Nos Partenaires

Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Ardèche: canoës en cravate à Dent noire  (Lu 4711 fois)

28 mars 2011 à 06:12:24
Lu 4711 fois

mazel


Un week-end de Pâques entre copains, une certaine année dans la si belle Ardèche

 Ces gars, se sont une dizaine de joyeux garçons rencontrés en mission boulot vers Grenoble. Tous disons vingt ans. Ils m’ont entendu un jour discuter haute montagne et désiraient une sortie initiation. Leur règle est de tous les mois pratiquer une activité différente inconnue, seulement des garçons, de la joie simple, à boire et surtout pas de fille. Je les ai dissuadé car je ne les connais pas sur le terrain, et pour moi seul dix c’est trop Ils ont déjà fait parcours de golf, karting, skis en station, bowling, saut à l’élastique, etc.  Maintenant je les connais, ce sont d’inséparables bon copains. J’étais libre ce week-end et pourquoi ne pas les accompagner dans leur trip en Ardèche. Je n’ai pas été déçu car ce sont des gars simples et entiers, ils croquent la vie et pour l’ambiance vraiment, mais alors vraiment ils assurent car ce n’est avec eux que du plaisir.
 Mais maintenant, c’est sûr, le mois prochains ils loueront des chevaux de randonnée et je ferais ma sortie tout seul en Oisans, qui sait un équipier confirmé de cordée, ça se trouve encore.

  La Dent Noire un bloc de rocher qui semble avoir été lancé par un géant dans le cours d’eau de la gorge.
L'été ce n’est qu’un simple gros caillou à éviter dans la rivière, par contre au printemps le niveau d'eau est bien plus haut et un fort courant percute cet îlot et se répartit inégalement de part et d’autre créant un rapide. L’aventure est que sans topo, nous ne savons pas où il se situe. Après quelques rapides où certains ont dessalé aux grands rires des autres, c’est notre dernière difficulté. Il ne faut pas s’y cogner ni plaquer le canoë qui se mettrait alors en cravate, plié en deux par la masse et l’afflux du courant, canoéiste éjecté ou coincé dedans. Nous sommes en touristes lambda, personne n’a pratiqué le canoë, je suis le seul à avoir un sac à dos et un casque.

 (Photo du site géo.fr)

http://album-photo.geo.fr/pict_geofr/thumb/437/510x510/thumb_09c6808539b1a20aeae88754dfbeb6ec.jpg

 Un calme plan d’eau élargi et assez long précède la Dent. Nous sommes trois, suivent encore deux, et le gros de la troupe six gars ayant lâché les pagaies, brassardés aux coudes à coudes et chantant à tue-tête, une franche rigolade après les quelques bains forcés des rapides précédents. Au loin un trainard, le compte y est. D’un coup voilà c’est La dent Noire, pas si impressionnante que cela. Je suis dans les quelques premiers à éviter l’écueil par la droite dans le courant. Un demi-tour en remontant légèrement pour voir comment vont s’en sortir les autres: Les six se désolidarisent trop tard pour s’écarter. Un des bateaux du milieu se renverse, personne ne peut rependre les pagaies, le sort les a uni.

.. Et là de voir arriver deux gars à l’eau, embarcations retournées, des bidons, un nageur, un gilet jaune tout seul, un demi bateau, plein des pagaies, un autre demi bateau et encore des bidons. Les trois canoës restant sont plaqués et piégés contre le rocher. Non un gars plonge du canoë extérieur,  ses jambes restent prises, le restant du corps disparaît sous l’eau. Nous ne voyons que deux genoux. Ce nouvel ensemble de résistance au courant fait que salutairement le canoë lentement pivote, se détache doucement du paquet collé au rocher, et pends le flux du rapide. Nous sommes alors soulagé de voir un nageur rigolard réapparaître trente mètres en aval nageant vers la grève où attendent les deux premiers qui  récupèrent épaves humaines, matérielles et ustensiles. Du côté du rocher un gars s’extirpe aussi des débris et arrive à monter sur l’écueil. Le retardataire passe par la gauche au courant moindre mais encombrés de branchages auxquels il arrime son embarcation et rejoint l’autre à la nage sur le rocher.  Ils nous font des signes désespérés car n’arrivent pas à dégager les deux  bateaux vides qui plaquent le dernier malheureux, aplati contre la roche. Les deux embarcations sont réduites à l’état de plaques souples enroulées autour de lui. L’eau est froide, tout cela a duré au pif mentalement pour moi moins de deux minutes. Je fait un top chrono à ma montre et vais les rejoindre en pagayant, le courant est nul à l’aval du rocher.

 Serge, appelons le ainsi pour l’histoire -qui se reconnaîtra sûrement s’il lit un jour- est écrasé par deux carcasses aplaties de bateaux. Il redresse la tête en arrière au plus haut car les remous lui lèchent les narines. Un copain charitable doit tenir la main devant son visage, faire écran à l’eau en lui permettant de respirer par la bouche. Nous arrivons tous, il tient le coup et ne perd aucun moral. Qui dans l’eau, tirant sur le bout de longe, arc-boutés les pieds contre la muraille ou assis sur le bord et repoussant des pieds, à huit personnes nous ne pouvons écarter un seul canoë. Chaque fois c’est l’espoir nous y sommes presque, puis la masse liquide reprend le dessus, bien trois à quatre vaines minutes en plus.
     
 A chaque interrogation, il  nous sourit courageusement qu’il tient bien le coup, ses lèvres sont bleues Un autre gars relaie le premier qui a la main glacée dans l’eau froide. Un couvercle de bidon aurait suffit, pas moyen d’y retourner, toutes nos forces doivent être rassemblées ici.
Et l’idée, mes 25 mètre de kevlar dans le sac à dos, vite une attache à l’anneau du canoë, une boucle à l’autre bout, un moufflage improvisé de mousquetons, un morceau de grosse branche dans cette boucle du côté de la rive aux branchages, et même scénario que précédemment pour ceux qui restent au rocher. On tire, on pousse, des embarcations s’arrêtent et leurs occupants nous rejoignent à la manœuvre. Le canoë extérieur est décollé mollement, glisse sous nos tractions et file dans le courant, c’est déjà un de moins.

 Là, il ne parle plus Serge, mais fait encore les clins d’yeux que ça va et tremblote un peu nerveusement, et c’est neuf minutes maintenant. Vite ré attache au dernier bateau, on pousse, on tire, le morceau de branche casse, vite un autre les bénévoles sont de plus en plus nombreux. Rien à faire, c’est comme une bâche plaquée par le courant, certains essaient de découper au couteau vainement cette carcasse. Onze minutes. Un professionnel passe avec ses clients, il les laisse en famille sur le ferme de l’autre rive car il a vu.

Serge ne lutte plus, il n’a plus de regard, il ne tremble plus et ses paupières ont tendance à retomber. Les copains lui claquettent les joues : « tiens le coup, reste avec nous ». L’homme a tout capté, il a une corde aussi, vite une autre attache, nous décollons d’un côté, lui file avec sa corde dans le courant et cet  emplâtre de plastoc déformé dégage au fil de l’eau dans l’Ardèche. Quatorze minutes! Six paires de bras, Serge est hissé sur le rocher. On le bouchonne, on le frictionne, le cajole, on le déshabille à moitié, vite une polaire, une autre encore, du chaud, du sec.

 Quinze minutes: Le soleil brille encore plus, Serge nous sourit, son regard aussi brille et nous signifie qu’il ne s’est rien passé, tout va bene. Il est heureux, il veut parler, il va parler et il parle:

« Une clope Bon Dieu! »

 Farniente sur la grève aux galets, puis notre repas : les flûtes de pain sont en bouillies à cause de bidons mal vissés et elles font le régal des poissons.  Il nous reste des cubis de vin rouge absolument intacts, quelle chance! Le jambon cuit et camembert marinent dans les emballages détrempés, on égoutte, on bouffe et on boit. Ce sont nos petits congés de Pâques nous bronzons au soleil du printemps, les vêtements sèchent.

Retour chez le loueur, l’homme est déjà au courant. Il est charmant, trois embarcations sont détruites dont deux modèles trèèès onéreux et absolument iin-cass-ables achetés pour tester. Toutes nos cautions nous sont intégralement rendues, l’assurance paiera et il fera baisser les futurs prix au représentant. Notre retour au bercail est sans histoire.

 
PS - Le fait est réel. Renseignez-vous sur la température de l’eau de l’Ardèche grossie au printemps et celle de l’Océan … 14 minutes à tenir ainsi compressé,  c’est vous montrer la belle capacité sur la performance à la survie d’un organisme jeune et mâle (il n’y a pas de fille dans ce récit !) de vingt ans.


JL mazel                                                                                   © petit récit écrit pour le blog de David Manise
 
« Modifié: 13 avril 2011 à 20:45:11 par mazel »

28 mars 2011 à 07:20:33
Réponse #1

baggers


Je connais ce passage.....il y a 3 ans, on a dégagé un touriste anglais plaqué contre le rocher par son embarcation, son collègue avait été éjecté !!

Ce fut pas simple...mais bon c'était en mai, il y avait moins de débit !!! :D

28 mars 2011 à 08:55:51
Réponse #2

DavidManise


Salut...

Fantastique.  Vous avez sauvé la vie d'un gars qui aurait fort bien pu y passer...

Me permets tu te relayer cette histoire (fort bien écrite par ailleurs) sur le site du CEETS ? C'est riche d'enseignements...

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

Mon PATREON -
Stages survie CEETS - Page de liens a moi que j'aimeu

28 mars 2011 à 09:53:19
Réponse #3

mazel


Me permets tu te relayer cette histoire

réponse à David

Et voila pour ta question: C'est sans problème il sufit de préciser issu du "blog de David Manise" 

 Pour ma vie j'ai eu beaucoup d'autres aventures et toujours agi en conscience, donc fait du sauvetage là ou personne n'y va -même dans les bagarres au couteau-  réquisitionné parfois par les autorités pour des sauvetages. Certaines je n'en parlerais pas, les amateurs du gore ou de l'exceptionnel s'abstenir, qu'ils lisent des archives de FFM, les manuels d'évolution des normes de sécurité du matériel etc. ils seront servis . Cantonné sportivement dans l'initiaton jeunes et moins jeunes à la très haute montagne, je me suis aussi auusi super éclaté vers de l'extrême avec toujours un compagnon sûr (cad entrainement annuel ensemble) et fui la médiatisation. J'ai survécu et survis encore en faisant un peu la nique à la médecine.

  JL mazel
« Modifié: 31 mars 2011 à 20:23:29 par mazel »

28 mars 2011 à 18:12:25
Réponse #4

guillaume


Tain les battements de mon coeur on fait une courbe de Gauss ;D :blink:.

a+

31 mars 2011 à 18:50:17
Réponse #5

Vulpus


J'ai travaillé dans la location de canoë pendant un été, j'ai toujours dit aux clients de faire attention, que la rivière n'est pas un jouet, que chaque année des gens meurent dans l'Ardèche... J'ai aussi pu jouir de la force de l'Ardèche, une fois mon canoë a été pris contre la Dent. Je me suis dégagé en grimpant dessus. Je vois bien comment le canoë peut se plier avec quelqu'un dessous.

Et croyez-moi, même après avoir raconté ces histoires de noyade, j'ai une fois eu des clients qui étaient sûrs que pour leur bébé "ça ne risque rien, on le tient bien, nous savons nager, n'avons-nous pas des gilets de sauvetage, vous avez des gilets d'enfants, si on le serre un peu plus ça marche aussi (Oui madame, mais puis ça ne servira qu'à mieux pouvoir retrouver votre bébé), et si on dit que le bébé ne viendra plus avec nous?"  Pauvre, pauvre bébé d'avoir de tels parents...

La plus grande sagesse est de paraitre fou - Dionysius Caton

31 mars 2011 à 20:01:15
Réponse #6

mazel


@Vulpus

Bel endroit cette Ardèche, tu as dû te régaler.

 Dans mon récit tous les gars savaient nager, sauf un dans mon canoë, et certains avaient quitté les gilets… inconscience quand tu nous tiens! Serge aurait eu la tête sous l’eau il était noyé.

 Je connais mieux les Gorges du Tarn près de chez moi pour les avoir descendues plusieurs fois et n’avais pas voulu les emmener au printemps.

 Un de mes frangins avait tenté le coup en cette saison avec un copain et un moral d’enfer issu de HEC, il faut oser et quand on ose on peut.
 Partis du Tarnon rejoignant le Tarn hors itinéraire dans une périssoire à boudin simple de supermarché, ils n’ont pas même fait deux kilomètres, ont  sauvé leur peau de justesse en ayant perdu tous le matos, papiers, super appareil Nikon du copain, clés de voiture et sacs à dos.

Ce fut leur seule leçon de l’histoire, le matos perdu, donc moi je dis HEC c’est de la m***

01 avril 2011 à 08:38:50
Réponse #7

Vulpus


On sous-estime facilement la force de l'eau. On voit souvent dans les journaux, quand il y a plusieurs noyés #2 est venu au secours de #1, #3 est venu au secours de #2. C'est très typique, hélas... heureusement il existe aussi de nombreux cas ou les dégats se limitent à la perte de matériel.

Et oui, l'Ardèche ça ne me fait jamais mal d'y retourner :-)
La plus grande sagesse est de paraitre fou - Dionysius Caton

01 avril 2011 à 21:03:42
Réponse #8

redemsky


Purée j'ai lu une première fois l'histoire .... et après j'ai apellé mes collègue pour venir la lire

On l'a imprimé pour laisser au boulot

BRAVO a vous tous
J’arrêterais de faire de la politique quand les hommes politiques arrêteront de nous faire marrer (Coluche)

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


Soutenez le Forum

Les dons se font sur une base totalement libre. Les infos du forum sont, ont toujours été, et resteront toujours accessibles gratuitement.
Discussion relative au financement du forum ici.


Publicité

// // //