L'article écrit par notre plume de Tiern, les clichés des photographes pro et amateur, et le petit montage vidéo arriveront au fil des semaines qui viennent.Si vous randonniez à travers les tourbières et le bocage du Menez Are ce week end, vous avez du voir passer un guide et son poney, un homme armé léger, tous les deux engagés pour faire traverser la Letavie (Petite Bretagne) à un groupe de Bretons insulaires du Vè-VIè siècle migrants en Cornubia (Cornouailles).
Nous nous étions chargés que de l'essentiel pour survivre au voyage, des couvertures, des sagum, des cucullus, des birrus et des peaux, quelques abris de toile de lin cirée, de la corde, des haches, des couteaux, un peu de vaisselle en bois, des outres de peau cousue et graissée, des lacets de cuir de rechange, du pain, du lard, du fromage et des pommes, nos briquets et de l'amadou.
En vrai, on a fait 12 bornes dans l'aprem du samedi (et à peine 8 le lendemain), arrivant tôt dans la soirée au lieu prévu pour le campement, on s'est amusé à faire plein de montage différent pour nos abris, une corvée de bois suffisante pour deux jours, et j'ai pioncée comme une reine dans mon palace de lin, de peau de cerf et de couverture de laine, pendant que les copains se les gelaient dans les même conditions.
J'ai pas encore compris ce qui a fait la différence. J'ai même pu donner une épaisseur de couverture au copain frigorifié et tout tremblant à côté de moi (une chance que mon instinct maternel me ramène à l'état de veille régulièrement pendant mon sommeil et que je l'ai senti trembler. Sinon, l'aurait été bon pour l'hypothermie.
D'ailleurs, il a été un peu bête je crois, mais ça doit être du au fait qu'il est tout "jeune" (18 ans), il ne s'est pas collé à moi qui était une vraie bouillotte. Le fait que je sois une nénette (caractère pourri inside) fait qu'il n'a pas osé. Ce qui est très con car avec les autres copains, on s'en fout, si j'ai froid (ou si je glisse sur un terrain en pente), je me prive pas (eux non plus). La prochaine fois, on prévoit de se mettre tous en tas dans mon abri, moi au milieu, ils z'ont eu trop froid, les jaloux

J'ai grave merdé avec l'hydratation le samedi, je l'ai percuté en fin de parcours, quand j'ai eu un gros coup de faiblesse, je me suis retrouvée d'un coup 200 mètres derrière, par moyen de trouver la force pour poser seule ma hotte de (seulement) 15 kg pour prendre ma gourde. Le copain moine (donc qui se faisait porter ses affaires pas les zautres, privilège de moine) m'a rejoint pour m'aider à prendre de l'eau et a marché à mon rythme le temps qu'on rattrape les autres qui m'attendaient à une croisée des chemins.
On a juste eu le cul bordé de nouilles avec ce temps magnifique, des moto-cross sympathiques qui se sont arrêtés et ont attendu en souriant qu'on finisse de passer, des chiens de ferme joueurs...
(le seul qui nous a un temps soit peu cherché est parti la queue entre les jambes et en grouicant quand je lui ai gueulé dessus la seule phrase que je prononce bien en breton "Da gousket !")(pauv' clebs
)Équipement & portageSeule femme de l'épopée, seule en robe longue (la bure du moine était plus courte et fendue sur les côtés), j'ai passé mon temps à relever ma tunique, la faire blouser à la ceinture étant franchement relou et désagréable. Donc, on en a conclu que les robes longues, c'est bien au village, à la maison, mais en voyage ou aux champs, une tunique de femme pratique, c'est une tunique qui descend à mi-mollet mais pas franchement plus bas. Là, j'ai failli finir la tête dans la tourbière en marchant sur le devant de ma robe

. (oui, ça m'a beaucoup fait rire, même sur le coup où c'était quand même un rien relou)
En revanche, je ne souhaite pas porter des braies d'homme, la régulation thermique avec une robe, c'est juste top, jamais trop froid, jamais trop chaud.
J'empile les couches de la façon suivante :
- une camisa en chanvre, sans manche, ample, jusqu'aux genoux (un sac à patates doux et souple, avec des trous pour les bras, en gros)
- une première tunique de chanvre, longue jusqu'aux bas des chevilles, ample, manches longues et étroites
- une seconde tunique de laine, sur le même modèle
Sous le soleil et en marche, j'enlève la tunique de laine que je remet dès qu'on s'arrête même si j'ai chaud.
Arrivée au campement, j'ai enfilé ma robe de laine, mais aussi mon birrus, juste pour sécher à l'abri du vent, et j'ai ôter le birrus un quart d'heure plus tard pour faire la corvée de bois, le montage des tentes, etc... Je ne l'ai remis que dans la soirée.
Je porte des chaussettes courtes tricotées à l'aiguille, et des carbatinae éprouvées. Il me manquait une troisième paire de chaussettes pour être vraiment confort, et faire un roulement une paire le premier jour, une seconde la soirée dans les chaussures encore humides pendant que les premières sèchent, et une troisième dans la nuit pendant que les secondes et les chaussures sèchent. Là, j'ai fait une paire journée & soirée, et la seconde paire pour la nuit et le lendemain, et j'ai eu froid aux pieds pendant la veillée, ce qui est fort désagréable.
J'avais envisagé la claie pour le portage, mais par manque de temps pour fabriquer et tester, j'ai pris ma hotte d'osier. Elle est un peu étroite, et pour augmenter le volume d'emport, j'ai créer un haut tube avec ma peau de cerf. J'ai tassé mon énorme couverture de laine moutmout au fond (je suis montée dessus pour bien tasser, la grande classe j'vous dit !), et puis mis les deux sacs contenant la nourriture et les bricoles (lacets, chaussettes, couteau, savon), la gourde, et j'ai refermé et protégé le tout avec mon birrus. Le tout faisait 15 kg, avec nourriture pour deux jours et 1,3 litre d'eau dans une lourde gourde de cuir cirée.
Il faut que je change le cuir des bretelles pour du tanné végétale de 3 mm (là, c'était une vieille ceinture très épaisse, rigide, teinté/tanné chimik, presque 4 mm d'épaisseur), et je vais y coudre de la peau poilue de moutmout douillet pour éviter de m'abimer à nouveau la clavicule droite. Parce que vieux syndrôme rotulien mis à part, c'est le seul bobo (pas vraiment grave mais bobo quand même) que j'ai eu et qui fait fié, mais vraiment fié, parce qu'il faut le soigner complètement, la clavicule, ça pardonne pas trop j'ai l'impression.
Ma toile de lin de 3 mètres par 3 (640 gr par mètre carré) et la corde de lin, 6 kilos en tout, étaient portées par le poney.
Pour être autonome par rapport aux garçons, il me manquait une hachette, que j'ai emprunté pour fabriquer piquets et mât pour l'abri. Mais ça, ce n'est pas un problème, juste une solution qui sera résolue avant la prochaine sortie par un détour chez un forgeron.
La théorie du gros appliquée à l'allumage du feu : si les garçons s'amusent à tapoter le silex de leur briquet pour faire des petites étincelles pour faire des petites braises sur l'amadou, le don ancestrale de la gardienne du foyer fait qu'en frappant fort deux fois mon silex de mon briquet pour faire deux grosses étincelles pour faire une grosse braise sur mon ch'ti bout d'amadou, ben suis plus rapide et efficace sur ce coup là. Mais c'est pas la première fois que je le remarque. Une copine qui fait pareil m'a sorti un jour " J'ai pas de temps à perdre avec ces conneries, je veux manger chaud".

Enid, l'ourse bretonne