers le combat (c’est-à-dire mise hors de combat le plus vite possible) lorsque c’est nécessaire avec cette conscience de l’après combat (suites judiciaires, financières, santé…). Entre le non-combat et le combat, la nécessité d’explorer son for intérieur : où place-t-on le curseur de ce qu’on considère être comme une futilité et la nécessité de combattre sans perdre de vue que nous sommes, a priori, des gens intégrées dans une société, des citoyens. Et dans ce cas, en cas d’engagement physique, il convient de porter secours et/ou de se rendre au commissariat/gendarmerie. Egalement, si le couteau sert de support pédagogique, il convient de porter des objets plutôt que des armes par nature, et dans tous les cas, il s’agit de pouvoir justifier du port et de l’utilisation de l’objet le cas échéant. En bref : dans l’ensemble de l’apprentissage, il s’agit de bien identifier les « plis » qu’on veut faire prendre à notre cerveau, car une fois qu’il y a un pli, il sera aussi difficile à atténuer que celui qu’on donne à une feuille de papier (PP a d’ailleurs illustré ce propos par le geste)
- Fonctionnement : deux niveaux : pratiquants et moniteurs. Direction technique « tournante » : le directeur technique est élu pour trois ans par l’ensemble des moniteurs. On tâche d’éliminer de l’équation : l’argent, le sexe, le pouvoir.
Le travail se fait rapidement à deux avec des couteaux d’entrainement sur les trois angles, en prise marteau (qui est en fait la prise la plus commune).
Pour rappel : le travail de l’ACDS comptait auparavant 5 angles, sans compter les retours.
Ici, c’est plus basique :
- angle 1 : sur un individu nous faisant face, on coupe vers le bas à 45° depuis l’épaule gauche ;
- angle 2 : le revers du précédent ;
- angle 3 : la pique.
Et pour chacun des angles le travail suivait ces principes :
- angle ;
- angle + check ;
- angle + check + remise (avec frappe du talon du couteau par exemple) ;
- angle + check + remise + se désaxer/reprise de distance/pied sur pied… avec check 360°
Puis on mélange le tout.
A ce stade, un merci à Jean-Pierre : il est venu me rappeler l’utilité du check 360°. J’ai failli répondre que je faisais confiance à ma vision périphérique (ce qui est vrai)… Oui mais voilà : je me suis aperçu que la vision périphérique fonctionnait surtout parce que je voyais quelque chose bouger du coin de l’œil. Or quand on cherche à s’éloigner du « méchant », si on reste focalisé sur lui, en faisant simplement confiance à notre vision périphérique, c’est à dire sans bouger la tête, sans regarder à droite, à gauche, derrière, on peut largement se prendre les pieds dans un obstacle. Et cet obstacle, lui, il ne bouge pas, du coup, il y a moins de chance pour que je le vois ou le perçoive d’une manière ou d’une autre… Mais « c’est juste mon avis »…
Le rythme est rapide, entre deux et cinq minutes par exercice (au début j’ai trouvé que c’était peu, et puis une fois les premiers ateliers passés, ce rythme me convenait plutôt bien : on se donnait pas mal avec ma moitié et on était content de souffler).
Dès les premiers instants de son évolution lors des démonstrations, on a pu constater que PP illustrait parfaitement le fait d’être dense et mobile à la fois, il est ancré et véloce dans les déplacements.
Les exercices sont par ailleurs ponctués d’anecdotes historiques. Par exemple, après le travail sur l’angle 3, PP est venu re-contextualiser le blocage en croix : guerre, uniforme en tissu épais, boue, casque, déplacements difficiles, distances très rapprochées… en ajoutant que « le manuel de close combat faisait 14 pages, pas 200, 14 »… Moralité : à l’essentiel. Mais maintenant, y’a du béton partout, les vêtements sont légers… y’a des choses à réadapter.
PP a aussi ponctué les exercices en abordant la nécessité de penser aux conséquences de nos actes et à prendre conscience de nos propres limites. En effet en cas d’engagement physique, d’une manière ou une autre, c’est notre « emploi du temps qui va changer ».
La matinée s’est terminée avec une démonstration de coupe et de pénétration de diverses sortes de couteau (petit couteau de cuisine, couteau céramique, commander, couteau suisse à lame peu affûtée) mais aussi d’objets usuels, tels que stylo et crayon de papier.
Le port du couteau sans motif légitime n’est pas « citoyen », le port d’un stylo, ou d’un crayon et même des deux l’est.
APRES-MIDI :
On passe à une arme improvisée, en l’occurrence le journal, et on reprend les mêmes angles.
Plusieurs types de pliages sont proposés :
- à plat, vertical, horizontal, avec la pointe que constitue un angle ;
- roulé ;
- en cornet :



- plié de manière à faire émerger la « tranche » de la revue :



La frappe du talon du couteau pouvait être remplacée par un « grattage » (par exemple sur le visage).
PP a démontré la possible polyvalence du pliage en cône sur un vrai couteau : en frappant sur la pointe du couteau, il est possible de désarmer l’individu. PP a insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas de chercher à le faire en situation, juste de garder cette éventualité à l’esprit afin de ne pas être surpris de l’opportunité.
Le travail des angles est ensuite poursuivi, à mains nues cette fois.
PP propose ensuite une défense générique qu’on doit pouvoir déclencher dès qu’on est surpris par l’apparition d’un couteau (on peut déjà apprécier la chance qu’on a de le voir !) ET qu’on ne peut pas fuir: on va volontairement se laisser tomber au sol. Depuis cette position on pourra tourner, frapper l’opposant entre la cheville et le genou (pas plus haut !!), se saisir d’une poignée de monnaie pour lui lancer au visage, défaire sa ceinture pour en faire une arme, crier pour attirer sur le « méchant » la honte sociale (au feu, il a une arme !!…) et la moindre seconde de battement sera exploitée pour se relever et fuir. Pour ma part je me suis servi du journal : une fois au sol, après avoir frappé, je le lançais et profitais que ma moitié tourne la tête pour me relever et fuir. Au demeurant, le fait d’aller volontairement au sol peut bien générer un effet de surprise sur l’opposant. Autant dire que cette « technique » peut venir heurter les représentations de toutes les professions liées à la sécurité véhiculant une image d’autorité.
D’une manière générale, en ce qui concerne les réponses face à un couteau :
- Fuir ;
- Impressionner ;
- Cogner
PP ponctue les exercices de conseils pédagogiques, par exemple, en salle ou dojo ne pas ne se laisser soumettre avec un couteau sous la gorge c’est à dire regarder le partenaire avec le couteau à la main venir vers nous et l’appliquer sous la gorge : on est dans un cas de « pli » au cerveau dont les effets « pervers » pourrait nous laisser reproduire le même comportement en situation. Il est plus judicieux de fermer les yeux, attendre de sentir le couteau, puis réagir.
En outre PP insiste sur le fait que les violences gratuites n’existent pas: elles ont toujours une raison d’être dans la tête de celui qui nous agresse, mais c’est moins fun pour le 20h. Il est même possible qu’en tant normal notre opposant soit juste un bon gars qui a passé une salle journée et qui cherche « une poubelle émotionnelle » (regardez Bruce Willis, quand on y pense, il n’a quand même pas de bol…)
On passe ensuite à un travail à 3 :
2 individus qui s’embrouillent dont l’un à une arme cachée le long de la cuisse, le troisième vient derrière l’individu armé, accroche son poignet et se contente de descendre à genou : sans force, on fait descendre l’individu au sol. Exercice simple, notamment du fait que le corps humain n’est pas fait pour résister « dans ce sens ».
Un petit atelier est réservé à la position « bras croisés », une main cachant une lame : il s’agit de déployer les techniques les plus évidentes depuis cette position. On se rend compte qu’il n’est pas rare de devoir lever le coude pour libérer la lame. La travail du partenaire sera donc de prendre l’initiative pour venir bloquer les deux bras (selon les gabarits, on emploiera la main ou l’avant bras) puis frapper.
Pour ce qui concerne l’arme cachée le long de la cuisse, le travail d’initiative sera plutôt constitué de frappes : parties, yeux et fuir. Il ne paraît pas judicieux de venir enserrer l’individu pour venir attraper son poignet, surtout lorsqu’on est seul.
A plusieurs reprises, PP indiquera que la phase scolaire du travail est indispensable, au même titre qu’il est indispensable de travailler lentement pour que le corps et le cerveau intègrent un certain schéma corporel, et pour autant il est nécessaire que les exercices proposés se rapprochent de la réalité. D’où une préférence pour travailler en jean et chaussures (BF ou baskets) avec ceinture et T-shirt. D’où aussi des phases d’exercice où la technique est surtout celle de l’excuse et du retrait/repli/fuite.
Anecdote personnelle : à un moment, ma moitié s’est mise pieds nus et s’est déplacée façon karaté compétition, ce qui est tout de même sensiblement différent de ce qui nous est demandé (pas de sautillement, de feinte…), elle a remis ses baskets, et pfiou, y’a plus…
Dans la globalité de la pédagogie employée par PP, il est à mon avis intéressant de
retenir :
- pour que les gens s’impliquent en tant qu’acteur de leur savoir, qu’ils intègrent et qu’ils transfèrent les compétences acquises, il faut leur faire vivre une situation positive ;
- les stagiaires doivent accepter qu’il n’y a pas de réponse universelle ;
- les stagiaires doivent accepter que parfois il n’y a pas de bonne réponse mais juste une pléthore de réponses les moins pires dont seul le contexte pourra révéler l’opportunité.Et oui, si on est attaqué par 12 ninjas de nuit, armés, et de dos, on va mourir et « la mort fait partie de la vie ».
L’après-midi s’est terminé par quelques rappels de premiers secours :
Les points de compression ont été revisités : sur la fémorale, avec le genou on roule et on écrase, au bras, idem mais avec le pied. Pas orthodoxe, mais permet de garder les mains libres pour appeler les secours, sachant que tenir un point de compression avec les mains est excessivement difficile.
Sur une plaie abdominale on relève les genoux ;
Sur une plaie au thorax, on se place à genoux pour servir d’assise au partenaire (seiza).
PP a insisté sur la relativité des premiers secours notamment en ce qui concerne les massages cardiaques et bouche à bouche. Il est en outre fort peu probable qu’on ait le temps de sortir les gants en latex ou le masque de bouche à bouche. Là comme ailleurs, il faut avoir conscience de ses limites. Il ne sert par ailleurs pas à grand chose d’avoir sur soi un tourniquet/garrot si on n’a pas appris à s’en servir dans un certain milieu professionnel.
LE DIMANCHE MATIN :
Il sera essentiellement consacré au travail à mains nues en commençant par le « signe universel de paix » : à peu près face à l’individu, paume vers lui, mains grosso modo à hauteur des épaules.
PP a rappelé l’omniprésence des caméras et des téléphones portables en précisant que les caméras de vidéo surveillance ne disposent souvent pas de son : il reste de fait le langage non-verbal. Et il l’aura répété à plusieurs reprises : depuis tout petit on décode le non-verbal.
Il a aussi ajouté que le non-verbal du visage devait suivre : sans entrer verbalement dans les détails on a ainsi pu le voir les yeux ouverts, sourcils levés (d’où quelques rides sur le front), voix audible, distincte, épaules relâchées (trapèzes non-crispés), menton très légèrement relevé ou baissé selon le cas et la distance (ce qui pourrait signifier tu ne me fais pas peur mais j’accepte de me soumettre). Plus précisément : lors d’un exercice de « bousculade », on prend cette position de « paix », et lorsqu’on est proche le menton est plutôt un peu levé, et lorsqu’on reprend la distance, il se baisse peu à peu…
Exercice de « bousculade » :
Un partenaire nous bouscule et adopte un ton agressif ainsi qu'une posture peu rassurante, à charge pour nous de laisser glisser, de désescalader en prenant le signe universel de paix. Adopter le non-verbal approprié ce qui ne peut se faire qu’avec sincérité. Il était donc intéressant d’intégrer les muscles faciaux en action lorsqu’on s’excusait et d’avoir le feed back du partenaire (oui j’y crois, non j’y crois pas…). En fluidité, on reprenait la distance, il n’était pas question de rentrer dans la distance.
Travail portant sur les percussions selon une problématique : comment travailler les percussions la plupart du temps interdites dans le monde sportif, en l’occurrence frappe aux yeux, à la gorge ?
PP nous a demandé de fermer un œil et d’appuyer dessus jusqu’au seuil de la douleur, puis ensuite, toujours l’œil fermé, de tapoter. La différence de douleur a été très nette. Il s’agissait donc de travailler la pique aux yeux.
Sur le partenaire la cible était constituée par le haut du sternum, le front, ou encore le derrière de la tête (le partenaire nous tournait donc le dos). L’entrainement sur pao ou sac pour ce type de frappe n’est pas satisfaisant, car ne rend pas compte de la sensation. A ce titre aussi le feed back du partenaire est très utile.
Même genre de travail pour la frappe à la gorge (frappe en gueule de serpent) : le partenaire présente ses deux avants bras perpendiculaires au sol, l’avant bras figurant la gorge.
Dans la mesure où il apparaît qu’un agresseur porte sa frappe juste après avoir fini une phrase, nous avons travaillé ces frappes en parlant : on parle de tout et de rien, et on frappe en tâchant de ne pas téléphoner le coup par une ponctuation trop flagrante.
Travail de la position de protection :
A distance assez restreinte, on protège notre ligne médiane, mains protégeant la tête, genoux proche de la position du sablier pour protéger les parties, et on garde un œil sur le « méchant ».
Dans cette position, on encaisse quelques coups sur les bras, les jambes et le tronc pour sentir les sensations (d’où le dosage important de la part du partenaire).
Puis suit un travail de remise depuis cette position au bout de trois frappes : remise sur une ou deux techniques, il ne s’agit pas de finir le gars, mais encore une fois de reprendre la distance pour nous extraire de ce terrain.
Travail sur la distance de « mauvaise haleine » :
Désaxer, pique aux yeux, sortie latérale ; puis même travail avec frappe aux parties.
Il s’agit de frapper ce qu’il y a de plus près, être mobile.
Travail de « discernement » :
Après l’ensemble de ce qu’on a vu, à charge pour nous de savoir si on voulait déscalader ou répondre physiquement. A ce stade aussi il était intéressant de prendre de la hauteur sur son propre non-verbal pour mieux l’intégrer (et savoir si on est sincère ou non dans la démarche).
Quelques éléments sur les techniques de contention :
Nouer les pouces avec un lacets (ou un bout de paracorde) : pouces joints, trois tours sur un pouce, trois tours sur l’autre, trois tours entre les deux. Possible sur poignets avec une longueur double. Possible aussi sur les chevilles.
Cles de jambes : interposer tibia-péroné dans le creux poplité (écraser le muscles), maitriser l’autre jambe, et s’installer à 45° environ pour contrôler l’épaule et le bras opposés. Il est tout de même possible de sortir de cette clé, dans ce cas, laisser faire, accepter les limites de ce qu’on peut faire, qu’il n’y a pas de réponse universelle, et pas de garantie (« on en vend pas des assurances »).
Danger de certaines techniques : Jean-Pierre démontre une technique d’Aikido, reprise d’ailleurs par de nombreux manuels « professionnels » : l’individu est sur le ventre et ses deux bras immobilisés avec les épaules tirées en arrière : il semble que le nerf contrôlant le diaphragme est ainsi « déconnecté » (N.B : un SDF est décédé il y a quelques temps du fait de l’utilisation de cette technique, par étouffement ; c’est aussi « l’intérêt » de la crucifixion).
A la fin de cette matinée, Benoit présente plusieurs objets utilisés dans le module SPOT : si on est de moins en moins surpris par les lames planquées dans les stylos, briquets, rouge à lèvre et autres, on peut encore l’être par des couvercles de confiture découpés pour faire émerger une pointe, par une brosse à dents dont le manche a été limé en pointe ou encore par une vraie clef limée pour constituer un tranchant et une pointe.
PP aura répété à plusieurs reprises : « faites moins, mais mieux »
A noter : l’excellente idée de mise à disposition de la « fiche de cours » !!
premier edit: 6 fautes de moins…
deuxième édit: 18 fautes de moins (et il doit en rester!!)