Bonjour,
(il y avait longtemps qu'on ne s'était pas fait un petit délire métallo.

)
D'abord, il faut le réaffirmer, le traitement thermique appliqué à l'acier fait toute la différence de nos jours entre un bon outil et un mauvais outil. En effet, les forgerons ou couteliers de 2010 disposent d'acier de très grande qualité et très homogène. Ce n'est donc plus un facteur, la qualité de l'acier, discriminant.
Par le passé c'était très différent (disons avant 1800, voir 1900/30). La grosse difficulté c'était d'obtenir un acier de qualité et homogène. Le forgeron participait à ce processus par son travail d'affinage à la forge, il améliorait le métal qui lui était fourni. C'est fini de nos jours : le travail d'un forgeron impliquera surtout d'éviter de dégrader les qualités potentielles du métal qu'il utilise. Un très bon forgeron/coutelier maximisera ces qualités en fonction des besoins (réels ou fantasmés) de l'utilisateur.
Il y a donc eu un changement important dans la nature du travail du coutelier/forgeron. C'est pour cette raison qu'il ne faut pas transposer DIRECTEMENT les usages du passé dans nos usages actuels. Les matières, les usages et les besoins sont différents.
Par le passé on soudait de l'acier au fer, surtout par ce que l'on manquait d'acier et que la MO était gratuite. Accessoirement pour des raisons techniques. De nos jours, si on pratique de la sorte c'est pour des raisons techniques (améliorer l'outil) ne serait-ce que parce la MO coute bien plus cher que le matériel.
Revenons à la trempe différentielle... (pouvez zapper le dessus, c'est juste pour le décor...)
- Dans l'absolu, on pratique toujours une trempe différentielle. Et oui, une pièce d'acier n'est jamais chauffée ou refroidie de façon homogène. C'est d'autant plus vrai avec les grosses pièces.
-Si on n'est pas homogène dans le traitement thermique d'une pièce d'acier, il va coexister au sein d'un outil des formes différentes d'acier (martensite, bainite, austénite...). Ces différentes formes pouvant prendre différentes formes et s'organiser de façon complexe. Or ces formes d'acier ont des volumes différents (selon l'arrangement cristallin). Des contraintes existent donc, particulièrement dans les zones de transition, dans l'outil et l'affaiblisse. C'est le coté négatif, d'un point de vue technique, des trempes différentielles.
- Les trempes différentielles peuvent aussi avoir des inconvénients d'un point de vue pratique. Par exemple une soie couteau trempée très douce (ou fortement revenue) peut être très résiliente ce qui est bien (elle ne cassera pas facilement)...mais le couteau aura tendance à se plier latéralement très facilement : c'est parfois pénible (ex : Helle)
- En revanche, ces formes différentes de l'acier (martensite, bainite, austénite) on des qualités physiques différentes et complémentaires pour nous.
-En effet on veut qu'une lame soit : tranchante, durablement tranchante, résiliente (solide), légère et équilibrée. Pour obtenir l'ensemble de ces qualités SIMULTANEMENT sur une lame, UN des moyens est de recourir à un mélange de ces différents états d'une même nuance d'acier ayant des propriétés complémentaires dans une même lame.
Donc une trempe différentielle/sélective permet d'obtenir à partir d'un acier une lame ayant toutes les qualités requises. MAIS seulement si le traitement est (très) bien fait. SINON on obtient une daube avec plein de contrainte dedans et/ou un tranchant mou et un dos cassant.
- Comme de nos jours il existe des nuances d'acier "complexes" ayant, même avec une trempe homogène, QUASIMENT l'ensemble des qualités requises pour une lame...cela renvoie en pratique la trempe sélective aux aciers "carbones".
- Ceci d'autant plus que les aciers "complexes" nécessitent des traitement thermiques compliqués rarement à la portée des artisans. Et pratiquer une trempe sélective sur ce type d'acier c'est courir de gros risques pour un faible gain potentiel au final. Donc on évite.
En résumé : La trempe différentielle : oui c'est un "plus" sur certains types d'outils dans le cadre d'un cahier des charges précis (inutile voir nuisible sur un rasoir coupe choux), mais seulement si elle est très bien faite (ce qui est rare), si elle vient en complément de tout le reste (et n'est pas un argument de vente unique) et sur un acier au carbone (qui est un vrai challenge pour le forgeron, comme l'oeuf sur le plat pour Paul Bocuse).
Zét encore là ?
(EDIT : comme d'habitude ce n'est que mon avis, je ne suis pas métallurgiste, je ne suis pas coutelier, je ne suis pas Sykes, juste un amateur modeste qui potasse un peu.)