On nous apprend comme éviter l'hypothermie, combattre l'hypothermie légère. On a juste dit qu'il faut pas réchauffer les hypothermies graves.
Ca m'amuse toujours ce type de "conseil des autorités"

Si je suis "sur le terrain" il faut bien faire quelque chose. Si je peux appeler les urgences, ben je les appelle. Si je ne peux pas (pas de réseau, mauvais temps, manque de temps), il faut bien agir.
Encore une fois, on est dans le cadre de la "rationalité limitée" : il n'existe pas de "bon choix" juste de "moins mauvais".
Tu es dans la bafougne, tu tombes sur un type en hypothermie qu'il soit de ton groupe ou d'ailleurs. Trois cas.
CAS 1 : Ok il est juste un peu en hypothermie...on lui fait quitter ses fringues en général humide, on le couvre on lui donne à boire un truc chaud (pas brûlant!) et sucré. Pour beaucoup ce n'est pas de l'hypothermie juste un "refroidissement". C'est une situation courante (perso au moins 3 fois des cas à gérer).
CAS 2 : Il est en hypothermie. Par exemple il a des tremblements continuels, ou il est apathique mais conscient. L'intérêt du cas ci-dessus c'est qu'on se rend compte qu'on peut être en hypothermie avancée et sembler "normal".
Les situations où tu fais le 112 et la cavalerie arrive dans les 15 minutes, sont tout de même rares en montagne. Encore plus dans les situations où on a à gérer une hypothermie. Par exemple par -20°C avec un vent de 80km/h et un jour blanc...on risque d'avoir du mal à utiliser un téléphone, à donner sa position exacte et encore plus à voir arriver rapidement un hélicoptère.
Il faut donc agir, au risque de voir le cas s'aggraver. Fry à fait une super description des choses à faire (et surtout à ne pas faire!!!!) avec les moyens du bord.
CAS 3 : Il est en hypothermie avancée. Le type ne bouge plus et il est inconscient, mais tu te rends compte qu'il n'est pas mort. Idem, le samu ne va pas apparaitre par magie. On doit faire quelque chose non?
Cela va être moins bien que ce qu'on peut faire à l'hôpital, il est préférable de se fixer comme objectif de seulement "stabiliser" la situation, mais je ne suis pas certain que d'attendre (au mieux) 30 minutes et plutôt plusieurs heures en se croisant les bras que les éventuels secours arrivent ce soit mieux.
Si tu es en Laponie, même sur un lieu relativement fréquenté comme la Kungsleden. Il n'y a pratiquement pas de réseau. Tu tombes sur un type en hypothermie avancé, tu es à 2 heures de marche de la prochaine cabane (dans de bonnes conditions!), il faut bien faire quelque chose.
Alors ok : Primum non nocere...mais dans un sens bien compris.
@ Lambda.
- ne peut on pas installer cette personne dans un sac de couchage/sous des couvertures/dans un cocon isolant de l'extérieur (limiter les pertes par convection/conduction/radiation/évaporation) avec les moyens dont on dispose
ET
- se glisser avec elle sous ce cocon d'isolant en s'allongeant à côté d'elle contre elle, afin de réchauffer tout doucement TOUTE les parties du corps en même temps et limiter le risque de voir du sang froid des extrémités reffluer vers le noyau central?)
SOUS RESERVE DE MODIFICATION PAR UN EXPERT JE NE SUIS PAS MEDECIN!!!!
NON, AMHA, tu risques de l'achever.

En fait ta méthode est presque bonne, mais tu loupes un truc fondamental :
Le sac de couchage, le matelas, les couvertures
sont à -20°C....et ont une inertie thermique importante. Si tu mets DIRECTEMENT le type dedans, Comme il est plus chaud c'est lui qui va les "réchauffer" au début. Il va donc céder son peu de chaleur à ce qui est sensé le "réchauffer".
IL FAUT donc RECHAUFFER AU PREALABLE le sac, le matelas et le reste à une température supérieure à la personne en hypothermie. Le plus simple sur le terrain c'est qu'une personne dénudée et en bonne santé se glisse dedans et fasse des pompes ou des abdos...
UNE FOIS le sac de couchage chaud on peut DELICATEMENT en recouvrir le patient (SANS trop le manipuler et normalement on ne devrait pas bouger quelqu'un en hypothermie profonde. Idéalement on devrait découper ses vêtements et non le déshabiller).
ALORS on peut essayer de le réchauffer "par le tronc" (noyau central) avec des sources de chaleur faibles, par exemple un corps humain nu et chaud. Il faut éviter absolument de réchauffer les extrémités qui sont plus froides, le coeur risque de s'arrêter (comme expliqué ci dessus).
Évidemment, si on est à 8km à "vol d'oiseau" d'un centre spécialisé comme c'est souvent le cas chez nous (ex : Vallée de Chamonix)...on commence par les appeler.

NB : au passage les hypothermies c'est comme les emmerdes et les impôts : ça a tendance à voler en escadrille. Il faut faire très gaffe "aux biens portants".
Parce qu'un groupe de randonneur qui marche bien équipé par -10°C, il a rarement froid. Mais s'il faut s'arrêter pour s'occuper de quelqu'un : rares sont les randonneurs qui ont équipement pour affronter plusieurs heures du -10°C en plein vent. Rapidement, il vont commencer à se refroidir (d'abord par les pieds).
Avec un problème en plus : les gens qui vous accompagnent sont "gentils et bien élevés" en général. Et donc comme il y a un "blessé" ils risquent d'hésiter à se plaindre "pour ne pas déranger". Et quand ils se plaignent ou que l'on s'en rend compte : le mal est déjà avancé. Pensez à checker le groupe...et vous (surtout si vous êtes le "chef" : le chef tombe aussi malade).