Salut gwangi,
quelques remarques sur le document que tu donnes en lien.
Comme le document lui-même l'indique "This guide is for families preparing for imminent terrorist or strategic nuclear attacks with expected blast destruction followed by widespread radioactive fallout downwind."
Traduction pour les moins anglophiles "ce guide est destiné aux familles se préparant à une attaque nucléaire terroriste ou stratégique imminente, avec une destruction par le souffle suivie de retombées radioactives à grande échelle".
C'est donc une approche très très ciblée...
- "préparation à une attaque
nucléaire" : quel est aujourd'hui le risque d'une attaque nucléaire ? Pas nul, mais pas élevé non plus. A comparer à tous les autres risques axquels nous sommes exposés... Faut-il se préparer à celui-là en particulier ? En France, 30 % des morts sont dûes au cancer et 28 % aux maladies cardiovasculaires, 5 % seulement par accidents dont 1 % accidents des transports. Ne croyez pas que ça arrive qu'aux vieux : 12 % des hommes morts entre 35 et 44 ans sont morts de maladies cardiovasculaires. Il faut donc relativiser les catastrophes à l'intérieur des risques auxquels nous sommes exposés, et relativiser encore le risque d'une catastrophe nucléaire à l'intérieur de ces catastrophes. Le fait est que la préparation aux catastrophes nucléaires est tombée en désuétude après la fin de la guerre froide. Même les Suisses semblent l'avoir fait reculer dans l'ordre de leurs priorités. Ca ne veut pas dire qu'il ne faut pas y réfléchir, mais ce n'est peut-être pas la première priorité.
- "
attaque nucléaire
terroriste ou stratégique" : pourquoi seulement une telle attaque ? Le risque de catastrophe nucléaire civile est au moins aussi élevé, et les conséquences et la préparation sont en partie semblables, donc pourquoi ne pas intégrer ce risque dans la préparation ?
- "préparation à une attaque nucléaire
imminente" : ce n'est pas le cas, DONC ce guide est inadapté. Si vraiment on veut se préparer à une attaquer nucléaire, vu qu'il n'y en aucune d'immimente aux dernières nouvelles, on peut se documenter puis se préparer
à son rythme, en faisant en fonction de sa situation, de son budget, et en pesant les pours et les contres. Un ouvrage US de référence est Nuclear War Survival Skill, dont voici le lien en
PDF. Il y en a d'autres, il y a des ressources internet...
Le problème avec ce guide pour la préparation à une attaque imminente, c'est qu'il met une urgence là où il n'y en a pas. Ils expliquent que c'est sans doute parce que la majorité des gens ne se prépareront que quand la catastrophe sera imminente...
Mais quelle est la probabilité qu'on soit
prévenus d'une attaque nucléaire imminente assez longtemps auparavant pour se préparer (disons 24 h) ? Assez faible, non ? Soit on verra monter la tension assez longtemps à l'avance (nouvelle guerre froide), et on aura des jours et des semaines pour se préparer, soit on sera prévenus par le flash de l'explosion, et là c'est uniquement les infos qu'on a en tête et les préparations réalisées à l'avance qui serviront ! La probabilité qu'on soit prévenus, disons quelques heures à l'avance, n'est peut-être que de une sur dix. Ce guide répond donc à un cas rare d'une catastrophe elle-même peu probable.
A quoi sert d'instiller ce sentiment d'urgence, alors ? Rien qu'au tout début du document, on relève les mots : quickly, urging, top priority right now, immediate, imminent, FAST...
A mon avis, à vendre.
Comme je l'ai dit, la préparation au risque nucléaire est passée de mode. Instiller une fausse urgence permet de "réveiller" les gens... qui vont ensuite se dire qu'il faut qu'ils anticipent au lieu d'attendre la dernière minute, et qui vont donc acheter sur le site. C'est du même niveau que le vendeur qui vous fait une super promo et qui vous dit "à ce niveau de promo, elle n'est valable qu'aujourd'hui... il faut vous décider vite". C'est du pipeau car il pourrait faire la même promo le lendemain. Seulement c'est un moyen éprouvé de forcer votre décision d'achat.
- réflexion sur l'efficacité/budget : la préparation au risque nucléaire est vite très coûteuse. Une partie est commune aux préparations aux catastrophes en général : réserves d'eau, de nourriture, quelques vêtements chauds, une radio... La partie spécifique peut être commencée avec peu de moyens : du film plastique et du duct tape, quelques comprimés d'iode, un ou deux ponchos ou combinaisons de peinture... Mais après on tombe dans : combinaisons intégrale, masque à gaz, compteur Geiger et dosimètre, douche de décontamination... et là ça douille... et puis tant qu'à faire, l'abri souterrain... et là on compte en milliers d'euros, voire en dizaines de milliers d'euros si on fait faire à des artisans. Ca nous ramène à ma première question : quelle est la priorité de la préparation à la catastrophe nucléaire, par rapport à toutes nos priorités personnelles ?
Pour poser une question très stupide : à supposer que j'ai 300 euros à consacrer à améliorer mes chances de survie, et que je sois un peu trop sédentaire et un peu en surpoids, vaut-il mieux que je consacre ces 300 euros à améliorer mon hygiène de vie (licence d'un club de sport, abonnement à une salle de sport, ou achat d'un vélo d'appartement), ou que j'achète du matos de préparation à une attaque nucléaire ? Qu'est-ce qui augmente le plus mes chances de survie ?
Pour résumer, je dirais que oui, il est important de se préparer aux catastrophes, mais que le document que tu donnes l'aborde par le plus petit bout de la lorgnette possible et imaginable. Les documents de la Croix Rouge canadienne sont effectivement de bien meilleurs supports d'une réflexion et d'une préparation qui sont forcément personnelles.