Bonjour

Je m'appelle Pascal, j'ai 43 ans, et je vis depuis 8 ans en Allemagne du Nord, au bord de la mer Baltique (je suis français).
Pour différentes raisons, tant relatives à ma vie privée qu'à l'environnement, je n'y suis pas heureux.
J'ai donc décidé il y a un an d'économiser un peu d'argent pour partir, tenter de reconstruire ma vie ailleurs, et cette fois choisir
vraiment.
Comment cette idée a-t-elle germé dans ma tête ?
Lorsque j'étais plus jeune, j'ai habité pendant quelques années à Paris, en plein centre-ville. Là, je voyais au quotidien des dizaines et des dizaines de SDF dans la rue, il y en avait littéralement à tous les coins de rue.
Ayant déjà subit pas mal de galères dans ma vie (restos du coeur, pas de boulot, pas de famille, pas droit au chômage, pas de RMI avant d'avoir 25 ans...), mais n'ayant jamais encore été à la rue, j'en suis venu à les observer attentivement, à discuter avec eux, quelles solutions ils avaient pour vivre, dormir, manger, se laver... et je me suis demandé ce que je ferais si je perdais un jour mon logement.
Après de longues, très longues réflexions, j'en ai conclu que si je me retrouvais sans toit, j'irais très certainement à la campagne, et de préférence dans le Sud, où le froid est moins un problème.
Avec un RMI, on peut vraiment survivre en bivouacant.
Alors pourquoi restaient-ils là, dans une grande ville hostile, sale, violente, à faire la manche ?
En ville, tout est difficile et agressif. La saleté omniprésente, la polution, le bruit, l'éclairage permanant, la densité (l'arrondissement où je vivais : 23000 hab/km²), le manque de vie privée, l'anonymat bien plus fort qu'à la campagne, l'impossibilité d'utiliser une tente, etc etc... la liste est tellement longue.
Et pourtant ils avaient choisi la grande ville.
Et surtout ils avaient, pour la plupart de ceux que j'ai rencontré, renoncé à changer quoique ce soit dans leur vie.
Ils subissaient.
Je ne cherche pas à juger les SDF qui choisissent de rester dans les villes, je cherche juste à comprencre pourquoi je choisirais une solution totalement différente.
Subir, c'est peut-être là la clef de l'explication : subir une exclusion, une expulsion, ne pas choisir. suivre.
S'asseoir sur le trottoir comme ceux qui y sont déjà. Si eux sont là, alors il y a une raison, c'est là que je doit être aussi... d'ailleurs, ne dit-on pas "être à la rue", pour exprimer le fait d'être sans logement ?
Oui mais, les SDF des grandes villes ne sont qu'une partie des SDF. Ils sont simplement beaucoup plus voyants, alors tout le monde se dit qu'être SDF, c'est forcément attendre la mort sur le trottoir.
Subir, et désespérer, parce que nous n'avons jamais appris à croire en nous-même au lieu de croire en des valeurs perverties de cette société qui nous a trahie.
Mourrir lentement, utiliser son RMI à fumer, boire ou se droguer, au lieu de vivre.
Oui, il est possible de vivre avec un RMI. En tout cas quand on est célibataire, que l'on n'a pas de famille à charge, bien sûr. La plupart des SDF que j'ai rencontré étaient désormais célibataires, souvent par la force des choses en tout cas.
Oui il est possible d'être heureux avec très peu d'argent. De manger suffisamment et plutot sainement, de se tenir propre, de se soigner (sauf cas exceptionnels comme les étrangers sans papiers, bien sûr...), de ne pas avoir l'air d'un SDF... et du coup d'avoir encore une vie sociale.
Nous ne sommes plus esclaves du travail, nous avons le temps, le plus précieux trésor de la vie !
Nous avons le temps et la liberté d'esprit !
Il existe plein de plaisirs gratuits ! Aller à la bibliothèque et lire, écrire, marcher pour découvrir de merveilleux endroits, discuter avec des gens de rencontre...
Mais si nous avons passé notre vie à subir, nous subiront encore dehors. Nous ne verrons pas l'opportunité qui nous est donnée de recommencer une vie meilleure.
Je crois que le choix que fait la personne qui se retrouve à la rue, n'est en fait que l'expression d'un problème existant AVANT, en amont, peut-être depuis l'enfance : l'absence de volonté.
Beaucoup de gens passent leur vie sans vraiment faire de choix : ils sont éduqués, aussi bien à la maison qu'à l'école. ils ont les relations sociales appropriées à leur milieu, sans chercher ailleurs. Ils prendront le premier boulot venu au moment de travailler, et ils passeront leur temps libre à se marier, faire des enfants, demander des crédits et consommer, comme la société les poussent à le faire (je n'ai rien contre les gens qui se marient et font des enfants, si c'est vraiment leur choix, alors c'est merveilleux).
Ne jamais choisir, ne jamais decider, essayer autre chose, vouloir autre chose. Subir.
Peut-être est-ce pour celà que j'ai confiance en mon projet : c'est parce que je l'ai choisi.
Le 2 Mai, je quitte l'Allemagne définitivement, avec un sac à dos pour tout bagage.
Mon plan est le suivant : J'ai toujours rêvé de vivre dans le Sud de la France. J'ai donc acheté un peu de matériel (sac à dos, sac de couchage, tente, chaussures de rando etc...) et un aller-simple pour la Provence.
Je compte sillonner le Sud de la France, en évitant les zones trop touristiques (la côte) ou trop urbanisées (les grandes villes).
De petite ville en village, d'anpe en anpe, faire d'une pierre deux coups : une merveilleuse randonnée et une recherche d'emploi dont l'un des atouts sera la mobilité.
Lorsque je trouverai un emploi stable, je me poserai, chercherai un logement et commencerai ma nouvelle vie. J'ai des tonnes de projets et d'idées !

Je dis bien un emploi stable, car c'est la seule façon d'obtenir et de garder un logement.
J'ai assez d'argent pour vivre 5 mois. Plus de l'argent auquel je ne toucherai pas pour payer la caution d'un petit logement.
Pourquoi 5 mois ? (Mai-Septembre). Tout simplement parce qu'il fait chaud.
Après, en Octobre, si je suis toujours dehors... ça va devenir problématique. Et puis 5 mois de randonnée, c'est suffisant

Donc un emploi stable, car si j'accepte n'importe quoi, genre emploi saisonnier, j'aurai passé les beaux jours à travailler au lieu de chercher ce dont j'ai vraiment besoin, et lorsque la saison sera finie, je serai toujours sans domicile, sans emploi, et l'Automne sera là, puis l'Hiver... Ce serai idiot. Il n'est pas toujours intelligent d'accepter le premier boulot venu aveuglément, parfois ça nous met plus dans la mouise qu'autrechose

En fait il faut savoir ce que l'on veut vraiment, et s'y tenir, quoi qu'en disent les moutons.
Mon budget est de 10 Euros par jour. Ca peut paraitre maigre, mais en fait c'est bien suffisant.
Sur ces 10 euros j'en garde 2 pour acheter des livres, car pour moi la littérature est vraiment importante. Il reste 8 euros pour manger et acheter les consommables genre savon, dentifrice, etc... j'ai l'habitude de ce genre de budget, c'est Byzance pour moi

Pour dormir, bivouac. J'ai acheté une Ferrino Lightent 1, un sac de couchage -5° de chez D4, un matelas en mousse. Avec ça, je ne devrais pas avoir froid durant la belle saison (je suis très frileux). J'éviterai aussi d'aller trop en altitude (genre Alpes ou Pyrénées).
Pour manger, je ne compte pas cuisiner ni faire de feu. Manger froid ne me dérange pas. Je compte surtour faire une cure de bon fruits et bon légumes crus, parce que d'où je viens, c'était à pleurer niveau qualité des fruits et légumes...
Pour me laver, avec une ou deux bouteilles d'eau remplies à la fontaine ou dans un ruisseau, je peux faire une toilette tout-à-fait correcte les jours où je ne trouverai pas d'endroit pour me baigner. Un savon de Marseilles, une brosse à dents, un coupe-ongles, un rasoir...
Pour laver mes habits, je compte sur les laveries automatiques que je trouverai dans les petites villes, et au pire je peux toujours laver à la main en dépannage...
Et voilà, je serai toujours présentable

C'est très important, car n'oubliez-pas que je serai en recherche d'emploi

D'ailleurs à ce sujet, bien que ça me peine, il y aura dans mon sac à dos des affaires dont je ne me servirai pas souvent : une paire de chaussures de ville, une veste de costume, un jean neuf réservé exclusivement à cet usage, une chemise et une cravate ! Le matériel classique pour un entretient d'embauche quoi

Eh oui ça me fais royalement ch..r de trimballer tout ce poids inutile en rando, mais c'est vital pour mon projet ! Je dois mettre toutes les chances de mon coté si je veux que cette excitante randonnée/recherche d'emploi ne se transforme pas à l'Automne en vagabondage galère d'un mec paumé.
Pour l'itinéraire, je n'ai volontairement pas planifié.
J'ai en gros l'idée de partir de Provence vers l'Ouest en Mai-Juin, en restant le plus au Sud possible sans approcher la côte. Puis, en Juillet-Aout (si je n'ai pas trouvé d'emploi avant évidement) marcher d'Ouest en Est, mais plus haut, plus loin des côtes (genre Aveyron, Cévennes...), afin d'éviter le gros des touristes.
Ca a l'air simple comme ça, mais en fait il y a de nombreux obstacles, la plupart administratifs :
Sans adresse, comment obtenir une carte de sécu ? Comment ouvrir un compte en banque ?
Alors oui, je sais, il est possible de se faire domicilier auprès d'un CCAS ou ce genre de choses. Mais comment alors garder ma mobilité, qui, je le répète, est un atout énorme pour trouver un emploi. Voilà un gros problème pour lequel je n'ai pas encore trouvé de solution.
En fait, c'est philosophiquement très intéressant : tu peux être pauvre, tu peux être sans domicile, sans emploi. Tu peux même crever dehors. Mais tu ne dois pas bouger.
Le vrai crime, dans nos "démocraties exemplaires", ce n'est pas d'être pauvre, c'est d'être libre.
Autre problème : rester joignable par de potentiels employeurs :
Pourrai-je acheter un genre de téléphone sans abonnement fonctionnant en achetant des unités dans les bureaux de tabac (je sais que ça existait avant). Devrai-je fournir une adresse pour en obtenir un ?
Et comment recharger la batterie... puisque je serai en permanence en bivouac sauvage.
J'ai une lampe dynamo, avec un câble UBS qui sert théoriquement à ce genre de choses. Est-ce que ce sera compatible ?
Trouverai-je suffisamment de cyber-cafés en évitant les grandes villes pour pouvoir relever mes emails régulièrement (une fois par semaine serais chouette).
Je n'aborde pas trop d'aspects technique ici pour ne pas surcharger inutilement un text déjà long. Je tenais surtout à vous présenter mon projet, car je crois qu'il aborde différents aspects de ce que l'on peut appeler "survie".
J'essayerai de poster de temps en temps pour témoigner de mes aventures, mais vous comprenez bien que je ne souhaite pas non-plus dépenser trop de sous dans les cyber-cafés, donc je ne promets rien.
Merci de m'avoir lu

Pascal